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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 11:19

Le CDS(Credit Default Swap), un bel outil spéculatif.

Vous avez déjà dû lire parfois sous « ma plume » mais je ne suis pas le seul à l'affirmer, qu'une des premières actions qu'un gouvernement de la gauche de combat devait mener c'est l'interdiction de la spéculation, qui se définit comme la possibilité de faire des paris sur n'importe quoi, le but du pari étant bien évidemment de gagner le plus possible en engageant le moins possible. On sait vaguement que les spéculateurs parient sur le prix des matières premières ou des productions agricoles ruinant au passage l'activité de populations d'agriculteurs ou mettant en défaut certaines sociétés locales et cela toujours dans les pays qui auraient le plus besoin de faire fructifier les richesses de leur sous-sol, par exemple.

Certains diront que la spéculation a toujours existé ce qui est faux. Avant 1890 c'était un délit et ce n'est que vers cette période que les gouvernements européens ont fini par céder à la pression des spéculateurs. La spéculation n'a pu être « acceptée » que simultanément à la colonisation : ses méfaits ne portant que sur l'économie des colonies et rapportant aux pays colonisateurs, donc n'étalant pas au grand jour ses méfaits qui restaient confinés dans les colonies.

Avec la mondialisation de l'économie la spéculation atteint tous les pays : ainsi chaque état est menacé dans sa santé économique par des manipulations d'agents extérieurs, qui travaillent pour différents groupes qui restent discrets, pour certains lobbies qui sont, eux, moins discrets et même pour des grands groupes transnationaux, que ce soient des industriels ou des banques, comme la Goldman-Sachs(entre autres). Le but étant toujours d'accumuler vers le haut de plus en plus de richesses par simple jeu, ce que l'on appelle le grand casino mondial.

Un des outils, relativement récent, mais utilisé désormais abondamment est le CDS.

Je vais vous conter une petite histoire afin d'illustrer la manœuvre.

Imaginons que Paul emprunte à Jules, mettons, 2000€. La transaction se fait « normalement ». Le coût du crédit, le rendement que Jules entend en tirer et la limite que Paul ne veut pas dépasser font que le remboursement se traduit des remboursements mensuels 90 € mensuels avec une maturité à 24 mois. Je précise cela mais ce n'a pas vraiment d'importance pour la suite.

Il se trouve que Joël, qui est un petit futé sait que Paul n'est pas vraiment fiable, ou du moins c'est ce qu'il dit à Jules.

Aussitôt Jules s'adresse à Martine : « J'ai fait un prêt à Paul, mais je ne suis pas sûr qu'il puisse à terme me rembourser. Peux-tu m'assurer ? » Martine qui a des liquidités suffisantes et bien d'autres affaires ailleurs va assurer Jules. Jules lui verse une prime de 100 € mais Martine s'engage à rembourser Jules si Paul fait défaut. Imaginons qu'au bout d'un an Paul disparaisse dans la nature : il aura remboursé 1080€. Il reste à donc 920€ à verser à Jules, qui si son prêt n'a pas pris de décote entre temps est resté à 2000€ – hors intérêts bien sûr. On appelle cette procédure un CDS couvert. Martine se débrouillera pour récupérer les sommes versées autrement...là n'est pas le problème. Elle a fait un pari mais n'a pas gagné cette fois-là.

Imaginons un autre cas de figure : le prêt de Jules à Paul conserve la même configuration mais cette fois ci Joël le futé va directement trouver Martine : « Je voudrais que tu m'assures contre le défaut probable de Paul dans l'affaire qui le lie à Jules ». Joël qui n'est pas un acteur de l'affaire s'expose délibérément en faisant le pari suivant : « Je gagnerai mon pari si Paul fait effectivement défaut. » Martine est libre d'accepter mais comme c'est une joueuse elle tente le coup et fait payer à Joël 100€ de prime d'assurance : Joël la rémunère pour donner corps à son assurance. Si Joël perd elle aura gagné 100€. Mais si Joël gagne elle paiera à ce dernier ce que Paul devra à Jules quand Paul fera défaut : au bout d'un an elle verse à Joël 920€ puisque c'est lui qui a gagné. Cette opération s'appelle un CDS à nu. Martine se "refera" sur une autre opération.

Quand il s'agit d'états, à travers d'obligations d'état ou de bons du trésor, c'est le contribuable qui paie la différence : c'est comme ça que les pays européens qui avaient prêté à la Grèce ont dû « mobiliser » leurs contribuables et limiter les budgets pour compenser l'augmentation de leur dette souveraine , née des prêts qu'ils avaient fait , à perte, pour boucher « le trou » lié au défaut grec.

