Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

  • : Le blog de cronos
  • Le blog de cronos
  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
  • Contact

Recherche

Pages

28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 14:03
SEIS MESES Y LA ORA DE VERDAD EN JUNIO (six mois et l'heure de vérité en juin)

D'abord, comme à l'accoutumé, un rapide tour d'horizon de la situation.

 

Comme je l'indiquais dans mon article précédent, il était prévisible que la situation de blocage, "el bloqueo", ne débouche que sur de nouvelles élections. Toute la question étant de savoir si, lors de cette troisième et ultime "ronda de consultaciones", tour de consultations par le roi des leaders des différents partis représentés au Congrès des députés, un volontaire sortirait du chapeau. Car je rappelle que Felipe VI, cette fois, avait renoncé à désigner un candidat, demandant aux intéressés potentiels de se porter volontaires. Marino Rajoy, cette fois, passant sur le manque d'appuis qui lui permettraient de disposer d'une majorité, mais fort de ses 7 000 000 d'électeurs, ce qu'il aime à répéter, se porterait-il candidat ? Pedro Sanchez, pour le PSOE, tenterait-il un nouvel essai ? S'étant débrouillé pour ne pas avoir d'accord avec Podemos et ses confluencias, et certain de ne pouvoir obtenir l'appui du PP de Rajoy, il se serait retrouvé exactement au point de départ, provoquant l'agacement des Espagnols en prolongeant d'un mois supplémentaire les palabres, et mettant en plus les élections en plein mois de juillet : impensable.

Donc, ce qui était prévisible se produisit, et hier 26 avril, aucun candidat à la formation d'un gouvernement ne s'étant manifesté, il fut annoncé que, conformémént à la Constitution espagnole, le Parlement (las Cortes Generales) serait dissous le 3 mai, et de nouvelles élections organisées le 26 juin.

 

On pourrait penser que cette période de quatre mois n'a servi strictement à rien, sinon à exaspérer un peu plus les Espagnols et à maintenir artificiellement le pays sous le gouvernement PP en fonction.

 

Or, bien que trop longue, cette période a permis de voir se dessiner toutes les combinaisons d'alliances possibles et même certaines impossibles, mais dont le seul but était justement de montrer qu'elles étaient impossibles. À la fin, ce furent carrément les prémices de la future campagne électorale, chacun montrant ses forces et cherchant à affaiblir celle des autres, sauf Podemos qui s'est borné à camper sur ses positions, sachant que les combines et autres arrangements entre coquins plus ou moins copains, pouvaient irriter les citoyens.

 

Je vous propose de connaître et d'analyser les positions des différents partis depuis ces deux dernières semaines, ce qui est finalement très exactement le point de la situation en ce début de campagne électorale, qui s'annonce virulente .

 

I  UNE CAMPAGNE ÉCLAIR, MAIS PERCUTANTE?  YA VEREMOS (on verra)...

 

Déjà, un point sur lequel chacun tombe plus ou moins d'accord : ne pas fâcher l'électeur. Donc c'est à qui déclarera qu'il y a déjà eu une campagne électorale l'an dernier, et que on ne va pas refaire une campagne-bis : depuis le temps, on connait les programmes et les arguments de chaque parti.

Tout passe par des accords entre partis, à la recherche du plus petit dénominateur commun. Mais comme c'est ce qui a été tenté jusqu'à la dernière seconde au cours de ces deux semaines, come nous le verrons en détail, aboutissant à chaque fois à un échec, toute alliance prendra forcément l'allure d'un coup de théâtre politique.

Pour le moment, le jeu consiste à s'attirer les bonnes grâces de l'électeur en montrant que c'est toujours L'AUTRE qui est responsable du blocage.

Ensuite, les couteaux sont déjà sortis, mais l'heure est encore aux coups bas, en douce de préférence, avant de passer aux tacles de toute sorte, les couteaux ce sera vers la fin.

