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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

  • : Le blog de cronos
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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 15:06
PODEMOS, 56ème JOUR DE RESISTANCE

Que de choses se sont passées, en une semaine! Et pourtant la situation est toujours bloquée, même si Pedro Sanchez tient à montrer le contraire...C'est que les chiffres sont têtus, et, à moins de compter gouverner avec une très forte opposition, si ce n'est une opposition majoritaire au Congrès des députés , il ne peut strictement rien faire de concret.

 

Comme j'en ai l'habitude, je donnerai d'abord des indications sur le contexte général, mix de l'actualité politique et économique de la semaine, ainsi que ce que j'ai pu retirer des émissions d'analyse politique. Pour ceux qui peuvent capter la télé espagnole, je signale l'émission "la noche", sur la chaîne 24 oras, qui, la nuit, comme son nom l'indique, réunit des journalistes politiques et des analystes, certaines parties sont sous-titrées, mais en espagnol, c'est très utile lorsque les intervenants parlent très vite, mais il faut maîtriser un minimum de castillan.

 

Puis dans un second temps je donnerai les faits essentiels autour de cette difficile quête d'un accord politique  pour la constitution d'une coalition, enfin je vous ferai part de mes impressions , que vous pourrez discuter ici.

 

 

LE CONTEXTE

 

Chaque jour amène son lot de révélations de turpitudes et tripatouillages divers.

 

Après la communauté de Valencia, c'est celle de Madrid qui est touchée par un scandale de corruption autour du P.Populaire. Il y a quatre jours, la Gardia civil a perquisitionné les locaux de la direction madrilène du P.P., à la tête de laquelle on trouve Esperanza Aguirre. Si vous ne la connaissez pas, la dame a un c.v. politique épais comme un Bottin, l'article de Wikipedia la concernant donne un aperçu : ex présidente du Senat, ex présidente de la communauté autonome de Madrid, elle est porte parole du P.P. à la mairie de Madrid. Grande d'Espagne, elle est une très proche de Rajoy, bref, ce n'est pas n'importe qui. De très forts soupçons de corruption planaient depuis longtemps sur la gestion de cette communauté, et il se trouve que, opportunément, des ordinateurs  d'un des principausx soupçonnés, le trésorier, ont été retrouvés...vidés . Prévarication, fausses factures, blanchiment d'argent, l'habitude, quoi...Le scandale est énorme, et E.Aguirre, qui en d'autres temps a été mêlée à des embroglios un rien barbouzards (sous les gouvernements P.P. on pouvait à peu près tout se permettre, et le PSOE, un brin mouillé sous le gouvernement Gonzales, n'avait pas trop intérêt à se montrer incisif sur le sujet), bref, E. Aguirre, très sûre d'elle, a proclamé son innocence, et a démissionné de son mandat de porte parole du P.P. madrilène. Comme elle doit bénéficier de pas mal d'appuis encore, elle laisse les autres se dépatouiller, en gros.

Marino Rajoy n'avait pas besoin de cela, et le P.P. a nommé une gestionnaire, exactement comme à Valencia il y a quinze jours.

Aussitôt le PSOE a sauté sur l'occasion pour dénoncer la corruption qui règne dans le pays à cause de la gestion du P.P et dire que Valencia et Madrid ne sont certainement pas des cas uniques, et Ciu's, qui jusque là jouait les comparses du P.P., a pris quelque distance, demandant à Rajoy d'éclaircir la situation. Je ne relate pas ceci pout faire du commérage politique, mais parce que, nous le verrons dans un instant, ce scandale supplémentaire a fortement influé les contacts qu'a pris Sanchez pour la constitution d'un gouvernement.

 

Pendant ce temps, sute de l'affaire, si affaire il y a, des marionnettistes, los "titiriteros", accusés de faire l'apologie du terrorisme. Emprisonnés, ils ont été relâché le lendemain : d'abord il y a eu un mouvement en leur faveur, au nom de la liberté d'expression, et surtout, la maire de Madrid, M. Carmena, a montré qu'il s'agissait d'une erreur de programmation : la video de démonstration indiquait bien dans quel esprit se donnait ce spectacle, qui en fait ne s'adressait pas à un public enfantin. Elle a ajouté que seulement une vingtaine d'enfants avaient vu ce spectacle et avaient pu en être choqués, si tant est qu'ils l'aient compris, mais que c'était un incident bien minime et qui ne demandait certainement pas la prison, ni la tête du chargé de la culture de Madrid. Mais il ne vous aura pas échappé que la Maire est une élue Podemos... Pendant une dizaine de jours le calme est revenu, mais, ô surprise, dès que le scandale de la corruption du P.P. de la communauté de Madrid a éclaté, une association de lutte contre le terrorisme a porté plainte, avec un sens certain de l'opportunisme.

