Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

  • : Le blog de cronos
  • Le blog de cronos
  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
  • Contact

Recherche

Pages

26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 12:02
ESPAGNE: LA GUERRE DES TROIS AURA BIEN LIEU

Sous ce titre léger se cache une guerre politique, une vraie.

J'avais laissé ma chronique il y a trois jours avec le sentiment qu'il ne se produirait rien de bien neuf, vu le blocage de la situation, et que Pedro Sanchez faisait, en guise de contacts avec les uns et les autres, un début de campagne électorale en vue des inévitables élections. En fait, il occupe le terrain aux frais de la princesse, sous couvert de vouloir former un très improbable gouvernement et nous en avons pour deux mois de cette comédie.

 

1 UNE COMEDIE BIEN ORCHESTREE

 

 

Comme je l'avais expliqué dans l'article précédent, le 22 février, le PSOE s'est réuni avec Podemos, Izquierda Unida, et Compromis (un des partis formant la "confluencia", c'est à dire les collectifs où Podemos est inclus).

Bonne humeur, sourires, attitude plaisante du porte-parole du PSOE, bref, on aurait presque pu croire que la "Grande coalition de Gauche" pouvait fonctionner, Podemos , Izquierda Unida et les partis de la "Confluencia" offrant à Sanchez une majorité plus que confortable.

Sauf que, comme je l'avais expliqué aussi, dans le même temps, P. Sanchez tenait une réunion secrète avec A. Rivera, ce qui n'était pas du meilleur effet.

Le lendemain, le même Rivera rencontrait P. Sanchez, officiellement cette fois, et s'est montré un brin embarrassé à l'évocation, par une journaliste, de cette rencontre "discrète, mais pas secrète", selon lui. Quant à P. Sanchez, il ne s'était pas donné la peine d'une conférence de presse comme c'est l'habitude au sortir de ces réunions: ce qui était un brin inquiétant. D'autant que, comme on l'apprenait tard dans la soirée, le porte-parole du PSOE, hors-micro, avait confié qu'on ferait à Podemos une proposition telle qu'Iglesias ne pourrait la refuser sans se mettre dans l'embarras. Ce qui présageait du pire, et nous ne fûmes en effet pas déçus.

 

2 LA JOURNEE DES DUPES

 

Le lendemain, 24 février, P. Sanchez annonçait un accord avec Ciudadanos (Rivera et lui avaient eu le temps de fricoter dans leur petit coin), sur la base d'un changement réformiste, et pour le bien de l'Espagne. Il annonça d'un ton péremptoire une hausse immédiate du salaire minimum (sans préciser de combien...), une transformation des contrats de travail : il y aurait désormais des CDD transformés en Contrats de Formation, lesquels déboucheraient au bout de deux ans sur des CDI.  Sauf que pendant deux ans les salariés seront muselés dans la perspective d'une titularisation, et que de toute façon ça ne créé pas davantage d'emploi, mais bon, c'est présenté comme le progrès du siècle. Une autre mesure est l'impôt sur les grandes fortunes, et quand on sait ce que sont les grandes forunes en Espagne, c'est intéressant, sauf qu'il suffit de se faire domicilier en Andorre ou aux Canaries pour échapper à plein de trucs, mais bon, et je n'ai pas entendu parler de réduction d'impôt pour les classes moyennes, un oubli sans doute, ou je n'ai pas tout suivi. Une couverture sociale pour les chômeurs de longue durée (pour le moment ils n'ont rien pour beaucoup d'entre eux). Une réforme des institutions, en particulier la suppression des députations régionales, qui font doublon avec les instances de députation des grandes villes. Il faut comprendre que ces députations régionales sont le nid de tous les trafics d'influence et de la corruption, de droite comme de gauche, et c'est en effet intéressant de faire disparaître de fait certaines choses devenues gênantes, comme la députation de Galice ou d'Andalousie, pour le PSOE. Et justement la lutte contre la corruption est au programme aussi, ça tombe bien.

