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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 09:44
ESPAÑA / -26.

Nous voici donc à moins de quatre semaines des élections générales en Espagne, et le moins que l'on puisse dire est que chaque jour apporte son lot, non pas de surprises car la droite est si prévisible, mais de changements et de tempêtes parfois dans un verre d'eau.

 

LE JEU DES ALLIANCES

 

 

Dans les épisodes précédents de cette modeste chronique, vous avez pu suivre au gré des mois et des semaines les approches, les tentatives, les préaccords, les désaccords, bref, toutes les combinaisons.

Voici la situation présente, et définitive, à moins d'un coup de théâtre énorme.

 

A DROITE

 

 

Mariano Rajoy

Mariano Rajoy

En dépit des multiples affaires de corruption qui se révèlent jusqu'à ces derniers jours, le PP conserve, malgré une certaine évaporation de son électorat vers Ciudadanos, sa position de partido mas votado, qui a le plus grand nombre d'électeurs (subtile différence que Marino Rajoy manie fort bien : ça ne veut pas dire parti majoritaire en termes de représentation parlementaire). Les résultats des chiffres du chômage connaissent une embellie, mais n'est-ce pas vrai pour d'autres pays de l'UE? Et puis, les années d'austérité ont creusé un  tel fossé , que le solde des créations d'emploi est encore très déficitaire. Les prix ont baissé, oui, mais le prix du pétrole a agi de même pour la plupart des pays de l'UE, donc l'action du PP n'est pas spécialement évidente non plus sur ce plan. Le mal logement et la couverture sociale sont toujours un problème, la IBEX (Bourse espagnole) est plus fluctuante que jamais, et si l'économie espagnole a connu un mieux, elle le doit essentiellement au tourisme, qui depuis deux ans bénéficie, en quelque sorte, de la désaffection pour des destinations telles que l'Egypte et la Tunisie pour cause de menace terroriste. C'est une amélioration d'autant plus fragile, qu'il suffirait d'un attentat (et je rappelle que l'Espagne est sous le coup d'une alerte permanente, les islamistes ne rêvant que de la reconquête d'Al Andalus, les anciens territoires arabes en Espagne avant la Reconquista, (on n'en parle pas trop pour ne pas effrayer le touriste justement, mais la menace est bien réelle), il suffit d'un attentat assez grave, donc, pour réduire cette reprise à néant.

 

Alors, sur quoi table Rajoy?

Sur les chiffres, donc.

Et puis sur la "stabilité", le "sérieux", qu'il oppose volontiers aux allures cool des députés de Podemos, marque, pense-t-il, d'une coupable légèreté.

Et puis quoi? Ben comme d'habitude, la crainte de l'implosion de l'unité espagnole si les partis indépendantistes, alliés à Podemos, arrivent à obtenir un referendum sur leur indépendance. Quoi que... Ces attaques se font plus modérées ces derniers temps, sans doute parce qu'elles sont contre productives à ma longue, en exaspérant davantage le sentiment nationaliste catalan, basque et galicien.

Et puis encore quoi? Ah, oui. Les attaques récurrentes sur le financement des débuts de Podemos par Chavez, hautement improbable et d'ailleurs jamais prouvé, Pablo Iglesias ne se lamente pas contre la diffamation, mais au contraire soutient que, à de multiples reprises, le cas a été examiné et jugé, et que la financiation du parti s'est à chaque fois trouvée transparente et irréprochable (ce qui est loin d'être le cas pour le PP). Mais Errejon et Iglesias le répètent, ils sont prêts à livrer Podemos à toutes les investigations à nouveau, le parti n'en sortirait que blanchi et avec une publicité gratuite.

Alors qu'est-ce qu'il fait, Rajoy? Eh bien il convoque la peur du type au couteau entre les dents, en invitant comme thème de campagne la situation au Venezuela, s'inquiétant pour les ressortissants espagnols expatriés, en faisant des tonnes, au point de provoquer, la semaine dernière, la colère de Nicolas Maduro et un quasi incident diplomatique: Maduro a accusé Rajoy de se servir de la situation au Venezuela pour sa propagande électotale, et l'a prié de venir au Venezuela voir de quoi il retourne, lors d'un meeting fortement médiatisé. Depuis, Rajoy semble avoir abandonné ce cheval de bataille, ou alors on l'aura prié en haut lieu de mettre un frein à ses diatribes.

