Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

  • : Le blog de cronos
  • Le blog de cronos
  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
  • Contact

Recherche

Pages

8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 09:53
l'attente doublée d'espoir …

l'attente doublée d'espoir …

Ceci va devenir une antienne, mais... rien de nouveau en effet. Je risque de lasser les lecteurs de cet article, mais jamais ils ne seront lassés autant que les Espagnols, jusqu'à Felipe VI qui en a ras la couronne.

 

 

LE CONTEXTE

 

Après les consultations, après la journée des dupes que Sanchez et Ribera avaient fait vivre à Podemos et au P.P.(1), il ne restait qu'une étape : la demande d'investiture de Sanchez devant le Congrès des députés (= Assemblée nationale pour nous).

 

Une fois le pacte entre PSOE(1) et Ciudadanos(1) pratiquement signé, il manquait quand même une bricole, à laquelle Sanchez s'était engagé : la ratification par son parti. Donc le PSOE organisa dans les deux jours cette mascarade : plus de 80% de "oui" pour le pacte avec avec Ciudadanos, mais... 51 % de participation, ce qui rend tout de suite plus modeste ce résultat.

 

LE VOTE DU CONGRES

 

Tout d'abord, quelques menus faits qui donnent la mesure exacte de la volonté du PSOE d'aboutir : elle est très minime, Sanchez songeant plutôt à de nouvelles élections, profitant du discrédit du P.P.

 

Après le 20 décembre, le Président du Congrès, le PSOE Patxi Lopez, avait été élu avec les voix de Podemos et grâce à l'abstention du P.P., chacun, je suppose, donnant ainsi au pays une image d'ouverture et d'esprit conciliant. Il faut savoir que, lors de la journée de demande d'investiture devant le Congrès, le candidat prend d'abord la parole pour présenter le programme sur la base duquel les députés se prononcent. Puis, et ce fut toujours le cas jusqu'à présent, les leaders des différents groupes prennent à leur tour la parole, lui répondant, et présentant leurs propres programmes. Ils ont, contrairement au candidat, un temps de parole limité, proportionnel aux résultats obtenus lors des élections générales, et dans l'ordre selon le pourcentage de voix obtenu. Le candidat peut répondre à chacun, mais eux ne disposent pas de réponse.

 

Bref, normalement, les débats commencent le matin, pour que chacun puisse s'exprimer et répondre le plus rapidement. Le tout dans un encadrement horaire assez strict, avec une marge qui permet en effet cette disposition.

 

Or, Pedro Sanchez a demandé à prendre la parole mardi 1 mars en fin d'après-midi, du jamais vu, pratiquant une sorte de hold-up de la parole, et Patxi Lopez, bien d'accord avec son pote socialiste, a avalisé la chose. Et les autres ne pouvaient s'exprimer que le lendemain.

 

Donc, la présentation de Sanchez s'est réduite à un long monologue, insistant bien sur l'alliance avec Ciudadanos(1) qui bénéficiait ainsi d'une publicité bienvenue.

 

Au passage, Sanchez ne s'est pas privé de dire que l'important était la nouveauté, le changement de gouvernement, et que Rajoy et le P.P. incarnaient tout ce que l'Espagne a connu de corruption et étaient par conséquent fort mal placés pour lutter contre. Il a ensuite souligné le mensonge de Podemos, qui prétendant incarner le changement, par son blocage, faisait objectivement le jeu du P.P. en contribuant à maintenir le président en exercice au pouvoir. Avant de proclamer bien fort qu'il était hors de question de gouverner avec des séparatistes. Rien que d'habituel, quoi, et avec un catalogue digne de La Redoute des bonnes intentions et des projets du gouvernement, jusqu'à l'enseignement de l'anglais à la petite école.

 

Le lendemain seulement, les autres leaders purent s'exprimer.

 

Rajoy fit d'abord remarquer combien le procédé, de la part de qui se réclame de la démocratie, était une première et n'avait ainsi rien d'un débat devant le Congrès, ce qui n'augurait rien de bon. Il a ensuite révélé que, en janvier roi lui ayant proposé d'être le candidat désigné pour l'investiture, il avait refusé en argumentant qu'à cause de Sanchez, il n'aurait pas la majorité requise, et l'a donc accusé du blocage présent. Il est revenu sur les chiffres de la croissance sous son gouvernement, ne se privant pas de dire que les deux mandats PSOE précédents avaient été l'occasion de la ruine du pays, et qu'il avait eu, lui, Rajoy, à réparer ces dégâts.

 

Quant aux accusations de corruption... Le P.P. tombera, mais pas tout seul, apparemment. Car, outre que chacun connait la corruption des gouvernements Gonzales, les deux ex présidents PSOE de la Junte (gouvernement régional) d'Andalousie passent actuellement devant les tribunaux (prévarication, trafic d'influence, blanchiment d'argent, fausses facture et enrichissement personnel, de 1998 à l'an dernier, il y en a au bas mot pour 890 millions d'euros...). Comme prévu, le candidat Sanchez a répondu en prenant son temps, qu'il avait à discrétion : il en a profité pour reprendre ses arguments, chacun connaissant le poids de la répétition, c'est plutôt efficace comme campagne électorale qui ne dit pas son nom.

