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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 10:00
Vers une troisième guerre mondiale ?  La responsabilité des Etats-Unis

 

George Kennan (responsable de la planification politique du département d’Etat des USA, 1948 ; Foreign Relations of the United States (1948), United States Department of State, éd. Washington, D.C.: U.S. Government Printing Office, 1976, t. 1, partie 2, p. 523-525) :

« Nous avons environ 50% des richesses mondiales mais seulement 6,3% de la population. Cette disparité est particulièrement importante entre nous et les peuples d'Asie. Dans cette situation, nous ne pouvons manquer d'être l'objet de l'envie et du ressentiment. Notre tâche réelle dans la période à venir est de concevoir un ensemble de relations qui nous permettront de maintenir cette position de disparité sans réel détriment pour notre sécurité nationale. Pour ce faire, nous devrons nous dispenser de toute sentimentalité ou rêve éveillé ; et notre attention devra être concentrée partout sur nos objectifs nationaux immédiats. Nous ne devons pas nous faire d'illusions que nous puissions nous permettre le luxe de l'altruisme et du bienfait mondial. »

(voir texte anglais fin de document).


Avec cette citation, tout est clair : les Etats-Unis furent les vrais vainqueurs des deux guerres mondiales : ils se sont considérablement enrichis en fournissant les pays européens en matériel militaire et autre ; ils n’ont connu aucune dévastation sur leur territoire et des pertes humaines limitées par rapport aux pays d’Europe. La grande crise de 1929 les avait mis à mal, mais le carnage de 1940-1945 les a remis à flot  en mettant l’Europe définitivement en situation de débiteur. Les industries USA ont tourné à plein rendement durant cette période et les profits se sont accumulés. Les USA ont ainsi usurpé, en l’amplifiant, la situation de monopole dont a joui l’Angleterre pendant des décennies. Le commerce mondial était établi sur une seule devise, le dollar, et financé à partir de Wall Street.

 

Aussi, au retour de la paix, « … les New Dealers (*), au pouvoir à Washington depuis 1932, comprirent qu’ils se trouvaient face à une occasion historique : celle d’ériger sur le monde de l’après-guerre un nouvel ordre qui verrouille la suprématie des Etats-Unis sur un socle en acier trempé. Et c’est allègrement qu’ils saisirent cette chance qui s’offrait à eux. Leur projet audacieux procéda des deux ressorts sur lesquels reposent toute grande réussite : la peur et le pouvoir. … les Etats-Unis avaient compris qu’ils avaient hérité de la charge historique de reconstruire, à leur image, l’univers du capitalisme mondial … » (réf 1 ;  pages 105-106).

 

Il s’agissait donc de maintenir une situation de grands profits et de domination (sous couvert de liberté, de démocratie et de droits de l’homme), tout en évitant une nouvelle grande Crise comme celle de 1929. Et les plans furent préparés dans ce but : le dollar devait devenir la devise universelle et les exportations et le capital devaient couler vers l’Europe et le Japon en échange de la docilité économique et politique de ces pays.  Et ce furent le plan Marshall et la remise à flot de l’Allemagne et du Japon, deux pays déjà sous occupation américaine, avec de bonnes bases industrielles et une main d’œuvre bien formée, deux pays qui ne demandaient qu’à renaître et seraient de fidèles alliés, deux piliers pour soutenir le dollar en cas de difficulté. Ce fut  ce que Varoufakis appelle le Plan Mondial, extrêmement adaptable, et qui a fonctionné de 1950 à 1971 environ  (réf 1, chapitre 3).

 

Dans cette perspective, la guerre froide, sous couvert d’anticommunisme, ne fut  qu’un combat incessant pour la domination du monde par les USA et a justifié des interventions incessantes dans toutes les parties de la planète, sous forme d’activités secrètes de la CIA et/ou sous forme d’interventions militaires, ce que William Blum appelle les guerres scélérates (2,3). Partout où apparaît un gouvernement qui promet et tente de réaliser une certaine justice sociale, c’est-à-dire un gouvernement progressiste mais nullement communiste, la grosse patte étatsunienne (ouvertement ou en sous-main) s’abat sans pitié : citons pour exemple le renversement d’Allende au Chili, celui de Mossadegh en Iran, l’assassinat de Lumumba au Congo, les interventions au Nicaragua, en Angola, en Indonésie, au Timor oriental… William Blum les décrit une par une dans les chapitres 17 et 18 de son livre « L’Etat voyou » (réf 2, pp 167-227). Et l’ingérence des USA est d’autant plus dure que le pays « rebelle » est doté de ressources naturelles intéressantes (pétrole, minerais …).