 

II EL PARTIDO POPULAR  Y  MARTINO RAJOY

 

Je l'ai déjà écrit à de multiples occasions : le Partido Popular, fortement discrédité par des affaires de corruption organisée à une grande échelle, ne s'est pas amélioré en la matière, et n'a pas réussi à se refaire une virginité, loin s'en faut. En particulier, l'inculpation de nombreux élus de la communauté de Valencia, et en particulier l'inénarrable Rita Barbera, ex députée du Parlement valencien et ex-maire de Valencia jusqu'à l'an dernier, à présent sénatrice PP. Fausses factures, malversations, blanchiment d'argent, corruption, rien n'y manque, c'est une figure de proue emblématique en la matière. Or, Rajoy, qui se bat (mollement) pour ôter la tache de la corruption de son parti, n' a pas même demandé sa destitution, ni ne l'a priée de démissionner, ou de se retirer du parti. Sans doute la dame, qui prétend avec aplomb ne rien avoir à faire avec cela, en connait-elle suffisamment sur le financement occulte du PP national, et pas seulement au niveau régional, pour qu'on ne la remette pas en cause dans les instances supérieures du parti.

La nouveauté, c'est l'impact des Panama's papers, qui ont mis en cause lourdement le maire PP de Grenade, Jose Torres Hurtado, acculé à la démission, mais qui au passage a pour conséquence de compromettre le ministre de l'Industrie et du Tourisme  en fonction, Jose Manuel Soria ( démission le 16 avril dernier). Le plus extraordinaire, c'est que les accusations de corruption, blanchiment d'argent etc, citées par l'ex-juge Victoria, députée Podemos, ont valu à celle-ci d'être soumise à un traitement inquisitorial de la part du juge Alba, chargé de l'affaire. Or, Alba étant un ami personnel de Soria, elle a dénoncé un abus d'autorité, et il semble que le tribunal suprême lui donne raison.

Pour compléter ce tableau, il faut savoir que Ciudadanos avait apporté son soutien au PP Hurtado, pour faire barrage à la gauche (Podemos et... le PSOE) lors des dernières municipales. Sachant qu'aujourd'hui Ciudadanos est pacté, ou pacsé, comme on veut, avec le PSOE, ça fait désordre... et explique la hargne dont Ciu's fait preuve à l'égard du PP, on se rachète comme on peut, quelle tambouille !...

En outre, l'"affaire Rosell" n'est pas seulement la manifestation que la justice n'est pas totalement indépendante, mais aussi le signe que les députés de Podemos peuvent s'attendre à tous les coups bas, y compris, comme c'est le cas pour Vcitoria Rosell, dans leur vie privée.

Ceci dit, la conférence de presse de Marino Rajoy, au sortir de la consultation royale, n'a rien enseigné de nouveau : il ne  s'est pas porté candidat par manque d'appuis, mais fait confiance en son bilan et dans la fidélité de ses 7 000 000 d'électeurs pour réaliser un bon score.

En attendant, il a vu s'envoler tout espoir de la "gran coalicion" dont il rêvait avec le PSOE, Sanchez ayant répété que "no, es no".

Malgré les invites de la jeune garde du PP, car il devient embarrassant,  Rajoy se voit comme seul candidat pour son parti, et son slogan est en gros son expérience,  la stabilité en Espagne et le retour à l'emploi (comme son gouvernement est aussi responsable du chômage dû à l'austérité, il fait bien rigoler tout le monde), et, curieusement, la lutte anti corruption a disparu de son vocabulaire. Il ne peut compter que sur CC, la coalition des Canaries, qui n'a qu'une députée de toute façon, et risque en plus de la perdre lors des prochaines élections.

 

A mon sens, le PP, qui a enregistré la plus forte chute de son histoire, poursuivra sa descente dans l'opinion, et bien des voix du PP pourront bien se porter sur Ciudadanos.

 

III CIUDADANOS Y EL PSOE, ALBERT RIVERA LE GENTIL ET PEDRO SANCHEZ LE TRUAND, OU L'INVERSE.

 

Il a une tête de premier communiant bien que quadragénaire, ou de gendre idéal bien que divorcé,  il est propre sur lui, il est gentil. Si, si… Tellement conciliant qu'il a proposé, il y a quinze jours, que chaque parti propose un candidat inconnu, voire apolitique, pour mettre fin au blocage.