 

Nouveau scandale : la chaîne de cliniques dentaires Vitaldent se retrouve sur la sellette et deux de ses dirigeants inculpés : fraudes, blanchiment d'argent... C'est le comble pour un dentiste d'être accusé de blanchiment, mais l'affaire est sérieuse : pus d'un tiers des cabinets dentaires ont fermé en Espagne, et ces cliniques, qui fonctionnent sur le principe du low-cost avec tout ce que cela implique au niveau de la gestion et de la rémunération des personnels, qui marche avec des fonds de pensions et a des ramifications un peu partout en Europe, ces cliniques, donc, sont la préfiguration de ce que donnera chez nous un "système" Macron. Je ne saurais trop vous conseiller de taper "Vitaldent Espagne" et de vous laisser guider par votre moteur de recherche favori, vous serez surpris...

Re-nouveau scandale : une banque chinoise qui a des succursales en Espagne, la ICBC, a été perquisitionnée hier, et on a découvert un système de blanchiment d'argent (encore) pour des sommes très importantes, au moins 40.000.000 d'euros ; on introduisait ainsi dans le circuit financier des sommes provenant de délits, en particulier contrebande d'objets fabriqués en totale violation avec les droits de l'Homme.

 

Marché boursier toujours irrégulier, j'ai l'impression que, à chaque fois qu'il y a un souci avec le pouvoir en place (eh oui, Rajoy est toujours premier ministre ...), le surlendemain la Bourse affiche une reprise, comme s'il fallait que le bilan économique dont il se prévaut ne soit pas si mauvais. Mais c'est une constatation due peut-êre au hasard ?...

 

 

UNE SEMAINE DE "RONDE" DE CONTACTS

 

Eh oui, la tournée de contacts entreprise par Pedro Sanchez s'appelle une "ronde". La sémantique a de ces surprises : car c'est une sorte de danse du ventre à laquelle se livrent les protagonistes, et on tourne en rond, au final.

 

Les rencontres de la semaine :

 

Commençons par la rencontre, en début de semaine, entre Rajoy et Sanchez. Il n'en est strictement rien sorti, sinon que Rajoy, complètement autiste, répète à l'envi qu'il a gagné les élections, et que, si Sanchez échoue à former un gouvernement, il se présentera, lui, à l'investiture. Cette position est d'autant plus ridicule qu'il a refusé il y a pratiquement un mois la candidature à l'investiture proposée par le roi. Dans l'intervalle, sa situation est devenue délicate, vu les scandales dans lesquels son parti est impliqué, et vu que chaque parti, à présent, de Ciu's au PSOE en passant bien entendu par Podemos, déclare que Rajoy ne pouvait pas ignorer, et le somme de s'expliquer.

En tout cas, comme je l'écrivais plus haut, Ciu's a pris ses distances, et s'est rapproché du PSOE, comme quoi il y a des conséquences.

Cette rencontre, pour la petite histoire, s'est trouvée marquée d'un incident "diplomatique". Reçu par Sanchez dans une salle du Parlement, et ce, devant les caméras, Rajoy a ignoré la main que lui tendait Sanchez : une telle impolitesse n'est évidemment pas passée inaperçue, en dépit de la minimisation par Sanchez. Il n'en demeure pas moins que Rajoy a décrété qu'il ne voterait pas l'investiture à Sanchez, et encore moins si la coalition comprend Podemos : l'argument principal est que Podemos soutient les indépendantistes et les terroristes indépendantistes. Argument qui peut parler à la partie de la population qui a vécu les années de plomb, de 1970 à 1990. Ceux nés après 1980 ne sont pas sensibles à cet argument dans leur majorité, eux c'est la génération "movida".