 

Avec la chute de l’URSS, le prétexte de l’anticommunisme a disparu, mais pas le désir de domination des USA qui, au contraire, s’est amplifié. Le pacte de Varsovie a été dissous, mais pas l’OTAN qui, au contraire, place des troupes et du matériel militaire directement face à la Russie dans les pays de l’Est, soutenu en cela par la demande pressante de certains de ces mêmes pays dirigés par des gouvernements inconscients (ou idiots). Les bases militaires américaines sur la planète se sont multipliées au point de dépasser les 700. Les interventions américaines sont restées constantes, sous forme de coups d’état ou d’invasion (Afghanistan, Irak …) et dans la dernière décennie sous forme de guerre par procuration ou guerre proxy (Tchétchénie, Ukraine, Syrie) ou en faisant faire le sale boulot par les vassaux européens trop heureux de se montrer dociles aux ordres du grand suzerain américain (Libye, Mali …).

 

Comme l’écrit William Blum, la politique étrangère des USA ne s’embarrasse pas de morale, pour autant qu’elle permette de conserver la main-mise sur les richesses mondiales, qu’elle permette aux « bonnes personnes » et aux « bonnes  entreprises » de s’enrichir davantage. William Blum décrit parfaitement bien cet état d’esprit américain avec citations et références à l’appui (cf W Blum, Les guerres scélérates, réf 3, pp 393-394). Dans l’Etat voyou (réf 2, pp 43-44), Blum écrit « Une étude des nombreuses interventions américaines … montre clairement que le moteur de la politique étrangère américaine n’est pas alimenté par une dévotion à quelque espèce de moralité, ni même par la simple décence, mais bien par la nécessité de servir d’autres impératifs, qui peuvent se décomposer comme suit :

    1. rendre le monde ouvert et accueillant à ce qu’on nomme en langage courant la globalisation, particulièrement pour les entreprises transnationales basées en Amérique.

    2. Améliorer les bilans des fournisseurs de la défense qui ont généreusement cotisé auprès des membres du Congrès et des résidents de la Maison Blanche.

    3. Empêcher l’émergence de toute société qui pourrait être utilisée comme un exemple réussi d’alternative au modèle capitaliste.

    4. Etendre l’hégémonie politique, économique et militaire sur la plus grande partie du globe – pour prévenir l’émergence de tout pouvoir régional qui pourrait défier la suprématie américaine – et créer un ordre mondial à l’image de l’Amérique comme il convient à l’unique superpuissance mondiale. »

Pour cela, les USA sont devenus un état voyou .

 

Et pourquoi les USA en sont-ils arrivés à vouloir à tout prix conserver leur supériorité, quel qu’en soit le prix pour le reste de la planète ?
 

Ici, aux arguments déjà fournis par W. Blum, on peut ajouter deux raisons plus complexes :