Ceci dit, on peut expliquer le maintien relatif du PP par le fait qu'il n'y a pas d'alternative à droite, contrairement à la France. A droite, il y a le PP... Et le PP. Peu à peu érodé par un centre droit (qui se droitise de plus en plus) nettement plus "sexy" pour les jeunes, j'ai nommé Ciudadanos .
 

Et puis, tellement sûr de lui qu'il a tour à tour refusé les débats télévisés à quatre partis (il a envoyé à sa place une porte-parole, disant qu'il était président du Congrès des deputés  en fonction et donc qu'il ne déplaçait pas pour si peu son auguste personne), et refusant un face à face télévisé avec Sanchez, il sait qu'il ne pourrait rien gagner à une confrontation et campe sur son capital de voix.

 

AU CENTRE DROIT

 

 

Alberto Rivera

Alberto Rivera

Ciudadanos, Ciu's ou C's pour  les gens pressés

 

Serpent réchauffé dans le sein du PP, car au début de la recherche d'une majorité parlementaire lui permettant de rester chef du gouvernement, Rajoy avait pensé conclure une alliance avec Albert Rivera, le photogénique leader de Cidadanos, tout jeune parti mais qui a quand même réalisé 14% lors des dernières élections. Photogénique, oui, il a même posé nu comme un ver sur une affiche électorale de 2006, les mains pudiquement croisées sur son chasselas en guise de feuille de vigne, si, si...Centre droit, propre sur lui, tête de gendre idéal, sauf que ce centriste de plus en plus de droite s'est aperçu que la dénonciation de la corruption de la droite et son désir affiché de renouvellement lui assuraient une certaine aura, et le voici donc volant pour son compte, délaissant, ô perfidie, Rajoy, son pourtant proche politiquement, mais empuanti par les fumets putrides des affaires. Le voici donc se rapprochant du PSOE, jusqu'à élaborer un programme commun lors du dernier vote pour la présidence du Congrès des députés.Penseriez-vous que Ciudadanos se gauchise? Point du tout. Juste le PSOE qui se droitise, et s'affirmant bien fort parti réformiste, comme Ciu's.Et  voila Sanchez et Rivera, qui se ressemblent d'ailleurs physiquement, bien d'accord pour éjecter Rajoy et le Parti Populaire du pouvoir, et bien d'accord aussi pour taper ensemble sur Podemos, qui représente une menace pour leurs ambitions.

Car Rivera est ambitieux, un vrai petit Macron, si vous voyez ce que je veux dire, "ni de droite ni de gauche mais pour les citoyens", tout pareil. Nourri au lait de la pensée capitaliste de droite et broutant l'herbe tendre des pâturages socialistes, nos deux petits veaux de la politique, et prêts à bouffer à tous les râteliers pourvu qu'ils arrivent à leurs fins.

Rivera, à la tête d'un jeune parti, et qui n'a réellement connu d'audience qu'il y a deux ans, en même temps que Podemos, sait parfaitement qu'il ne pourra pas accéder aux plus hautes fonctions pendant au moins deux gouvernements, trop petit par rapport aux caciques du PSOE, mais pesant d'un bon poids dans la balance électorale pour se mettre sur les rangs, surtout en cas d'échec du PSOE dans un futur gouvernement. Comme une mante religieuse avant les amours, quoi, après il vivra sur la bête.

Il n'a pas de bilan à présenter, trop neuf en politique. Alors, outre son physique agréable, il a quoi, comme arguments?

D'abord, le renouvellement et l'anticorruption.

Ensuite, son apolitisme de bon ton.

Après... La terreur de tout ce qui est indépendantisme en général, et catalan en particulier. C'est lui qui a fait échouer, avec constance et une certaine hargne, tout rapprochement ou toute coalition de gauche incluant Podemos, au motif que Podemos est favorable à la tenue du référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Né à Barcelone, il est forcément catalanophone et ne se prive pas de s'exprimer, de temps à autre dans cette langue, parce que les voix des catalanistes de droite (il y en a) sont bonnes à prendre. Quoique... Les catalanistes de droite sont Catalans avant d'être de droite et resteront chez eux plutôt que de voter pour quelqu'un qui leur refuse le referendum tant revendiqué.