 

Sanchez a ensuite rencontré deux partis ou coalitions voisines de Podemos ou dont Podemos fait partie, comme En Marea, formée par Podemos, Izquierda Unida et la gauche nationaliste en Galice, la Galice réclamant son autodétermination, sa reconnaissance linguistique et culturelle. Il a également rencontré le PNV, parti nationaliste basque : tous deux ont donné une réponse négative, le préalable à toute discussion étant la reconnaissance de la volonté indépendantiste des nations /peuples d'Espagne. Ils représentent 12 sièges de députés 

 

Il a ensuite présenté à Podemos le programme qui, selon le PSOE, pourrait être une base d'accord. Mais la "linea roja" à ne pas franchir est précisément la tenue d'un référendum sur l'indépendance catalane, ce que Podemos, au nom de la démocratie, réclame. En effet, on ne peut pas évacuer si facilement quelque chose comme plusieurs millions d'électeurs catalans, galiciens, basques, et les faire taire ne résoud en rien le problème. Podemos n'était pas partisan de l'indépendance catalane au départ, mais la demande des citoyens exige pour le moins un referendum. Iglesias a de nouveau exclu de participer à une coalition comportant  Ciu's, tant ce parti soi-disant centriste est le faux-nez du P.P., et ne revient pas sur sa demande de poste de vice-président, et des ministères qui permettent de contrôler l'économie, entre autres. Mais il a poliment rencontré Sanchez, en précisant que c'était une rencontre pour prendre connaissance des propositions, et pas une négociation.  D'autre part, et c'est important, Iglesias a remis ensuite les propositions en 5 points de Podemos, en particulier pour ce qui est des ressources financières à trouver dans une traque des fraudes et une répartition juste de l'impôt. Il a demandé à Sanchez d'être reçu ensuite pour en discuter, comme lui-même l'avait fait, mais... rien. Sanchez, qui pourtant faisait la danse du ventre devant Podemos, n'a pas répondu à cette demande, et, pressé par le temps semble-t-il, veut passer immédiatement à la phase des négociations. Iglesias n'a pas manqué évidemment de mettre en évidence le manque de dialogue et de courtoisie  politique de Sanchez, en renouvelant sa demande. Ciu's, en quête d'un parti auquel s'accrocher, et puisque le P.P. devient peu fréquentable, a commencé à donner un gage au PSOE, avec des propos quasi insultants pour Iglesias, style "Mais mon pauvre Pablo, tu ne sais pas ce que tu dis, tu ne te rends pas compte". Ce qui est une habile façon de préparer le terrain.

 

Puis Sanchez a rencontré l'ERC et Democracia e libertat, deux partis catalans qui totalisent quand même 17 sièges de députés. Il s'est fait assez vertement rembarrer par les deux, car l'indépendance catalane est le point principal de leur revendication, et il ne faudra même pas compter sur l'abstention, la réponse est : non à l'investiture, et "il est plus facile d'instaurer la république catalane que de réformer la monarchie". Parce qu'en plus ils sont républicains.

 

 

Enfin Sanchez a rencontré hier Ciu's, devinez quoi, ils ont trouvé quasiment la base d'un accord ! Sonnez hautbois, résonnez musettes. Le tout en ignorant superbement Podemos, Sanchez accorde à Rivera ce qu'il a refusé à Iglesias : on étudie les propositions, puis on se rencontre, et on négocie ensuite. Les propositions ont été faites, la rencontre aura lieu la semaine prochaine, et les négociations se feront ensuite.

 

Sauf que...

PSOE + Ciu's = 130 , mais il faut 176 voix, nous sommes loin du compte, la majorité absolue nécessaire pour l'investiture. 

 

Sauf à compter sur l'abstention du P.P. auquel cas ça risque de fâcher, car ce serait une coalition menée par les socialistes qui gouvernerait avec une majorité de voix de droite : les 123 voix du P.P, par abstention, et les 40 voix de Ciu's, pas franchement marqué à gauche. Gênant.

 

Deuxième cas de figure, et il a été évoqué par Rajoy, le P.P. vote non à l'investiture de Sanchez, et Rajoy se présente comme candidat à l'investiture.  Possible mais risqué : est-ce que cette demande sera agréée par le roi, qui a assez d'affaires dans la famille avec sa frangine Cristina pour ne pas prêter le flanc à tout remugle de corruption.

