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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 18:13

Depuis quelques jours, on perçoit dans les cendres de la gauche quelques lueurs rougeoyantes : les réticences sur la déchéance de la nationalité française et l’appel à une primaire pour l’élection présidentielle à venir. Le malaise pointe, à force de voir l'exécutif s'aligner sur des positions de droite ou d'extrême-droite. Ces intellectuels, ces militants, ces élus de gauche réclament « du contenu, des idées, des échanges exigeants », afin que le candidat à leur primaire « incarne le projet dont la France a besoin pour sortir de l’impasse ». Bref : ils veulent encore croire à la politique. Ils n'ont manifestement pas eu vent de la nouvelle pourtant retentissante : toute cette politique est morte. Comme sont morts les mots dans lesquels se dit la chose publique – la France, la Nation, la République, etc. Comme est morte la pompe institutionnelle dont s'entoure le vide gouvernemental. La politique a poussé son dernier râle l'été dernier là où elle était née il y a plus de 2000 ans, en Grèce ; Alexis Tsipras fut son fossoyeur. Sur sa tombe sont gravés ces mots prononcés en guise d’oraison funèbre par le ministre allemand de l’Économie, Wolfgang Schäuble : « On ne peut pas laisser des élections changer quoi que ce soit ». Voilà. Tout est dit. Et sobrement.

 

Refuser de faire le deuil de « la politique », appeler au contraire à « lui redonner du sens » voire à en faire « autrement », c'est spéculer sur des stocks de crédulité qui sont à sec, sur des provisions d'espoir décimées, sur des gisements d'illusion parvenus à l'étiage. Qui attend d’un ministère Montebourg avec Piketty à l’Économie et Rosanvallon à la Culture qu’il nationalise le crédit, désarme la police, fasse cracher les multinationales ou calme la frénésie antiterroriste? Chacun sait bien qu'il ferait comme Tsipras, et bientôt Podemos. Car c'est tout le cirque électoral, et la sphère publique où il s'étale, qui ont fait leur temps. Qui écoute encore les journalistes, en dehors des jours d'attentat ? Qui a cure de l'opinion des « intellectuels » ? Qui se soucie, de nos jours, des déclarations des ministres ? Imaginez qu'un premier ministre ait cette phrase orwellienne : « L'état d'urgence, c'est l'état de droit ». Si quelqu'un prêtait encore attention à ses propos, on en plaisanterait encore au bistrot. Mais tout le monde s'en fiche. Le vote FN et l'abstention de masse sont deux symptômes d'un système électoral rendu au point de rupture. Mais ces symptômes, il faut les lire depuis le dehors de ce système, depuis tout ce qui l'a déjà fui, depuis la réalité d'une désertion intérieure, diffuse mais vaste comme un continent. On prétend, sur la passerelle du navire, que ce continent n'existe pas. À peine admet-on l'existence de quelques îlots flottants - comme cette ZAD que l'on aimerait tant expulser.

 

 

 

Nous n'avons aucune raison d'endurer un an et demi de campagne électorale dont il est déjà prévu qu'elle s'achève par un chantage à la démocratie. Pour cesser de subir ce compte à rebours, il suffit d'en inverser le sens : nous avons plutôt un an et demi pour en finir avec toute la triste domesticité des aspirants-chefs, et le confortable rôle de spectateur où leur course nous confine. Dénoncer, pourfendre, tenter de convaincre, ne servirait ici de rien. « Un monde de mensonges, disait Kafka, ne peut être détruit par la vérité, seulement par un monde de vérité» - plus vraisemblablement par des mondes de vérité. Nous avons un an et demi pour former, à partir des amitiés et des complicités existantes, à partir des nécessaires rencontres, un tissu humain assez riche et sûr de lui pour rendre obscène la bêtise régnante, risible tout ce qui se raconte dans « la sphère publique » et dérisoire l'idée que glisser une enveloppe dans une urne puisse constituer un geste - a fortiori un geste politique. À l'inverse du processus constituant que propose l’appel publié par Libération – car c’est bien de cela qu’il s’agit –, nous entendons amorcer une destitution pan par pan de tous les aspects de l'existence présente. Ces dernières années nous ont assez prouvé qu'il se trouve, pour cela, des alliés en tout lieu. Il y a à ramener sur terre et reprendre en main tout ce à quoi nos vies sont suspendues, et qui tend sans cesse à nous échapper. Ce que nous préparons, ce n'est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible. 