Et puis, jamais en panne d'une bonne idée, il y est allé, lui, au Venezuela, montrant qu'il était plus courageux que Rajoy. En campagne électorale, il ne néglige rien, il ira loin, ce petit...

 

A GAUCHE, ENFIN...SI ON VEUT/ LE PSOE

 

 

Pedro Sanchez

Pedro Sanchez

Embêté qu'il a été, Sanchez, ces derniers temps. Il a conclu, lors des élections au Congrès des députés,  un accord et un programme commun avec Rivera, a refusé la main tendue de Podemos, et résultat, aujourd'hui, quoi? Une partie de son électorat est allé vers Ciu's, normal, les plus radicaux chez Podemos, et bien d'autres manifestent l'intention de rester chez eux le jour du vote. Embêté par des "affaires" en Andalousie, fief du parti. Embêté parce que les derniers sondages donnent le PSOE en perte de vitesse et passant derrière l'alliance Podemos + Izquierda Unida, et ce, dans tous les cas de figure. Embêté parce que l'ensemble des partis de la Confluencia (partis alliés à Podemos dans différentes listes de coalition) lui refusent leur soutien. Embêté parce que Podemos a, pas plus tard qu'il y a quinze jours, posé un sacré problème interne: en effet, des instances régionales du PSOE, un peu plus à gauche, ont demandé à Sanchez d'examiner quand même la proposition de Podemos pour les listes sénatoriales, afin d'assurer à la gauche la majorité dans les deux chambres,c'est à dire une coalition à gauche, puisque cela fonctionne très bien, par exemple, dans la communauté de Valencia, et que, si c'est le moyen de chasser la droite, il ne faut pas le négliger. Colère des "barons", entêtemnt des trublions, embrouilles dans le parti à quatre semaines des élections, ça fait désordre.

 

ET PODEMOS, COMO SIEMPRE

 

 

Iglesias et GarzonIglesias et Garzon

Iglesias et Garzon

Ne vous étonnez pas si je consacre le plus bref paragraphe à Podemos. Tout simplement parce que... Podemos ne change rien, ne lâche rien, ne retire rien, reste fidèle à sa ligne. Oui, il y a eu des désaccords, oui, il y a eu des départs, oui, certains se sont tournés vers le PSOE, et alors? Que ceux qui se sentent des penchants pour le socialisme réformiste y aillent, et que ceux qui sont pour le changement progressiste restent, car ils ont raison d'avoir raison.

Seule nouvelle notable : l'alliance avec Izquierda Unida d'A. Garzon, validée par la consultation de l'un et l'autre parti à 88% le 5 mai, alliance qui assure à Podemos et Izquierda Unida (qui conservent chacun son programme et son identité mais s'assurent d'un nombre accru de sièges) la deuxième position dans les sondages, devant le PSOE.

 

Sanchez doit regretter d'avoir refusé, en mars, la coalition Podemos+Confluencia+Izquierda Unida qui lui était proposée et lui assurait, avec la présidence du Congrès des députés, une confortable majorité. D'autant que Ciu's ne fait pas liste commune et fait tranquillement sa pelote dans son coin, lui grignotant des voix au passage.

 

 

 

Pour le reste:

la lassitude des Espagnols se fait sentir dans les sondages, l'abstention sera en hausse. Est-ce à dire que la flamme des Indignados et de Podemos est éteinte? Non. Barcelone a connu quatre nuits de manifestations violentes, à la suite du délogement de plusieurs personnes d'un squatt dans lequel elles étaient intallées, et ces mal-logés avaient un abri emblématique: l'ancien siège d'une banque. Ces émeutes, car le mot n'est pas exagéré, prouvent une chose: les Espagnols savent toujours se mobiliser.

 

Que se passera-t-il après ces élections? Il faudra constituer un gouvernement... C'est ainsi qu'est faite la constitutionn espagnole, ça peut durer longtemps encore. Mais imaginez... Les consultations et tout le toutim, et les consultations des militants en plein mois de juillet et d'août, et en Espagne, j'ai chaud rien que d'y penser !

 

Voici les estimations de résultats électoraux d'après le quotidien el Pais (à différencier d'un sondage, en fait ceci est la moyenne des différents sondages  avec projection et autres données corrigées). mais ceci est intéressant, car les sondages offrent pas mal de différences entre eux, ça peut aller presque jusqu'à 2%, ce qui est beaucoup quand même.