Avec un ensemble touchant, Rivera et Sanchez se sont congratulés de cet accord qui va dans le sens du mieux- être et du progès social, que l'entente devait se faire de la gauche à la droite dans l'intérêt général, que c'était la seule façon de débloquer la situation, et la seule façon de pouser le P.Populaire vers la sortie. Et que, ajouta Sanchez, Podemos ne pouvait pas ne pas être d'accord avec ces réformes. 

 

Dès le lendemain, bien entendu, furieux qu'on leur ait fait un enfant dans le dos, et de quelle manière à peine voilée, les représentants de Podemos rompaient toute négociation, le PSOE ayant agi avec déloyauté, et surtout, Iglesias rappelait qu'il était hors de question de donner l'investiture à quelqu'un qui avait passé accord avec la droite, pour des mesures en trompe l'oeil et qui ne sont en rien des mesures pour le changement.

 

Quant à Rajoy, il s'étranglait littéralement, voyant que Rivera, son poulain, son soutien, celui avec qui il envisageait une union pour une candidature à l'investiture au cas très probable où Sanchez n'obtiendrait pas la majorité requise, son allié putatif, l'avait indignement trahi en se portant vers le PSOE.  Et donc il a répété qu'en aucun cas le P.P. ne voterait l'investiture à Sanchez, et que d'ailleurs, en parlant de lutte contre la corruption, le PSOE, en Galice... Bref, il va y avoir de la boule puante dans l'air, à mon humble avis, et je ne cacherai pas que c'est ce que je souhaite, "y que se vayan todos!".

Mais nous n'en sommes pas encore là.

 

 

Hier, 25 février, l'accord fut porté sur les fonts baptismaux par les deux compères Sanchez et Rivera, tout sourires. Sanchez a donc, semble-t-il, écouté la tendance la plus réac (et la plus compromise dans les affaires), ceux qu'on nomme les "barons" du PSOE, c'est-à-dire l'équivalent des "éléphants" du PS, et ils ont en commun de tromper énormément...

Alors qu'il s'était engagé à consulter les militants du PSOE pour tout accord, Sanchez n'en a strictement rien fait, mais, magnanime, a ouvert une consultation sur le net... Après la signature de l'accord. Je pense que l'aile gauche de son parti, majoritairement des jeunes, le sanctionnera lors de nouvelles élections, car il s'était engagé à mettre la droite dehors, et il l'introduit, avec un nouveau visage mais les mêmes convictions, dans son futur gouvernement. Parce que Rivera n'est quand même pas là pour faire de la figuration, avec sa trombine de gendre idéal.

 

 

Mais le choc fut une conférence de presse donnée mercredi  par Sanchez, un réquisitoire personnel contre Pablo Iglesias, avec une rage et une violence verbale telle que j'en ai rarement entendues .

Brandissant le document portant les propositions pour un accord commun, il a accusé avec virulence Podemos d'être dans la stratégie et de ne vouloir que le pouvoir, au lieu de se préoccuper du sort des citoyens espagnols. Il a à plusieurs reprises, traité Iglesias de menteur, qu'il refusait toute alliance par ambition, et a fustigé son départ de la table des négociations, comme s'il n'avait pas tout fait pour. Il l'a mis au défi d'expliquer aux Espagnols pourquoi il refuserait de voter les mesures sociales prises par l'alliance PSOE et Ciu's, avant de le taiter d'imposteur et de comédien, en gros ; qu'il n'avait pas envie de gouverner mais bloquait le processus de désignation du gouvernement pour récolter un maximum de sièges au Parlement.

Mais le plus grave, c'est qu'il a accusé Podemos d'être l'allié du P.P., et Iglesias d'être le meilleur soutien de Rajoy. Un peu comme ceux qui mettent JL Mélenchon et Le Pen sur le même plan parce qu'ils sont eurosceptiques, on voit une fois de plus que les méthodes pourries des socialistes sont les mêmes des deux côtés des Pyrénées. La haine transparaissait sur son visage, et il a très sèchement conclu cette conférence, genre Valls, en sifflant : "Pas d'autres questions ? Alors au revoir" avant de tourner vite fait les talons, avant qu'on puise l'interroger davantage.