depuis des décennies, une « aristocratie américaine » répète ad nauseam aux citoyens américains que les USA sont les meilleurs, que le destin des USA est de diriger le monde et de lui  apporter la liberté, la démocratie, le mode de vie américain (où chacun peut devenir riche et heureux, c’est évident !)  et, par là, le bonheur, et que, bien évidemment, la divine providence a choisi les USA pour assurer ce bonheur mondial : c’est « l’exceptionnalisme américain » brandi comme un slogan électoral par Mme Hillary Clinton. Les USA sont la nouvelle Rome et dans les années 1990, après l’effondrement de l’URSS, on  nous a rebattu les oreilles avec l’établissement d’un empire américain. C’est l’ « hybris » des anciens : le désir de puissance associé à l’orgueil.
Moins évidente pour le grand public est la raison économique profonde : le double déficit des USA, qui a commencé dans la seconde moitié  du 20ième siècle avec les coûts exorbitants croissants de la guerre du Vietnam (Hô Chi Minh ne voulait pas la perdre et  Lyndon Johnson voulait la gagner ! Le grand empire USA défenseur de la démocratie et des droits de l’homme pouvait-il s’incliner devant quelques barbares asiatiques ! ). Et ce déficit ne cesse de s’accroître. Ce double déficit est celui de l’Etat (rentrées fiscales insuffisantes) et celui de la balance commerciale (insuffisance des exportations face aux importations). Pour réussir à financer les déficits jumeaux … « sans réduire les dépenses du gouvernement, ni augmenter les impôts, ni affaiblir la domination des Etats-Unis sur le globe, les responsables politiques américains comprenaient qu’il ne leur restait qu’une chose à faire : convaincre le reste du monde de financer le déficit des  USA » (réf 1, p 156). Il faut donc que les USA achètent les excédents de production des autres pays et paient ces achats par le flux d’argent que ces pays producteurs font arriver dans les banques USA, sur la base du dollar-roi.  Il ne faut surtout pas que ce va-et-vient cesse,  et donc que le dollar reste l’étalon mondial des échanges économiques planétaires. « …Tant que les investisseurs étrangers expédieraient chaque jour des milliards de dollars vers Wall Street, de leur plein gré et pour des raisons strictement liées à leur propre profit, les déficits jumeaux des Etats-Unis seraient financés et le monde continuerait à tourner, au petit bonheur la chance, autour de l’axe américain. »  (réf 1, p.160).

 

Mais le krach de 2008, provoqué par la cupidité et l’orgueil insensé du secteur privé financier, a mis à mal cette situation prédominante des USA.

 

Toute tentative pour s’émanciper du dollar doit donc être écrasée. Ce fut la raison principale pour laquelle la Libye fut plongée dans le chaos par les puissances vassales des USA, la France en tête : Khadafi voulait se libérer du dollar et organiser un système économique africain indépendant. La Russie et la Chine sont aussi dans cette ligne de mire des USA parce qu’elles ont l’intention de mettre en pratique une autre monnaie pour leurs transactions économiques.
Et cela, c’est inadmissible pour les USA. Pour l’empêcher, une troisième guerre mondiale serait-elle une bonne solution envisagée par les fous de Washington ?

 

Il est temps pour les nations européennes de s’émanciper de la « domination » de ces fous, et pour cela, de neutraliser la tête dirigeante de l’Union européenne, pieds et poings liés aux USA : faudra-t-il tout détruire pour tout recommencer en Europe ?


 

Texte anglais de la citation de Kennan
« We have about 50% of the world's wealth but only 6.3% of its population. This disparity is particularly great as between ourselves and the peoples of Asia. In this situation, we cannot fail to be the object of envy and resentment. Our real task in the coming period is to devise a pattern of relationships which will permit us to maintain this position of disparity without positive detriment to our national security. To do so, we will have to dispense with all sentimentality and day-dreaming; and our attention will have to be concentrated everywhere on our immediate national objectives. We need not deceive ourselves that we can afford today the luxury of altruism and world-benefaction. »

(*) New Dealers : les responsables politiques, théoriciens et universitaires partisans du New Deal, tel que préconisé par Franklin Delano Roosevelt  (Varoufakis, op cité, p 105)

1. Yanis Varoufakis. Le minotaure planétaire. L’ogre américain, la désunion européenne et le chaos mondial. Editions du Cercle 2014
2. William Blum. L’Etat  voyou. Parangon, 2002.
3. William Blum. Les guerres scélérates. Les interventions de l’armée américaine et de la CIA depuis 1945. Parangon, 2004

Note : William Blum est un journaliste américain ayant été fonctionnaire au département d’Etat.