 

PP: de 28,7% en décembre 2015, passe à 29,9%

 

PSOE: de 24,4%, passe à 20,2%. La différence? Passée chez Ciu's, le PP, parfois Podemos.

 

Podemos+Izquierda Unida+les partis de la Confluencia (En comu podem, Podemos-Compromis, En Marea) passe de 23,2% (rappelons qu'en décembre Izquierda unida se présentait à part) à 24,4%. ce qui place Podemos en seconde position, devant le PSOE, et en fait le premier parti d'opposition de gauche.

 

Ciudadanos: de 13,9%, arrive à 14,4%. A piqué des voix partout et surtout au PSOE.

 

L'abstention sera en forte hausse (32%, c'est un record dans ce peys à la démocratie neuve pour qui les élections libres font partie de l'histoire récente depuis Franco, et c'est dommage).

Ce ne sera pas plus simple de former un gouvernement.

On attend 128 sièges pour le PP, 84 pour Podemos et I'Unida, 73 pour le PSOE, 40 pour Ciu's. Rappelons que la majorité absolue est de 176 sièges.

Dans ce cas, PP+Ciu's, ça ne fait pas le compte. Et puis, pour le "monsieur Propre" que veut être Rivera, c'est une tache sur son image de futur président du Congrès. Impensable. Et jamais les Catalans n'apporteront leurs voix à quelqu'un qui refuse le referendum sur l'indépendance.

 

PSOE+Ciu's, ça fait loin du compte aussi. Et comme ciu's est hystérique contre le referendum catalan, là non plus, qu'on ne compte pas sur les voix catalanistes, et ça fait du monde.

 

Une alliance PP+PSOE, c'est ce que susurre Rajoy. Mais même si les socialistes espagnols sont descendus bien bas, vont-ils conserver Rajoy au pouvoir, alors que le but premier est de l'en chasser? Impensable aussi.

 

PSOE+Podemos+Izquierda Unida, c'est la majorité assurée, présidence offerte à Sanchez, vice-présidence à Iglesias, et toujours quatre ministères clés, dont celui des Finances. Les "barons" du PSOE s'en étranglent, mais nul n'est assez fou pour provoquer la colère des Espagnols (pas de nouveau gouvernement depuis 6 mois et des élections qui coûtent cher), colère qui se traduit au mieux par l'abstention? Bien qu'on puisse s'attendre à entendre crier au chantage d'Iglesias, il faudra bien en passer par là.

 

Et c'est pour cela que Podemos ne lâche rien. Il n'a jamais été question de ne pas s'acquiter de la dette, mais il est toujours revendiqué de la faire supporter par ceux qui ont en premier profité de la crise et de la bulle immobilière, c'est à dire, entre autres, les banques.

 

Nous devrions avoir les yeux braqués sur l'Espagne, pour savoir comment porter la vraie gauche au pouvoir.

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Published by Mireille - dans politique espagnole
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commentaires

mireille 09/06/2016 11:58

Puèg,

Ta réponse, intéressante, montre néanmoins une méconnaissance de la situation politique espagnole, et même des partis espagnols, aussi, avant de répondre et de débattre, je vais quand même rectifier les erreurs les plus criantes, si tu me le permets.

Tout d'abord, comment peux-tu opposer Podemos et En Comu Podem? Ou alors tu ignores que En Comu Podem, C'EST Podemos, mais en Catalogne, et les sièges de En Comun sont comptabilisés comme Podemos au Congrès des députés et au Sénat. Idem pour Marea, qui EST Podemos en Galice, alors je ne vois pas d'où tu peux sortir que Marea et En Comu aient une politique différente de celle de Podemos, franchement, j'ai beau chercher...Quant à la CUP, tu devrais savoir que ce parti ne se présente pas aux élections générales mais seulement dans les instances locales, comme le Parlement de Catalogne où il est représenté, ou pour des élections municipales. En revanche, les adhérents de la CUP, indépendantistes avant tout, soutiennent Unidos Podemos, car c'est le seul parti, sur le plan national, à approuver le referendum sur l'indépendance catalane.
Tu évoques également El Partido X, également npmmé Partido del Futuro, qui a comme particularité d'appliquer à peu près la devise de l'Os à Moelle de Pierre Dac: "Pour tout ce qui est contre, contre tout ce qui est pour", ultra-minoritaire, qui s'avance puis recule dès qu'il s'agit de s'impliquer quelque part et en particulier pour des élections, et est en délicatesse pour un tripatouillage sur Wikipédia.