On comprend facilement pourquoi la décote de 53% de la dette grecque a été envisagée afin de limiter la dette souveraine des états prêteurs. Mais il faut bien comprendre que ce sont les spéculateurs sur des CDS à nu qui ont gagné, tout ce que la Grèce n'a pas pu rembourser. Aussi, l'Allemagne en tête, suivie des autres européens a interdit les CDS à nu. C'est déjà un progrès mais pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ?

La spéculation ce n'est pas que le CDS, mais ces procédés sont typiques des spéculateurs : c'est le mécanisme que je tenais à expliquer, d'autant que les paris croisés s'entremêlent au point que le régulateur (BCE en Europe, la Fed aux USA) a beaucoup de peine à remonter le fil des affaires, séparer les actifs pourris des "bons" actifs.

C'est une question de morale politique : s'exposer délibérément à un risque pour en tirer des bénéfices sur le dos des états et, à terme, sur les contribuables est une des techniques participant à la concentration de la richesse vers le haut comme je soulignais en commençant. Ce sont les ressources du contribuable qui indirectement, et par le manque de volonté des états, voire leur complicité, permet au "1%" de continuer à s'enrichir.

Il n'est pas possible de décréter l'abolition du capitalisme en claquant des doigts mais l'objectif d'un gouvernement de la gauche de combat doit être de lui rogner les ailes le plus possible afin de diminuer ses capacités de nuisance. Capacités de nuisance qui ont été exacerbées ces dernières années à travers les méthodes néolibérales qui se sont envolées suite à la chute du bloc soviétique. Non tant que ce dernier empêchait techniquement à la finance de s'exprimer mais sa chute a justifié les méthodes du libéralisme, seule pratique apparaissant désormais comme viable à travers la mondialisation de l'économie.

Un gouvernement de la gauche de combat devra faire face à de nombreux défis car, comme il est souvent rappelé, le problème du dérèglement climatique, s'il ne peut être enrayé facilement, devra être limité : toutes les ressources planétaires devront être mobilisées, il est donc hors de question de laisser un petit nombre continuer à s'enrichir sur le travail des autres et détourner par simple jeu le produit de ce travail.

Donc l'interdiction de la spéculation est la première des dispositions à mettre en œuvre et il faut espérer qu'un effet de contagion salutaire gagnera les autres pays.

(*) échange de défaut de remboursement d'un prêt.

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Published by puèg_pichot - dans économie politique
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commentaires

Carol D. 13/11/2015 08:23

A Jean-Marie, dont j'apprécie toujours les billets.
Ne faudrait -il pas interdire spécialement le passage des entreprises en Bourse.
Les Bourses ne sont-elles pas des casinos nationaux, incitant aux plus graves et catastrophiques spéculations ?

Crnos 13/11/2015 09:35

Il eut fallut le faire il y a déjà plus de 30ans, je me souviens d'avoir fait l'introduction en bourse, au second marché, de 2 entreprises familiales ultra performantes en région toulousaine en 1986, je m'occupais alors de leur communication, elles étaient classée dans les meilleurs affaires les plus rentables de l'époque, Michel Thierry (leader européen du tissus pour automobile) et une entreprise de fabrication de luminaires SEAV, leurs problèmes - succession d'entreprise et pas d'enfant, ni de famille. Toutes deux sur mes conseils ont essayées de monter des scoops, ce sont les syndicats qui ont freinés des deux fers et ont fait capoter les projets de société coopérative ouvrière. Elles se sont rabattue sur la bourse en dernier ressort, et les propriétaires se sont fabuleusement enrichis, les entreprises sont aujourd'hui mortes et enterrées.

mireille la rouge 12/11/2015 15:17

Mais non vous n'êtes pas solitaires. Moi aussi je l'ai li et approuvé, cet article.
Mais qui des bulletins de vote? Je fais ce que je peux, et du mieux, pour ma part.

raphaël 12/11/2015 01:43

salut jean marie,
évidemment je souscris complètement. J'ajouterais à la spéculation sur les produits financiers celle sur les matières premières, notamment agricoles, qui met l'humanité toute entière complètement à la merci du capitalisme.
Et le contrôle nécessaire de la monnaie, de la création monétaire, sans quoi une interdiction de la spéculation serait difficile à mettre en oeuvre.Et puis... et encore...
Tout un programme qui mériterait tout un tas de textes ici...
C'est bien de ta part d'alimenter ainsi ce blog... je reste pour ma part un peu skotché chez Alexis, mais je vais bien finir par m'y mettre...
Merci aussi à toi Denis d'ouvrir tes pages.
Concernant ton initiative, et bien j'en ai eu un écho favorable de la part d'une des chevilles ouvrières locales du PG, mais sans suite. Et c'est tout pour l'instant.
Je ne sais pas pourquoi, mais effectivement je me sens de plus en plus comme un loup solitaire... Alors j'agirai au moins en conséquence et ferai ce que je peux dans mon coin.