Centriste de droite, mais alors d'un centre bien excentré à droite, par exemple. Son parti né en 2006 est l'alternative parfaite pour la droite qui rêve de se débarrasser des puanteurs du PP, et rafraîchir son image. Sauf que le PP, c'est aussi un système mafieux et que les anciens s'accrochent, hé, hé !… Donc Ciudadanos a vivoté jusqu'aux dernières élections, en grande partie pour faire contrepoids aux jeunes pouilleux de Podemos, par contraste. Jeunes eux aussi, et c'est le principal argument de vente, 40 députés, 2 sénateurs (là le jeunisme marche moins bien), 2 députés européens, et sacrément minoritaire dans les parlements régionaux. La raison ? Un anticatalanisme primaire confinant à la paranoä, au point de faire échouer, rien que sur ce motif, la possible constitution d'une coalition de gauche avec PSOE, Podemos et les Confluencias, la Izquierda Unida et les partis basques. Avec 13,9% des voix aux dernières élections générales, il bloque tout, et bien mieux qu'Iglesias ne le ferait jamais si tant est qu'Iglesias ait eu la volonté de bloquer quoi que ce soit.

Voilà le scénario : Rivera, le gentil, avac sa bonne bouille, est un sacré ambitieux qui surfe sur la vague de la possible désaffection vis-à-vis du PP. Rappelons pour mémoire que Rivera a dans un premier temps soutenu au niveau local des PP fortement entachés de corruption, comme à Grenade, et qu'en janvier, il a laissé entrevoir à Rajoy le faux espoir d'un soutien, unis dans une alliance sacrée contre la corruption (tiens donc), et toute vélleité indépendantiste, assimilée à du terrorisme. Rajoy se faisait ainsi une nouvelle image, et Rivera avait un parrain pour un bon démarrage politique. Las, las… Les affaires de corruption entachant chaque jour davantage le PP, en février Rivera s'est détourné de Rajoy pour miser sur un nouveau cheval : Sanchez et le PSOE. Ils se sont vus, se sont plu, et ont fait un petit : un magnifique pacte pour la majorité, leurs partis respectifs se reconnaissant tant de points communs. Tout cela, toujours, sur fond d'anticatalanisme forcené, et d'anti-Podemos hystérique quasiment, car Podemos défend le principe d'un referendum catalan pour l'indépendance, et donc est un parti terroriste en puissance, si señor. Donc, il y a toujours eu cet obstacle à une coalition de gauche : Rivera exigeant que ce soit sans Podemos ni les partis de la Confluencia, c'est à dire PSOE + Ciu's, ce qui ne fait pas une gauche et encore moins une majorité.

De son côté, Iglesias, il faut le dire, explique qu'il ne comprend pas comment on peut préférer en toute logique, une alliance avec Ciu's, 130 voix de députés dans un cas, 176 dans l'autre, plus que la majorité absolue requise pour être investi président du Congrès.

Donc, où est le blocage, réllement ? Eh bien...Tout simplement, si Rivera et son ami Sanchez veulent avant tout chasser Rajoy et le PP , leur programme commun est, ne l'oublions pas, "réformiste", selon ce qu'ils répètent à l'envi, et il y a gros à parier que ni l'un ni l'autre, d'abord, ne fâchera Bruxelles, et qu'ils se feront mutuellement la courte échelle vers le pouvoir.

Sauf que...

 

A mon sens, Sanchez sait pertinemment que le PSOE a enregistré la plus forte dégringolade de son histoire, et que les affaires de corruption bien enfouies depuis Felipe Gonzales, et qui continuent par ci, par là en Andalousie, et que le chômage dont Rajoy rejettera la responsabilité sur le gouvernement Zapatero, ressortiront pendant la campagne électorale et ne lui feront pas de bien. Il sait aussi que Ciu's va grapiller, voire moissonner des voix sur son propre territoire, et que son soutien ne sera pas gratuit. Il sait aussi que les électeurs vraiment de gauche et pour qui l'alliance avec un parti centre droit très à droite défrise, soutiendront Podemos. Il est assis entre deux chaises, et la stratégie de Sanchez est pour l'heure de taper non sur Podemos, dont il espère capter quelques électeurs, mais sur Iglesias, têtu, hostile à toute discussion, buté car peu soucieux des Espagnols et recherchant avant tout le pouvoir pour lui-même, ambitieux, et quant à l'argent de Chavez, hein... Bref, Iglesias est, seul, LE responsable du bloqueo, et au final est le meilleur allié de Rajoy pour le maintien de celui-ci au pouvoir. Rien que ça.