 

3 ET MAINTENANT ?

 

Eh bien c'est arithmétiquement simple. Ciu's et PSOE, définitivement, c'est 130 voix, sur les 176 requises pour avoir la majorité. Sanchez a, lourdement, suggéré qu'Iglesias reprenne les discussions. Vous pensez qu'après une vraie séance d'insultes publiques, celui-ci va reprendre tranquillement la conversation ?  Mais en fait c'est précisément ce que cherche Sanchez : il n'aura la majorité ni le 2, ni le 5 mars. A partir de là il aura deux mois pour reprendre des discussions et consultations, sauf que rien n'avancera d'un pouce, et qu'il en profitera, en compagnie de son désormais compère Rivera, pour faire sa pré-campagne électorale. Car si cette seconde tournée de contacts échoue, les nouvelles élections se tiendront le 26 juin.

Sanchez s'est, par son alliance avec Rivera, assuré que Rajoy ne pourra se déclarer. Car bien entendu personne ne votera pour lui sauf le P.P., 123 voix, ce n'est même pas la peine de rêver.

Il a tout fait et refera encore, pour discréditer Podemos, de la manière que nous savons.

 

MAIS...

 

La menace de voir ressortir certaines affaires gênantes pour le PSOE est bien présente, et Rajoy ne va certainement pas se priver.

 

L'aile gauche du PSOE ne va peut-être pas délirer d'enthousiasme.

 

Podemos n'utilise certes  ni l'invective, ni la menace de dévoiler des affaires de corruption. Mais il suffit de se remémorer les turpitudes diverses des gouvernements Gonzales (de 1982 à 1996, quand même). Et le bilan des gouvernements Zapatero (2004 à 2011), a vu la bulle immobilière enfler et éclater avec les conséquences dramatiques que les Espagnols paient au prix fort aujourd'hui, la dette enfler elle aussi, et le chômage atteindre un record européen. Et il suffit de faire remarquer que le P.P., fort corrompu au demeurant, a quand même hérité de 8 ans de gestion socialiste, d'une crise que le PSOE a en grande partie alimentée puis qu'il a traitée par une saignée à blanc du pays, Iglesias se fera un plaisir d'expliquer cela.

D'autant que les partis antilibéraux et antiaustérité avaient, dans l'espoir d'une grande coalition de gauche, plus ou moins ménagé le PSOE. Mais comme je le titrais, la guerre des trois est déclarée, et il n'y a dès lors aucune raison de se gêner. 

Enfin, ce genre d'entourloupe ne fait que le lit qu bipartisme qui sévit depuis 1982, copains et coquins, et ne laisse que peu de place à une demande de plus en plus importante d'expression populaire.

C'est de plus faire bon marché des demandes d'autodétermination, qui poussent les catalans en particulier à radicaliser leur vote en direction non seulement des partis autonomistes, mais aussi de Podemos ou des partis de la Confluencia comme ERC, Compromis, En Comu, Démocracia e Libertat, etc...

 

 

J'ajoute que la sortie virulente de Sanchez contre Podemos a quand même choqué, et que le voir traité de stratège ambitieux par quelqu'un qui vient de faire la démonstration de sa duplicité manœuvrière, c'est contreproductif pour le PSOE.

 

A preuve : un sondage sorti hier montre la chute du P.P., bien entendu, la progression du PSOE, mais aussi l'ascension de Podemos, qui dépasse les 17%, en dépit des attaques répétées, et alors même que, contrairement à Sanchez, Iglesias s'est relativement peu exprimé, et donc n'a pas encore donné sa mesure, attendant prudemment et, si j'ose dire, sagement.

 

En attendant, Podemos ne lâche rien.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Maignial 07/03/2016 10:47

Mouais... L'Espagne risque de rester ingouvernable un moment. Le déblocage pourrait venir par une alliance du PSOE avec le PP. Dans un premier temps, hélas, les mêmes seront reconduits au pouvoir. Mais cela va aussi clarifier le paysage politique. À moins que Podemos n'arrive à "pasokiser" le PSOE dès les prochaines consultations?

raphaël 28/02/2016 04:56

encore merci pour ta chronique espagnole, Mireille.

Denis Faict 26/02/2016 17:34

Dés le prochain article j'en tiendrais compte merci de nous suivre.

joncret nicole 26/02/2016 17:22

merci pour vos texte en plus gros caractères....continuez