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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 16:58
illustration de Giorgo de Chirico, les époux, 1926 ©ADAGP, Paris 1995

illustration de Giorgo de Chirico, les époux, 1926 ©ADAGP, Paris 1995

" Chez nous en Occident, règnent encore l'indolence repue et la profusion des marchandises. "

 

Ce qui était encore vrai à l'époque de la rédaction de ce texte, ne l'est plus aujourd'hui, je demanderai donc aux lecteurs de faire l'effort d'adaptation de 1995, époque de l'écriture du livre, à aujourd'hui, 20 ans tout de même. Vous constaterez que les grandes lignes étaient déjà là. Pour ma part j'ai acquis la certitude en 1994 du dévoiement de la gauche socialiste et de son dérapage vers la sociale démocratie à l'allemande, à savoir démocratie libérale, et j'ai quitté sans regrets le PS, avec lequel j'avais signé en 1974 un contrat moral le programme commun de la gauche ", exactement l'année durant laquelle éclata la " révolution des œillets " au Portugal, pays où je vivais à l'époque.

 

" Nous bivouaquons dans un présent gavé de pain et de jeux. Les temps ne sont durs que pour quelques uns. Collectivement, en effet, nous avons transféré le poids du présent sur les épaules d'une minorité malchanceuse. Les exclus, ces nouveaux esclaves, assument à eux seuls le souci des dettes. Pour le reste, le septicisme désenchanté et la dérision rigolarde gouvernent l'air du temps. Mais la peur du manque, en vérité, est obscurément revenu dans la cité. Et, avec elle, la conscience d'une insécurité nouvelle, d'un ébranlement souterrain qui laissent à peu pré sans voix les politiques.

 

Lequel oserait articuler tout haut ce qu'il pressent ? Ceci. L'enrichissement continu sur lequel nous avions fondé, après la guerre, nos systèmes démocratiques et gagé la paix sociale apparaît crûment pour ce qu'il était : moins un destin garanti qu'une temporalité éphémère, une phase hors normes du destin occidental, le fruit d'une reconstruction d'après guerre. Il n'est pas impossible que la fête soit finie… Du coup le modèle européen lui-même s'en trouve virtuellement ruiné. Trente glorieuses, État-providence, Sécurité sociale et tutti quanti. Sous les replâtrages au jour le jour, derrière les chipotages de la politique, se creuse déjà un vide aussi profond qu'une question. Qu'était donc, au fond, cet - état de croissance - sinon une commode mise en abîme de l'inégalité, une trêve partielle entre riches et pauvres, patiemment reconduite de budget en budget ?

 

Quand le gâteau grossit, les disputes sont négociables et, au delà des guerres civiles froides, le social se gère. Par anticipation. Depuis un demi-siècle, les lendemains n'apportaient-ils pas - inlassablement - du meilleur ? Des lendemains sur lesquels les Européens avaient appris, en lisant Lord John Maynard Keynes, à tirer des traites. Ce n'est plus le cas. Dans l'Europe aux anciens parapets, la " croissance forte " a faibli, quand elle ne s'est pas arrêtée. C'est ailleurs, vers l'Asie mirobolante, la Chine affolée d'enrichissement ou l'Orient industrieux que la croissance s'est expatriée. Chez nous, c'est à peine si elle trouve des tempos modestes d'autrefois - disons deux pour cent l'an - et joue l'Arlésienne du vaudeville électoral. L'avenir, sur ce terrain, ne promet plus grand-chose. Au-delà des litotes de circonstances, tout se passe comme si, sous le pied du politique, on avait cruellement tiré le tapis.

 

Ainsi, un fantasme nouveau hante-t-il désormais l'Europe, celui de la consubstantielle fragilité démocratique. Une inquiétude qui sporadiquement s'exprime à voix haute. Mais pas si souvent… Citons cet essayiste allemand Eckart Fuhr assez téméraire pour vendre la mèche.

 

" L'Occident, demandait-il en 1944, quelle force de cohésion sociale représentera-t-il lorsqu'il s'agira d'abandonner le mode de vie et le bien être de la société industrielle ? Comment pourra-t-il réussir, sans guerre civile ni effondrement des institutions, à faire régresser les exigences matérielles des générations futures jusqu'à un niveau que l'on doit qualifier de modeste comparé à ce que nous connaissons aujourd'hui ? Qu'adviendra-t-il de l'individualisme occidental dans le cadre d'une concurrence mondiale où il faudra se battre pour les ressources et faire prévaloir sa propre vision du monde face à des civilisations plus rigides et plus communautaires ? Jusqu'à quel point l'Occident peut-il se montrer décidé dans la défence de son mode de vie sans se détruire lui même de l'intérieur ? "(1)

 

Pessimisme exagéré ? Ce n'est pas sûr.

 

Voyez déjà comme, privés de ce grand lubrificateur social à quatre ou cinq points annuels, nos démocraties se durcissent, se raidissent, tandis que réapparaissent, après démaquillage, les corporatismes, les individualismes frénétiques, les égoïsmes nus et cette avidité des riches que, bien avant le christianisme, condamnait déjà Aristote. "

 

À croissance molle, société dure (disait l'économiste Michel Albert).

 

Dans un jeu à somme nulle, la patience n'est plus de mise c'est ce que je m'efforce de faire comprendre depuis maintenant de trop nombreuses années.

 

AUJOURD'HUI

 

Il est impensable d'ignorer la réalité, cela fait plus de 20 ans que nous sommes censé la connaître…

 

il inconcevable d'espérer un changement d'orientation de la part de l'oligarchie rentière, sinon qu'en pire…

 

il est vain de croire que notre lutte, notre devenir appartiennent aux autres peuples d'Europe…

 

Aussi, pour aider à me faire entendre, ai-je pris la liberté de vous proposer de lire cet extrait du livre d'un écrivain que j'affectionne particulièrement Jean-Claude Guillebaud, livre, écrit en 1994, qui a gardé toute sa pertinence, je vous en conseille la lecture :

LA TRAHISON DES LUMIÈRES, soustitré - Enquête sur le désarroi contemporain -

Édition du SEUIL.

 

(1) Éditorial publié en première page de la Frankfurter Allgemeine Zeitung en juin 1994.

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Published by cronos - dans politique
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