 

IV PODEMOS Y LAS CONFLUENCIAS: RESISTIR

 

Le PSOE a lancé une "opération charme" la semaine dernière, en direction de las Confluencias, j'ai nommé ces partis satellites autour de Podemos où celui-ci apparait dans des coalitions : en Marea en Galice ou comme Compromis, qui gouverne avec Podemos le Parlement et la communauté de Valencia. Ces partis, en particulier Compromis, sont a priori très ouverts à la discussion, et d'ailleurs ne proposent-ils pas au PSOE, avec Podemos, et depuis longtemps, une alliance pour un gouvernement "à la valenciana" ? (voir article précédent). Pleins de bonne volonté, ces partis ont proposé un programme mettant en valeur une majorité de convergences avec le PSOE, qui pourraient être à la base d'un accord. Mais, patatras, au bout de deux jours, il suffit que l'anticatalaniste Rivera se mêle de la chose pour que soient rompues les tentatives d'accord.

Vraiment, "Albert est méchant", comme dirait Hervé Palud. En tous cas il dicte en quelque sorte sa conduite à Sanchez, ce dont se désole publiquement Iglesias : il ne s'en faut que de cela pour faire échouer toute coalition à gauche, ça vient d'un type de droite et le PSOE l'écoute sagement, c'est quand même un comble.

 

À part ça... Au risque de me répéter, Podemos reste sur sa position pour un changement progressiste et une vraie ambition de changement économique et social. Le risque : la lassitude des Espagnols qui retourneraient aux sirènes du bipartisme pour en finir plus vite avec ces palabres électoraux.

 

LE POINT FORT: il semble que pas grand monde n'a pris la mesure de l'importance du vote catalan, mais aussi galicien et basque, qui sera le vrai poids décisif dans la balance. D'autant que le pays est loin de sortir de la crise, et que les Catalans ont l'impression justifiée d'être absolument pillés et de servir de variable d'ajustement à l'économie nationale.

 

 

POUR CONCLURE

 

Après ce tour d'horizon  aussi exhaustif que possible sur la situation politique espagnole présente, cette chronique ne reviendra que dans quatre semaines sur le Blog de Cronos, sauf événement important, pour faire un point vers le milieu de la campagne électorale. cependant ceux qui veulent en savoir plus peuvent poser leurs questions de temps à autre sous cet article, je répondrai en suivant de près l'actualité.

 

Repost 0
Published by Mireille - dans infos d'Espagne
commenter cet article
20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 13:32
PODEMOS N'A RIEN LÂCHÉ !

Pendant toute le mois de mars et tout le mois d'avril, les rencontres ont succédé aux rencontres, les accords avec les accords et les désaccords avec les désaccords ou parfois même les accords... Puis une "crise" à Podemos, qui me semble bien être une nécessaire crise de croissance au sein de ce si jeune parti, sur fond de scandales de corruption, j'allais écrire, rien que de très banal sur ce dernier point.

 

Mais Iglesias n'a rien lâché. Je dis bien Iglesias, pas Podemos, je ne confonds pas un des leaders avec le mouvement. Non, Iglesias n'a pas lâché face à une certaine "fronde" qui s'est manifestée il y a un mois, entraînant la démission de plusieurs élus de Podemos de la communauté madrilène, et carrément le limogeage du numéro 2 du Parti par Iglesias lui-même, opérant une action de clarification indispensable. 

 

Quelle situation embrouillée, me direz-vous, comme le pensent la plupart de ceux que la situation politique espagnole intéresse.

Moi-même, si je perds le fil un seul jour, j'ai du mal à m'y retrouver car il se sera passé mille choses dans cet intervalle. 