Nous n'avons aucune raison d'endurer un an et demi de campagne électorale dont il est déjà prévu qu'elle s'achève par un chantage à la démocratie. Pour cesser de subir ce compte à rebours, il suffit d'en inverser le sens : nous avons plutôt un an et demi pour en finir avec toute la triste domesticité des aspirants-chefs, et le confortable rôle de spectateur où leur course nous confine. Dénoncer, pourfendre, tenter de convaincre, ne servirait ici de rien. « Un monde de mensonges, disait Kafka, ne peut être détruit par la vérité, seulement par un monde de vérité» - plus vraisemblablement par des mondes de vérité. Nous avons un an et demi pour former, à partir des amitiés et des complicités existantes, à partir des nécessaires rencontres, un tissu humain assez riche et sûr de lui pour rendre obscène la bêtise régnante, risible tout ce qui se raconte dans « la sphère publique » et dérisoire l'idée que glisser une enveloppe dans une urne puisse constituer un geste - a fortiori un geste politique. À l'inverse du processus constituant que propose l’appel publié par Libération – car c’est bien de cela qu’il s’agit –, nous entendons amorcer une destitution pan par pan de tous les aspects de l'existence présente. Ces dernières années nous ont assez prouvé qu'il se trouve, pour cela, des alliés en tout lieu. Il y a à ramener sur terre et reprendre en main tout ce à quoi nos vies sont suspendues, et qui tend sans cesse à nous échapper. Ce que nous préparons, ce n'est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible. Nous n'avons aucune raison d'endurer un an et demi de campagne électorale dont il est déjà prévu qu'elle s'achève par un chantage à la démocratie. Pour cesser de subir ce compte à rebours, il suffit d'en inverser le sens : nous avons plutôt un an et demi pour en finir avec toute la triste domesticité des aspirants-chefs, et le confortable rôle de spectateur où leur course nous confine. Dénoncer, pourfendre, tenter de convaincre, ne servirait ici de rien. « Un monde de mensonges, disait Kafka, ne peut être détruit par la vérité, seulement par un monde de vérité» - plus vraisemblablement par des mondes de vérité. Nous avons un an et demi pour former, à partir des amitiés et des complicités existantes, à partir des nécessaires rencontres, un tissu humain assez riche et sûr de lui pour rendre obscène la bêtise régnante, risible tout ce qui se raconte dans « la sphère publique » et dérisoire l'idée que glisser une enveloppe dans une urne puisse constituer un geste - a fortiori un geste politique. À l'inverse du processus constituant que propose l’appel publié par Libération – car c’est bien de cela qu’il s’agit –, nous entendons amorcer une destitution pan par pan de tous les aspects de l'existence présente. Ces dernières années nous ont assez prouvé qu'il se trouve, pour cela, des alliés en tout lieu. Il y a à ramener sur terre et reprendre en main tout ce à quoi nos vies sont suspendues, et qui tend sans cesse à nous échapper. Ce que nous préparons, ce n'est pas une prise d’assaut, mais un mouvement de soustraction continu, la destruction attentive, douce et méthodique de toute politique qui plane au-dessus du monde sensible. 

« Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent

Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,

De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,

Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! »

Par Julien Coupat et Éric Hazan - Publié dans Libération le 25/01/2016

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Published by cronos - dans lu ailleurs
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mireille la rouge 29/01/2016 22:56

Vois-tu, cher camarade, je crois que nous avons la gauche antilibérale la plus bête du monde.
Je suis avec un intérêt non dissimulé ce qui se passe en Espagne, et je fais de tristes comparaisons.
En 2012, JL Mélenchon pouvait faire fructifier son score à deux chiffres, comme le fait actuellement Iglesias: au lieu d'appeler à voter pour le candidat PS, sans contrepartie, il eût pu entre les deux tours assortir le report des voix de conditions sine qua non, comme le ministère du budget par exemple, et la création de nouveaux ministères: richesse de la mer, investissement pour l'emploi, logement et dignité, laïcité, jeunesse,intégration, que sais-je, la liste est longue et la demande immense.
Exiger un grand chantier pour la réforme des institutions de la Vème.
Exiger un grand chantier pour le rapport à l'UE.

Ben, non. Il a livré nus et crus ses électeurs


Et le cirque continue. A chaque élection, et de plus en plus c'est ric-rac, on trouve des alliances improbables avec ceux-ci ou ceux-là, au point d'en être à la cacophonie puis là l'illisibilité complète.