Tu reproches à Podemos de s'être coupé de ses origines par sa structure verticale, inhérente quand même à l'existence en tant que parti. Cela, on peut l'entendre. En même temps, si Podemos est né en tant que parti, c'est pour pouvoir se présenter à des élections, et tu chercheras longtemps avant de trouver, en Europe, un parti qui porte si haut l'antilibéralisme et en fasse une exigence non négociable. Pour mémoire, je rappelle que Podemos, désormais en seconde position selon TOUS les sondages, demande la vice-présidence du Congrès des députés, mais ça, à la limite, on s'en fout. Podemos demande le ministère des finances, celui de l'éducation, celui de tout ce qui concerne le social et l'intégration, entre autres choses. On le lui reproche assez, à Iglesias, d'avoir ces exigences, arguant d'une soi-disant mégalomanie. Sauf que, pour réclamer les finances et le social en ce moment, il faut être politiquement courageux, non?

Quant à ce que tu qualifies d'"assemblages": d'abord, vu de notre lorgnette de citoyens français antilibéraux, il n'est que de constater les alliances circonstancielles de JL Mélenchon, à chaque élection depuis 2012, avec le PCF pourtant décrié mais dont l'argent n'a pas d'odeur, semble-t-il, et ceci dit respectueusement, pour nous rendre modestes dans notre critique des assemblages. Eh oui, sans les sous et les militants du PCF en 2012, jamais JL Mélenchon n'aurait fait un tel score et finalement n'aurait accédé à l'audience qui est la sienne aujourd'hui. Et sans son charisme certain, jamais le PCF, à travers le FdG, n'aurait eu un tel résultat, voilà, c'est comme ça, et nous sommes mal placés pour la critique des assemblages. Y compris ces jours derniers où P Laurent et JL Mélenchon guignent, tous deux mais pas ensemble, vers les frondeurs et les Verts de Duflot, avant sans doute de se réconcilier circonstanciellement. Je ne critique pas, je constate, après tout, c'est du pragmatisme, tu vois, je suis polie et sans doute réaliste.

En revanche, les "assemblages" que j'ai présentés ne sont pas, si tu as bien lu, des accords, mais des calculs, des cas d'école, qui n'ont pour motif que de montrer la situation de blocage dans laquelle Podemos a une carte majeure à jouer. Et tu penses bien que jamais le PSOE, sauf à se déculotter, n'acceptera une telle alliance, imagine Hollande et sa cour prêtant allégeance à Mélenchon? Eh bien c'est exactement ça.
Pas plus tard que la semaine dernière, P. Sanchez, dont le PSOE continue de baisser, baisser, baisser, a, dans un discours pathétique (à mon sens), dit que SI SEULEMENT tous les socialistes et ceux de Podemos qui pensent davantage comme le PSOE votaient pour lui, il aurait la majorité. Si, si, si ma tante en avait elle s'appellerait mon oncle...Mais des voix du PSOE, nombreuses, sont tombées dans l'escarcelle de Ciudadanos, mais à plus de 88% les adhérents de Podemos, consultés, ont repoussé un pacte avec le PSOE. Et Iglesias a fait remarquer que, pourquoi, comme il l'a fait lui-même pour l'accord avec la Izquierda Unida, Sanchez ne consulte pas ses adhérents pour savoir si, oui ou non, ils veulent d'une alliance avec Podemos? Bien sûr que Sanchez ne le fera pas, le résultat serait trop incertain, comme le montrent les demandes qui se font jour dans ce sens , ça et là, comme dans la communauté valencienne.