Un autre article intéressant de W. Blum  « American exceptionalism presents an election made in hell » (13 mars 2016) http://williamblum.org/aer/read/144
Traduction : « L’exceptionnalisme américain nous offre une élection sortie tout droit de l’enfer »http://www.legrandsoir.info/l-exceptionnalisme-americain-nous-offre-une-election-sortie-tout-droit-de-l-enfer.html

En voici un extrait fort court :
« Ma principale préoccupation est la politique étrangère. La politique étrangère américaine est la plus grande menace pour la paix mondiale, la prospérité et l’environnement. Et quand il s’agit de politique étrangère, Hillary Clinton est un véritable désastre. A cause d’elle, de l’Irak et la Syrie à la Libye et le Honduras, le monde est devenu un endroit bien pire ; si bien que je la considère comme un criminel de guerre qui devrait être poursuivi. »

 

 

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Published by Ginette Deby - dans ré-information politique
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commentaires

raphaël 21/04/2016 01:51

Article effectivement très intéressant, mais qui laisse de coté une donné fondamentale: la globalisation du capitalisme, initiée par les USA, a été un tel succès que le processus a fini par leur échapper. Aujourd'hui le capitalisme est mondial, et la situation de tension géopolitique actuelle est le produit de la difficulté que rencontrent les USA à lâcher leur leadership exclusif.
Souvenez vous de l'époque Clinton, à l'époque les USA était engagé dans une démarche beaucoup plus en phase avec cette perception d'un Empire capitaliste global (négociations multilatérales à l'OMC, "guerre juste" au Kosovo, lancement de la problématique du réchauffement planétaire avec A. Gore, ...). C'est l'élection de GW Bush, soutenu par les "vieilles" industries du pétrole et de l'armement qui a replacé les USA dans une perception "unilatérale" d'un empire américain.
Ce n'est qu'une phase transitoire, les contacts de Kerry avec Poutine et Lavrov à propos de la Syrie l'illustrent bien, ces derniers ayant d'ailleurs à plusieurs reprises affirmé qu'ils reconnaissaient l'OTAN comme force de police internationale, mais qu'il fallait qu'elle s'ouvre à une gouvernance partagée. Et de même pour l'architecture globale de l'économie, pour laquelle ils appellent à une "intégration des intégrations".
Ce texte illustre donc, à mon avis, l'état d'esprit d'une fraction de l'oligarchie étatsuniennes, celle d'extrême droite, les néocons, certes très puissante, mais ils ne sont pas les seuls...
La troisième guerre mondiale n'aura pas lieu, ou plutôt si, "elle a déjà commencer, c'est celle de l'oligarchie contre les peuples" (Sous-commandant Marcos).

Carol DEBY 20/04/2016 16:49

THURSDAY, JUL 18, 2013 11:03 PM CEST
Jimmy Carter: US “has no functioning democracy”
http://www.salon.com/2013/07/18/jimmy_carter_us_has_no_functioning_democracy_partner/
Littéralement :
Les Etats-Unis n’ont pas de démocratie fonctionnant
En bon français :
Les Etats-Unis ne fonctionnent pas démocratiquement.
Ou :
Les Etats-Unis ne sont pas une démocratie.

Mireille et Claude 20/04/2016 16:21

Cet article a un grand mérite: sa clarté. Et un autre, sa précision.
Nous ajoutons que, outre le manque de sentimentalisme, les USA ont le don de l'humiliation: ainsi, après avoir mis à genoux la minuscule Cuba face au continent géant, on s'essuie les pieds dessus: le Pape, les hôtels Hilton, le rhum Bacardi, les Rolling stones et les déferlements de touristes incultes qui viendront manger de la langouste en frémissant au rappel des geôles de Castro, la pauvreté mise au rang d'objet de musée... Ils auront tout fait en quelques mois.

Nulle part dans cet article il n'est écrit que la Russie ou la Chine proposent un système plus juste ou anticapitaliste (il y a beau temps que la Chine n'a de communiste que l'enveloppe), ou que Khadafi ait été un démocrate, mais l'article met bien en avant que ce que les USA veulent: anéantir toute autre forme d'économie et de monnaie que la leur, et asseoir leur suprématie.Ce qui explique aussi les difficultés auxquelles sont confrontés les BRICS, à commencer par le manque d'audience. Car, sur un échantillon moyen de population, qui sait de quoi il s'agit.
La guerre en Ukraine est entre autre une bonne occasion d'implanter des bases de l'Otan sous le nez de la Russie, alors même que le prétexte de la guerre froide et de la lutte contre le communisme ont disparu.
Plus que jamais il faut soutenir toute rébellion en Europe contre cette main mise, et c'est pourquoi, pour l'instant, Podemos est le mouvement qui est le plus abouti, et le plus à même d'apporter sa voix jusqu'à Bruxelles, semble-t-il.