 

De plus, les à chaque rencontre, à chaque prise de parole devant les députés du Congrés, la TV publique retransmet en direct , et ensuite il y a invariablement une conférence de presse de xchacun des participants, sans compter l'émission quotidienne, en soirée, réunissant les analystes et les journalistes politiques. 

 

Au moins en Espagne, si la situation est compliquée, les Espagnols ne peuvent pas dire qu'ils sont sevrés d'information de première main et en direct de préférence.

 

Je vais donc tenter de vous faire un résumé, puisqu'aussi bien il y a fort à parier que nous allions vers de nouvelles élections générales le 26 juin.

 

 

PETIT RAPPEL : SI VOUS AVEZ MANQUÉ QUELQUES ÉPISODES

 

 

Le Parlement espagnol, las Cortes, se compose de 2 chambres, le Sénat, et le Congrès des députés (notre Assemblée nationale). Le roi rencontre les représentants de chaque parti lors d'entretien pendant lesquels ils présentent leurs objectifs. Puis, il demande à l'un d'eux de constituer non pas un gouvernement, mais une majorité qui lui permette d'être élu sur la base de son programme. Celui qui est désigné par le roi peut refuser, comme ce fut le cas de Rajoy PP, en janvier, s'il ne se sent pas soutenu par une majorité suffisante. Dans ce cas précis, il y a eu une seconde ronde d'entretiens, et un nouveau candidat désigné, en l'occurrence P. Sanchez, PSOE, actuellement. On peut faire plus simple, le premier candidat désigné peut accepter. Mais ici ce n'a pas été le cas. 

 

Donc,  en janvier, le roi désigne Marino Rajoy, qui refuse. Un mois plus tard, février, le roi propose à Pedro Sanchez d'être candidat, il accepte. Il a un mois pour rencontrer les uns et les autres, avoir l'avis de chacun des partis, nouer des alliances, faire des pactes, élaborer un programme en commun, etc... Début mars, le candidat doit se présenter devant le Congrès des députés, il présente son programme, chaque chef de parti représenté au Congrès lui répond, et il leur répond à son tour. Puis on passe au vote, qui est fait à voix haute, "si"ou "no". 

Si le candidat n'obtient pas la majorité absolue, c'est à dire la moitié des députés plus une voix, le candidat se représente une seconde fois la semaine d'après. Le Congrès comptant 350 députés, il faut 176 voix pour être élu.

 

Dans le cas présent, Pedro Sanchez n'a pas obtenu de majorité, loin de là.

Chacun des partis campant sur sa position, et ce, malgré l'alliance  conclue avec Ciudadanos et son leader Albert Rivera. 

Dans ce cas, soit le roi désigne un autre candidat (la Constitution espagnole est ainsi faite qu'on pourrait traîner des années ainsi, mais come il ne faut pas abuser des bonnes choses ni de la patience des espagnols, les politiques sont en général plus rapides), soit, et c'est le cas ici, il demande aux différents partis de se débrouiller entre eux, ce que j'avais résumé en disant que Felipe VI en avait ras-la-couronne. 

 

Donc, depuis le dix mars, ce ne sont que rencontres, accords, rejets, consultation des bases... Et comme il y a quand même un calendier très précis, aux alentours de la fin du mois d'avril, soit un leader se présente et obtient la majorité, ce qui est bien improbable, soit le roi dissout le Parlement, et on repart pour des élections générales, en espérant que cette fois, un candidat pourra former un gouvernement, sinon c'est une histoire sans fin.

 

Inutile de dire que les Espagnols, qui ont voté massivement pour un changementde gouvernement en décembre, ne l'entendraient pas de cette oreille: c'est bien pour cela que la campagne électorale qui s'annonce sera particulièrement virulente. Car, ne nous y trompons pas, ces gesticulations, chacun des leaders candidat potentiel sait parfaitement que ce n'est qu'une pré-campagne électorale, il s'agit donc de ne commettre aucun faux pas, et de garder ses petits nerfs.