Podemos, à ce jour, et tu peux le vérifier si le coeur t'en dit, atteint 25% des intentions de vote, derrière le PP qui en fait 29, 8%, devant le PSOE qui fait 21, 1%, et Cs à 15%. D'ailleurs, pour cette élection parlons de Unidos Podemos, alliance avec la I. Unida, Voyons, soyons sérieux, Puèg, si JL Mélenchon avait fait 24% avec le FdG, tu aurais craché dessus, toi? Pas moi, ni pas grand'monde je crois, ou alors ç'aurait été singulièrement obtus.
Relis avec attention le programme de Podemos, surtout ce qui concerne la dette, si tu ne comprends pas l'espagnol je peux le traduire, du moins les points principaux, en tous cas celui-ci.
Iglesias n'est pas Tsipras. Et quant à la verticalité...Il n'est pas seul, Podemos n'a pas qu'une tête, tant s'en faut, pour ne citer qu'Errejon, Echenique, L Sanchez, pour ne citer que les principaux et qui s'expriment à égalité avec Iglesias.

J'ai parfois l'impression d'un "Podemos -bashing " en général et d'un " Iglesias-bashing" en particulier, de la part de bien du monde, et peut-être de ta part, mais j'ai sans doute mal lu ou mal compris ton commentaire? la seconde session des sommets pour un plan B à Madrid me l'a confirmé. La méfiance envers Tsipras n'explique pas tout. Et au fait, quid de la Troisième édition, devant se tenir en juin en Allemagne? Seule la session parisienne aurait-elle droit à la considération de tous?

"Il faut savoir rêver", disait Lénine. Mais c'est mieux si on construit avant le lit pour faire ses rêves, que te semble.

Ceci dit, tu as raison: le vote est dans 15 jours, vivir y ver.

puég-pichot 01/06/2016 21:57

Je ne pense pas que politiquement un "assemblage" à gauche comme celui que tu présentes soit à terme la solution. Et cela pour deux groupes de raisons.
La première cet assemblage hétéroclite n'est qu'une façade de circonstance pour sauver le peu qui reste de démocratie en Espagne. Très rapidement des fissures se présenteront sur ce front en particulier avec EmComu dont la philosophie politique est éloignée de celle de Podémos. J'y reviendrai.
Hors du référendum sur l'autonomie de la Catalogne, qui s'il fonctionne, changera les règles de l'assemblée, la charnière risque de se heurter au règlement de la dette.
Si cet "assemblage" s'engage dans une négociation avec les charognards de Bruxelles l'âpreté de cette dernière entraînera la rupture des composants car le PSOE, barons réactionnaires ou pas, est dans son ensemble favorable à l'ordre imposé par les traités européens. Si Podémos cherche à s'en affranchir, le pire est à craindre et une probable et instable recomposition risque de se faire autour d'un assemblage PP+Ciu's+PSOE qui forment un bloc "euroconsentant".
Ou alors Podémos suit sa ligne "pro-europe" qu'il a encore aujourd'hui et c'est alors avaler son sombrero.
Toute la politique économique/sociale du gouvernement à venir achoppera sur les exigences de l'Allemagne et des androïdes de Bruxelles.
D'un autre point de vue Podémos s'est coupé de fait de ses origines par sa montée en verticalité, c'est à dire par la constitution d'un parti "traditionnel" bien loin de la pensée politique des indignados. Malgré tout ce qui peut être raconté en France la rupture avec le mouvement M15 est consommée entre ces derniers et Podémos.
Des néo-partis à valorisation quasi horizontale comme PartidoX/X-net, peuplé par des gens qui eux viennent des places, qui se sont engagés dans la gestion d'instances locales refusent la structure politique de Podémos.
Pour ces gens-là un "parti politique" n’est qu’un nœud parmi les autres, pas plus important que les autres et surtout pas responsable des sujets dont il n’a pas d’attribution. Les "partis" ne doivent être que les employés de l’accès aux institutions des solutions que les groupes de compétences gèrent.
Dans un chemin de pensée similaire on trouve EnComu, qui gouverne Barcelone, la Marea en Galice, la CUP en Catalogne et bien d’autres.
Ce sont des formes qui proposent d’occuper les institutions au service d’une société active, organisée et mobilisée, qui ne perd pas ses identités et qui met en place directement ses solutions au sein d’une gouvernance.
On voit bien que l'Espagne est plus avancée que la France du point de vue gestion des instances de proximité mais que la démarche politique s'oppose au centralisme vertical imposé par la structure politique de Podémos.
Donc à voir.
Je ne m'emballerai pas sur cette délicate organisation qui tend à s'imposer en Espagne et cela d'autant moins que les élections n'ont pas encore été tenues.