 

Puis ce fut le tour de Pablo Iglesias. Bruits divers sur les bancs du Congrès, sans rappel à l'ordre de la part de son président, mais bon. Iglesias a exposé son désir de voir se former une coalition de gauche, et que dans ce cas là il était près à tendre la main. De plus il a affirmé que Sanchez, en quelque sorte, ment en prétendant que Podemos le prive d'une majorité : car avec son appui et celui des partis de Confluencia(1), Sanchez bénéficierait d'une majorité plus que confortable, et qu'il suffisait pour cela de faire le choix d'une coalition de gauche. À ce moment là, P. Lopez semble se réveiller et interpelle Iglesias en lui signalant que son temps de parole va s'achever. Mais le problème, c'est qu'il TUTOIE Iglesias avec un mépris évident, alors que les députés qui prennent la parole doivent en principe se vouvoyer et se donner du "senorias". Fureur d'Iglesias qui le reprend aussitôt , en répliquant que lui aussi pouvait le tutoyer s'il y tenait absolument, mais qu'il ne comprenait pas pourquoi on le traitait différemment des autres députés. Et, ayant été plusieurs fois forcé de s'interrompre, si le silence imposé était une mesure disciplinaire à son encontre, il l'acceptait, mais que la manière dont on le traitait était, en gros, passablement discriminatoire.

 

Ce fut ensuite le tour de Ribera, qui égratigna au passage Rajoy (qui ne se doutait pas d'avoir réchauffé un tel serpent en son sein, sans doute), qui en fit des tonnes sur l'union, la bonne volonté pour tirer le pays de sa situation, pour mettre fin au blocage, qui insista sur l'excellence du pacte signé avec le PSOE... bref, la voix de son maître. Puis le défilé des partis de Confluencia, des partis basques, de Izquierda unida... Avant de passer au vote. C'est rigolo, les votes aux Cortes, car les députés sont appelés nominativement et doivent répondre par "si" ou "no". Sans surprise, à l'exception du PSOE et de Ciudadanos, les députés votèrent non, et Sanchez, comme prévu, dut se contenter de 130 voix.

 

Le Congrès devait se réunir à nouveau le surlendemain, vendredi 4 mars, pour un second vote.

 

Après ces deux jours, de pâlichonnes offres de concertation et de mains tendues, le second vote eut lieu, avec un résultat identique. Cependant ce second tour fut illustré d'un événement qui fit les beaux jours de commentateurs : en effet, lorsque ce fut le tour de Xavier Domenech de En Comu Podem(1) (le Podemos catalan), Iglesias fut si heureux de son discours qu'il dévala de son siège, et gratifia son camarade d'une accolade fraternelle assortie d'un énoooorme baiser... à la russe, bien sur la bouche, juste devant le banc des ministres, sous les applaudissements des députés de la vraie gauche.

 

Puis, quand ce fut le tour d'Iglesias, il commença son discours par une appel au printemps et à l'affection, puis, hilare, et tutoyant Sanchez, il lui dit "Maintenant, Pedro, il n'y a plus que toi et moi !", se vengeant ainsi du tutoiement méprisant de Lopez.

 

Il a donc fait le buz mais cela n'a pas empêche le blocage.

 

À partir de là, il y a maintenant, montre en main, deux mois pour un nouveau vote devant le Congrès des députés.

 

 

UN NOUVEAU CANDIDAT A L'INVESTITURE ?

 

Celui qui est bien embêté, c'est le roi FELIPE VI. Car cette situation est inédite. IL est embêté, car il a d'abord sollicité Rajoy, qui a décliné. Il ne va quand même pas se prendre un autre râteau, non ? Et en plus, il ne va pas demander à un corrompu de se présenter, vu que sa propre frangine, l'infante Cristina, a passé un mauvais moment devant le tribunal la semaine dernière. Il ne va quand même pas désigner Iglesias, car, voyez-vous, pour le roi, une coalition de gauche républicaine, bon, ça ne le fait pas trop. Renommer Sanchez ? Pfff !... Il y aurait cinquante votes, le résultat serait le même. Soit Sanchez choisit franchement la gauche et il a une majorité, soit il reste sur son centre mou et droitisant, et ce sera rebelote à chaque fois.

 

Alors le roi a reçu aujourd'hui Lopez pour lui dire, en gros, que chacun se demm... Non, je blague, il ne l'a pas dit comme ça, mais c'est pareil : il incite les partis à se rencontrer et à conclure un accord... Ce qu'ils font depuis deux mois. Autrement dit il botte royalement en touche.

 

 

ET MAINTENANT ?