 

PP Partido Popular, la droite, équivalent de LR

PSOE Partido Socialista Obrero Español, l'équivalent de notre PS

Podemos, issu du mouvementdes Indignados, et qui a dû se constituer en parti pour se présenter aux élections.

Ciudadanos, parti de centre droit, l'équivalent du Modem

 

 

Mais il y a tous les partis qui gravitent autour de Podemos, la Confluencia:

En Comu Podem, qui est Podemos en Catalogne

En Marea, la même chose en Galice

Podemos Compromis, coalition formée avec Podemos dans les pays valenciens

 

Et puis : 

ERC, Esquerra Republicana Catalana, Gauche républicaine catalane, indépendantiste

Démocracia e Llibertat, convergence de petits partis catalans, indépendantiste

PNV Parti nationaliste basque, indépendantiste

UP,Unidad Popular, convergence qui est l'équivalent de NPA + les verts, anti-impérialistes

Herria Bildu, la même chose que UP, mais version basque

CC PNC Coalition canarienne, plutôt centristes, a d'ailleurs voté en faveur de Suarez en mars

 

La Izquierda Unida, PC espagnol, fait partie de coalitions.

 

Comme je l'ai exposé lors d'articles précédents, une situation inédite s'est présentée, c'est à dire que, mettant fin à des décennies de bipartisme, Podemos a une majorité de bloquage, et que rien, mais alors rien de rien, nada de nada, ne peut se faire sans Podemos. On peut tourner et retourner la situation, torturer les chiffres, essayer envers Iglesias et les députés de Podemos la moquerie (ils sont pouilleux, parait-il), la menace (ce sont eux qui maintiennent la droite au pouvoir par leur attitude, et donc font le malheur des Espagnols, parait-il), la séduction et la main tendue, la diffamation (Podemos aurait vu le jour avec les sous de Chavez...), rien n'y fait, Iglesias ne lâche rien, ne dévie pas d'un iota de sa voie, au prix même du départ de quelques-uns. Le risque est de donner prise aux allégations de Sanchez et de paraître obstiné et réfractaire de ce fait au changement. Le bénéfice est d'être toujours identifiable et de garder la confiance de ses soutiens, d'autant que le mouvement "Nuit Debout", connu en Espgne, montre quand même que Podemos fait écho ailleurs.

 

L'autre paramètre inédit, c'est l'indépendance de la Catalogne. Et Podemos, s'il ne se prononce pas pour l'indépendance (En Comu Podem si, par contre), maintient l'exigence d'un referendum, fidèle en cela à son programme, et la question catalane a été la pierre d'achoppement de toute tentative d'accord avec le PSOE.

 

 

LES DERNIERS ÉVÉNEMENTS

 

1- Il y eut d'abord, après le vote du 5 mars qui vit chacun camper sur ses positions un mouvement de "fronde" au sein de Podemos. Rien que de très normal dans un si jeune mouvement, de surcroît né d'une convergence de luttes, mais où, à certaine moments, il peut y avoir divergence de points de vue, c'est ce qui c'était produit l'an passé déjà en avril 2015, et la démission alors d'un des membres fondateurs n'avait pas empêché, bien au contraire, la progression de Podemos jusqu'à son score important de décembre. Comme quoi, un peu de lisiblité... Bref, le PSOE commençant des manoeuvres d'approche, certains se sont un brin laissé tenter par les sirènes socialistes au nom du pragmatisme, comme l'a pensé un temps Inigo Erejón, numéro 2 du parti, et derrière lui quelques autres, dont son bras droit Sergio Pascual, Celui-ci était en charge de l'organisation de Podemos. Un certain nombre d'élus Podemos de la communauté madrilène lui ayant emboîté le pas et démissionné, Iglesias  a estimé que ce "jaeo" était préjudiciable à l'avancée de Podemos dans des temps délicats électoralement parlant, et s'est avisé que l'organisation de Podemos souffrait d'un certain manque d'efficacité. Enquêtes et débats internes, bref Pacual a été destitué, et Iglesias a assuré un court interim avant la nomination d'un autre responsable. A la suite de quoi Inigo Erejón a diparu des écrans radars pendant une dizaine de jours. Les fins analystes tenants de la droite, du PSOE et de Ciu's (Ciudadanos) se léchaient d'avance les babines, espérant le déchirement interne d'un parti sans aucune maturité. Sauf que, au terme de ce délai de réflexion, on put voir Erejón réintégrer sa place et tout son rôle, et cette mini-révollte n'a eu aucune conséquence, sinon d'affirmer encore plus fort que Podemos n'était pas à vendre, et ne lâcherait aucune de ses exigences.