Alors que la solution, intermédiaire certes mais un gros premier pas, c'est de faire comme Podemos. OK on vous soutient, mais voici notre programme anti austérité et pour l'emploi, il n'est pas négociable, vous le prenez avec nos voix, oi sinon vous vous démm...avec la droite voire l'extrême droite, nous on vous offre le moyen de les virer, vous voulez le changement, bien, vous refusezd'intégrer nos propositions, c'est que vous ne voulez pas changer, et fautes avec, ne venez pas pleurer après.

Oui, je sais, je sais, les premiers jours les caciques du PSOE ont crié au chantage de Podemos. Et puis ça s'est atténué, parce que la jeune génération du PS espagnol est en train de mettre les points sur les i aux "barons" du parti et de les bousculer vers la gauche.
Pas plus bête.
Alors que chez nous on ne fait pas de "chantage", fi, quel vilain mot! Mais c'est à croire que ça plait à tout le monde d'avoir la lutte contre le FN comme seul argument en boutique, et c'est pas du chantage, ça?

En Espagne, ce qui a fait la force de Podemos, c'est d'avoir élaboré un programme participativement, et de faire passer le programme avant la personne qui le porte. On se cherche un leader charismatique, mais enfin, qui, qui, qui, avait entendu parler d'Iglesias avant 2011? Et il fait de grands et tonitruants discours? Ben, non. Le programme a été porté conjointement par plusieurs personnes, et Iglesias représente le programme, pas lui-même.
N'empêche que ça marche.


Alors, un programme, un groupe de personnes qui le portent, un représentant, car il en faut un, lors d'une élection, et puis soutien avec condition au candidat le plus proche de notre sensibilité politique, avec exigence de respecter les conditions, sinon gros clash au Parlement, les députés démissionnent en masse, et zou, le gouvernement perd sa majorité et il est tout emm..

En Espagne, les députés ont une indemnité parlementaire de 1850 euros. Ceux de Podemos ont porté la leur à 850 euros, moyenne du salaire en Espagne. Outre les cumulards, je n'ai pas entendu souvent, même ceux que nous défendons, en faire autant.

Iglesias a une méthode qui peut faire école, ce n'est pas la méthode Tsipras, certes plus flamboyante, on vire la droite et on se met à sa place. Comme en Espagne et comme en France, le plus dur c'est de virer les socialos, cette pseude gauche libérale. Iglesias contraint le PSOE à compter avec lui et à appliquer quelques fondamentaux de son programme.
Ce qui me rappelle une phrase de je ne sais plus quel cadre du Parti sous Mao: comment faire avaler un grain de poivre à un chat? Tu ne peux pas le forcer, ou alors tu vas te faire griffer et de toute façon il recrachera. Non, il faut lui mettre le grain de poivre ans le trou du c..; il finira bien par l'avaler à force de se lècher. Je n'ai pas la citation exacte, mais elle me faisait pleurer de rire pendant les cours d'histoire de mon jeune temps de prof stagiaire.

Moins poétique que l'invitation au voyage, mais...

Denis Faict 30/01/2016 11:18

Nous sommes absolument d'accord sur l'analyse que tu fais de ce qu'il aurait fallut faire et de ce qu'il faudrait faire politiquement parlant si jamais JLM savait faire de la politique, ce dont je doute preuves à l'appui.

Non vois-tu, mon raisonnement rejoint celui de Coupat, c'est bien pour cela que je l'ai retranscrit sur mon blog, je crois que Raphaël en est d'accord aussi. Jean-Marie ne doit pas être bien loin de notre raisonnement, j'attends son avis. La liberté, si nous voulons la retrouver, ce qui nous permettra de réaliser nos objectifs, ne sera possible que si nous démontons la politique actuelle pan par pan et que nous finissions ainsi par obtenir une abstention de masse suffisante pour changer l'ordre des choses et entreprendre sans effusion de sang une longue révolution qui sera une longue marche. C'est de tout en bas qu'il faille repartir pour remonter au sommet du pouvoir, ce sera long, très long.

Pour moi ce n'est pas une invitation au voyage, et cela n'a rien de poétique, c'est la conviction qu'il faille s'opposer à toute la politique actuelle et de quel coté qu'elle soit en prônant et insufflant la révolte par l'abstention, et par la constitution parallèlement de comités de quartier ou de village qui seront le cœur de la nouvelle démocratie populaire.