 

Eh bien, deux mois de consultations, de crocs en jambe, de calculs, en prévision, avant de dissoudre les Cortes en mai et de : Je parlais de Guerre des Trois ? On assistera plutôt au Horaces contre les Curiaces, car le PSOE va tout faire pour diviser et essayer de gager quelques partis à sa cause. Peine perdue de toute façon, la clé de tout c'est le referendum pour l'indépendance catalane, et ni Podemos, ni les partis basques, ni ceux de la Confluencia, ni Izquierda Unida(1) ne transigeront là-dessus.

 

Ensuite, Podemos met les socialistes au pied du mur : il ne suffit pas de vouloir le changement de gouvernement si c'est pour ne pas changer de politique. Le changement, ce n'est pas uniquement, comme d'aucuns le claironnent, mettre Rajoy dehors, c'est ne pas gouverner avec la IBEX (la Bourse espagnole).

 

Ces deux mois seront en fait une pré-campagne électorale où Sanchez dispose d'un avantage certain.

 

Mais il y a eu des attitudes révélatrices (ainsi P. Lopez, après la probable dissolution des Cortes en juin, ne sera probablement jamais reconduit, vu ses magouilles et son mépris), il y a des scandales de corruption énormissimes, et, comme je l'écrivais, le seul recours du P.P., c'est de montrer qu'il est accusé d'être corrompu par ceux qui le sont au moins autant que lui, et l'affaire Andalouse est le signe que les boules puantes vont bientôt voler en tout sens. Pendant ce temps la Bourse de Madrid se montre faiblarde, et chacun attend l'avis de la BCE, rien de bien nouveau.

 

 

MON AVIS, MAIS CE N'EST QUE MON AVIS

 

Podemos ne lâche rien. Au contraire de Tsipras qui devait "renverser la table" et s'est retrouvé acculé aux tristes réalités, Iglesias n'a pas parlé de rompre avec l'UE ni de ne pas rembourser la dette. Mais il parle d'une Europe différente, et de faire supporter la dette à qui de droit. Et là, je le répète, il ne lâche rien. Et même si cette attitude est peu goûtée au PG, et même s'il y a eu un silence quasi absolu à propos de la conférence Internationale pour un plan B qui s'est tenue à Madrid. en février, qui dit que sa voie n'est pas la bonne ?

 

Le modèle préconisé par JL Mélenchon est sans doute le bon, mais pour la France. L'Espagne sort d'un sous développement économique, de siècles de royauté moyenâgeuse avec le poids de l'Eglise suivis de 40 ans de franquisme toujours avec l'Eglise, de 20 ans de "transicion", de 20 autres années entre la droite et le PSOE qui se tenaient la barbichette, et de s'indigner vraiment, c'est récent en Espagne.

 

Les modèles ne sont pas transposables dans l'absolu, cela, c'est vision de théoriciens. Podemos intègre aussi les données du terrain, nous devrions nous en souvenir, quand nous trouvons que ce parti joue "petits bras". Et ces mois d'obstination et de lutte pour la reconnaissance et le droit à la parole sont infiniment respectables, à mon sens.

(1) petit lexique des principaux partis espagnols :

 

- P.P. : Parti Populaire, la droite

- P.S.O.E. : Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, le PS

- Ciu's, ou C's : Ciudadanos, parti relativement récent, centre droit

- Podemos : inutile de présenter!

- En Comu Podem : Podemos en Catalogne

- Compromid : Convergence de partis en Catalogne dont Podemos fait partie

- PNV : Parti nationaliste basque (nationaliste au sens de défenseur de l'identité basque)

- En marea : Podemos en Galice

- Erce : parti de la gauche catalane et républicaine 

- Democracia i libertat : Parti catalan (gauche)

- I.U. izquierda Unida : Alliance style FdG, où le Parti. Communiste est majoritairement présent.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Carol DEBY 09/03/2016 09:59

Chère rouge, chère Mireille,
Ton lexique est exhaustif !
A imprimer pour le consulter immédiatement.
Un immense merci.

Carol DEBY 08/03/2016 17:11

Chère rouge,
Pour les non initiés à la politique espagnole, pourrais-tu, si tu as le temps, faire un petit glossaire des abréviations.
Ce n'est pas toujours facile à trouver, même sur le NET ; il y en a tellement, des sigles !

Denis Faict 08/03/2016 15:07

Ma chère Mireille
Non seulement Podémos est de part sa lutte constante et intègre infiniment respectable, mais doit être totalement respecté. Il ne faut jamais oublier que : les espagnols sont encore dans une monarchie, avec notre 5ème république nous n'avons rien à leur reprocher, que d'autre part ils sortent d'une dictature terrible, cela ne fait que 40 ans qu'elle a pris fin, pendant qu'ils évoluaient nous régressions et de cela il faut tenir compte pour garder raison, et comme tu le dis si bien, rien ni aucun pays n'est comparable et peut servir d'exemple à son voisin ; chaque peuple à son histoire et sa culture, chaque peuple doit prendre son sort en main, et vouloir n'en faire qu'un avec de telle différence est une illusion digne des grands naïfs ou des empereurs ou dictateur fous qui ont écumé ce pauvre continent appelé Europe.