 

Je vous laisse à penser les commentaires fielleux, visant bien sûr Pablo Iglesias. Assoiffé de pouvoir, ne recherchant que les ministères pour les siens et le mandat de vice-premier ministre pour lui-même, ambitieux, irresponsable, j'en passe. Notons que les députés de Podemos ont mis d'entrée de jeu leurs actes en application avec leurs convictions, et demandant à ne percevoir que l'équivalent du salaire minimum espagnol en ces temps de crise. Alors l'argument de la recherche du lucre... Et si Iglesias est le leader du Parti pour des raisons électorales, chaque co-responsable de Podemos a scrupuleusement son temps de parole et de participation à tout débat. 

 

2- Ensuite, il y eut le rapprochement Ciu's -PSOE, et la signature d'un pacte sur des bases communes soigneusement déroulées en conférence de presse, avec comme préalable l'objectif commun : virer Rajoy (toujours premier ministre en fonction, n'empêche), et mettre fin au gouvernement corrompu de droite. Avec un ensemble touchant, le duo P. Sanchez A. Rivera a entonné le grand air de "Tapons sur Iglesias". Si Iglesias ne veut pas s'allier à Ciu's et PSOE, c'est qu'il ne souhaite pas le départ de Rajoy, dont il serait ainsi le meilleur soutien. Il est anti progressiste et anti réformiste (ben oui, quel étonnement, chacun sait que Podemos n'est pas réformiste mais antilibéral, il y en a qui découvrent l'Amérique...), il contribue par son obstination à empêcher de résoudre le problème du chômage, de l'absence de couverture sociale et du mal logement. Et en plus éclate au même moment une bombinette: à sa création, Podemos aurait reçu de l'argent de Chavez. Devant une telle imbécilité, car Chavez, bien occupé chez lui, avait autre chose à faire que d'exporter la révolution en Espagne, et pas assez de moyens pour y financer un parti, mais bon... Iglesias s'est borné à répondre que tous les documents et toute la comptabilité de Podemos était consultable. Au même moment le PSOE étant un peu éclabousé par des histoires de corruption immobilière en Andalousie, bizarrement, les rumeurs sur l'argent de Chavez se sont arrêtées là, et la harpie Susana Diaz, presidente de la Junte d'Andalousie, pilier des "barons", et anti Iglesias au possible, l'a mise en veilleuse voilà des semaines qu'on ne l'entend plus, il doit y avoir un lézard...

 

Bon, ça, c'était la première figure du quadrille. Seconde figure: voila Pedro Sanchez, charismatique, qui tend la main, et veut discuter avec Iglesias. Bon, répond ce dernier (je raconte en gros), mais il faudrait qu'Albert Rivera ne mette pas de "ligne rouge", et se montre ouvert. Podemos peut envisager, poursuit-il, une union "à la Valencienne" ( La communauté des pays valenciens est dirigée par Podemos-compromis-es el moment, coalition formée à l'occasion des élections et où chacun des partis est représenté proportionnellement à ses voix). Voilà Sanchez tout réjoui, tressant quasiment des couronnes à son nouvel ami Pablo, la victoire était acquise, selon lui, et il voyait s'ouvrir le chemin vers le pouvoir, mais... D'abord, Rivera a recommencé, car il est hargneux, à taxer Podemos de "parti des indépendantistes", faisant rimer indépendantisme (que les Catalans voient d'ailleurs comme un fédéralisme un peu plus abouti), avec terrorisme. Et clamant qu'il ne reviendra sur aucun des points faisant l'objet du pacte avec le PSOE. Entre nous, la proposition d'une convergence "à la Valencienne" lui déplaît, car si chacun des partis y est représenté à proportion réelle des voix, Ciu's se retrouverait en minorité par raport à Podemos, et ça, ça ne doit pas plaire à Rivera, qui cherche à être le numéro 2 du pouvoir. Iglesias a maintenu le referendum catalan comme exigence, ainsi que la proposition d'une coalition de gauche : en effet, PSOE+ Podemos+les partis satellites de Podemos , c'est déjà l'assurance d'une confortable majorité absolue, donc pourquoi Sanchez s'obstine-t-il à la refuser ? (Il le sait très bien en fait, c'est pour faire plaisir à Bruxelles, car Iglesias n'est pas Tsipras, et il serait bien plus intransigeant). Mais Iglesias maintient son offre de convergence "à la Valencienne".