 

En tous cas, Sanchez doit donner sa réponse le 2 mars, date à laquelle il est censé avoir formé un gouvernement.

Il y aura vote, et voir les deux possibilités ci-dessus. Vous remarquez que les deux zappent Podemos, mais aussi tous les partis qui forment la "confluencia", au total 95 sièges de députés.

 

ET MAINTENANT?

 

Je pense que nous repartons pour de nouvelles élections.  Envisagées par Rajoy qui pense "reprendre du poil de la bête" sur le dos de Podemos, souhaitées par Podemos qui progresse dans l'opinion et peut fort bien devenir le second parti d'Espagne devant le PSOE, et par conséquent, perspective rejetée par Sanchez pour la raison que je viens d'évoquer.

 

Mon sentiment personnel

Il y a une conférence de presse chaque soir, au sortir de chaque consultation (tu parles d'un boulot pour moi, dès 17 heures devant le poste !), et j'entends chaque soir le PSOE et Ciu's traiter Iglesias de comédien qui se plaît dans des attitudes théâtrales pour faire monter la pression. Mais ausi, chaque nuit (de 11heures à 3 heures du matin, s'il vous plaît...) il y a cette émission de débat, "La noche", où les opinions des journalistes et des analystes me permettent d'avoir une bonne vision d'ensemble.

Je pense, d'après ce que j'entends et observe, que nous sommes en effet partis pour de nouvelles élections. Et j'en profiterai pour ratrapper mes heures de sommeil !

Et je soutiens Podemos, qui ne lâche rien.

 

Dernière heure: la conférence de presse de P Iglesias à 13 h -18/02/16.

 

Pablo Iglesias a réussi à unir les forces de ces divers partis et coalitions , que l'on nomme "Confluencia". 

 

L'intéressant, est que tous ces partis, et avec depuis ce matin, nous le savons au sortir de la réunion entre Garzon et Iglesias, avec Izquierda Unida, forment un front commun.

 

 

Iglesias rappelle comment Pedro Sanchez ne le reçoit pas, ne le prend même pas au téléphone, pour discuter des propositions avancées par Podemos, et cela jusqu'à  hier soir, alors qu'il a d'ores et déjà programmé une réunion avec Ciu's.

 

Il rappelle que les conditions de discussion étaient que chacun devait avoir un plan de gouvernement à discuter, ce que Podemos a donné, et qui a été ignoré, de manière peu compréhensible.

 

Aujourd'hui la jonction est faite entre Podemos, les partis "satellites" et ceux de la Confluencia, et la Izquierda Unida ( PC espagnol), c'est à dire une vraie force de proposition au mieux, de bloquage absolu au pire. Et au parlement une forte opposition.

 

Et Iglesias a répété, fermement, qu'il n'y a à cette heure que deux solutions : soit une grande coalition PSOE + P.P + Ciu's, et ce serait une mauvaise nouvelle car dela signifierait que le PSOE gouverne de fait avec la droite, et renonce à oeuvrer pour son mot d'ordre, Changement et Réformisme, le Changement ne pourrait pas avoir lieu, soit le PSOE + Podemos + les partis de la Confluencia, majorité absolue y compris parlementaire de gauche offerte sur un plateau, 197 voix sur 350. 

Iglesias a clairement énoncé qu'à présent Sanchez doit choisir entre la gauche et la droite, qu'il attend toujours d'être appelé pour discuter des propositions, puis négotier.

 

Il a également répondu que, dans le cas d'une coalition PSOE + Podemos + la Confluencia + Izquierra Unida, ce serait Sanchez le président, bénéficiant d'une indéfectible majorité pour l'investiture mais aussi au Parlement, à condition d'accepter les programmes de cette coalition de gauche, dans le cas contraire ce serait non à l'investiture. En aucun cas Podemos n'accepte Ciu's dans la coalition ni le gouvernement, mais que la porte n'est pas fermée pour des mesures prises en commun pour l'intérêt du pays.

 

La balle est clairement dan le camp de Sanchez, droite ou gauche, Iglesias tout à l'heure l'a mis au pied du mur.

 

Selon l'actualité, je reviendrai faire un compte-rendu dans le corant de la semaine prochaine.

Madrid, le 19, 20, 21, conférence pour un plan B.

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