Sanchez, lui, joue les Caliméro, couinant à la mauvaise volonté des partenaires contactés, mais gardant quand même le pacte avec ciu's. 

 

Et Rajoy, pendant ce temps ? Eh bien, il est fort contesté dans son propre camp, car incapable d'avoir sanctionné les corrompus de son parti, au point de paraître un rien bienveillant, pas fichu d'exiger même la démission de Rita Barbera, sénatrice et ex-maire de Valence, compromise jusqu'aux yeux. Rajoy est accusé de nuire à l'image du PP, qui a réalisé en janvier son pire score historique, et rêvent d'un ravalement de façade.

 

Lui, impavide, s'accroche comme un pou, clame que son parti est arrivé en tête des élections, et donc que lui, Martino Rajoy, a toute sa légitimité pour être à nouveau premier ministre. Sauf que.... Arriver en tête d'une élection ne signifie pas avoir la majorité des voix, et il s'en faut réellement de beaucoup. Il continue à s'appuyer sur les chiffres de l'emploi, sauf que... Partie de très, très bas, l'augmentation des emplois est importante, mais en deçà d'un niveau normal. Les chiffres de l'économie sont en augmentation, mais ne doivent qu'au tourisme, qui profite de la crise touristique en Egypte, Tunisie et pays du Moyen Orient. Il suffirait d'attentats dans les stations de la côte espagnole pour rédire cette embellie. La Bourse (la Ibex) est plus que fluctuante, et les chiffres de la croissance pour l'an prochain sont annoncés à la baisse. Triste bilan pour le gouvernement Rajoy, en dépit de tous les maquillages.

 

 

ET MAINTENANT ? 

 

Pablo Iglesias a consulté les bases de Podemos la semaine passée. 88% sont opposés à un accord avec le PSOE et Ciudadanos, de manière très ferme. À la fin du mois le roi, dont c'est le rôle constitutionnel, demandera s'il y a un candidat qui se présente devant le Congrès des députés pour former une majorité, puis se soumette au vote? Si Sanchez fait ça, il se fait haïr des Espagnols qui en ont marre et veulent un nouveau gouvernement, et ne supporteraient pas une autre manoeuvre dilatoire. En l'absence d'amateur, ce sera la dissolution du Parlement. Et le programme de Podemos est là, intact, sans compromissions et sans magouilles.

Dernière minute : une réunion se tient entre les députés de ciu's et une partie de ceux du PSOE, pour savoir Sanchez se portera quand même à nouveau candidat. Podemos refuse de s'asseoir à la table de cette discussion, car 88, 8% de ses adhérents refusent tout accord avec Ciu's, parti de Centre droit, certes, mais de droite quand même.

 

Pas en retard d'une insulte, Sanchez, qui pourtant trouvait du charme à un accord éventuel avec Iglesias, clame qu'il n'y a pas d'accord non par la faute de Podemos, mais uniquelment par la faute de son chef Iglesias, qui se voit au sommet de l'Etat. Bref, il essaie à présent de semer la zizanie entre les adhérents de Podemos et Iglesias, profitant du désaccord du mois de mars, qui s'était traduit par la destitution du numéro 3 du parti. 

 

Ces socialistes, on ne les refera pas...Des moeurs de rats d'égoût, la division et la discorde pour mieux régner, ça me rappelle trop un certain François M.

Repost 0
Published by Mireille - dans infos d'Espagne
commenter cet article