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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 18:23
image : réseauinternational.net

image : réseauinternational.net

 

Voici une vision que je partage au point de ne pouvoir résister à m'en accaparer pour la porter sur ce blog, mon blog, tellement ce texte reflète ma pensée personnelle, bien sûr bien mieux écrit que je n'eus su le faire, je vous souhaite bonne lecture.

 

 

 

Quel enchaînement mes amis ! Quelle déferlante ! Quelle diarrhée d’ampleur cosmique ! Depuis le soft-coup d’Etat qui a permis à l’oligarchie apatride de placer son «Loup de Wall Street» à l’Elysée, ça n’arrête pas. Le Système nous ballotte du cocasse au tragique, puis du pathétique à la bouffonnerie la plus crasse avec le même allant quasi primesautier. Les sommets de l’OTAN et du G7 qui partent en sucette; Trump qui se fait la malle de l’Accord de Paris; Londres qui est attaquée par des barbus comme toujours connus de la police et/ou liés aux barbouzes; et enfin des bédouins soutenant le terrorisme qui accusent d’autres bédouins soutenant le terrorisme... de soutenir le terrorisme. Du caviar. Un beau bordel en fait, de plus en plus bordélique d’ailleurs, comme seul peut en produire un Système en pleine décomposition. Un Système conçu comme une gigantesque bombe à fragmentation qui n'en finit pas d'exploser sous nos yeux ébahis. Sortez le pop-corn !

 

La rencontre de l’avidité et du désespoir
 

Bon, on ne s’étendra pas outre mesure sur la nomination de Macron à la présidence française par voies de merdias et d'argent. Sauf pour dire que c'est la rencontre d'une avidité et d'un désespoir. L'avidité d'une oligarchie globaliste qui a senti possible l'heure du festin hexagonal ultime, et le désespoir d'une société épuisée mais désormais passionnément amoureuse de sa servitude, et accessoirement affolée à l’idée de ne plus pouvoir goinfrer les miettes tombées de la table.
 

A l’heure où nous écrivons ces lignes, les sondeurs nous prédisent même un triomphe du macronisme aux législatives, ce qui prouverait que la France à genoux est bel et bien en marche.

 

Cinquante ans d'abrutissement télévisuel et de déconstruction sociale à coups de progressisme sociétal ont donc grippé tous les ressorts. Les globalistes hallucinés toucheraient au but: organiser un monde dans lequel une petite caste de Surmorts incultes pourra enfin contrôler des hordes de sots chassant le pokémon au milieu des ruines photoshopées d’un monde exsangue. La vraie fin de l’Histoire. C’est Fukuyama qui va être content.

 

Un google-goulag pas facile à gouverner
 

Sauf que bon, Attali a beau sonner sans répit l’hallali de «l’ancien monde»; il a beau en appeler à un Gouvernement mondial pour gérer le troupeau bientôt définitivement confiné dans son google-goulag: ça ne va quand même pas tout à fait de soi. Y’a des résistances, des divergences de formes qui plombent le fond, bref, y’a le bordel habituel.
 

Les Sommets de l’Otan et du G7 par exemple, qui un peu comme les Oscars ou les Césars célèbrent et réchauffent d’années en années la même soupe idéologique : ratés tous les deux !
La belle amitié transatlantique en a même pris un sacré coup. Le Kaiser allemand, manager de la succursale européenne pour le compte de l’Empire jusque-là, en a pour ainsi dire fait un malaise, affirmant entre deux hoquets à la fête de la bière que «l'époque où nous pouvions entièrement compter les uns sur les autres est quasiment révolue» (1).

 

On en est même venu pratiquement aux invectives entre la grosse Bertha et The Donald sur Twitter (2).
 

Diantre !

 

Le vertige de la liberté
 

C’est que Trump s’en est donné à cœur joie pour frustrer ses caniches en les envoyant valser à la fois sur la question du climat et de la sécurité. Débrouillez-vous sans nous guys ! Exit par exemple l’automaticité du fameux article 5 de l’OTAN qui veut qu’un pays attaqué soit défendu par les autres, c’est-à-dire par l’Amérique. En gros Trump a gentiment expliqué aux Européens que s’ils voulaient être protégés, ils devraient d’abord passer à la caisse !

 

Pour des Européens habituer à sentir l’agréable tension de la laisse sur leur cou docile, inutile de dire que c’est un fameux choc. Le vertige de la liberté en somme, dont on ne saurait vraiment pas quoi faire.
On se rappelle alors la fameuse lettre écrite par le Président de l’UE, Donald Tusk, où il disait en février dernier que «les USA sont quasiment autant une menace pour l’UE que la Russie, la Chine et Daesh». (3)
Une prémonition ?
Ambiance.

 

Management de la terreur
 

Et puis voilà que survient la série d’attentats de Londres. Entre stratégie de tension (4) et «management de la terreur» (5) comme on voudra ;  entre attentats «spontanés» et opérations effectivement commanditées de l’étranger, on ne sait plus quoi en dire, si ce n’est rappeler que ce sanglant bordel est la conséquence directe de 25 ans de boucheries perpétrées par le Bloc atlantiste au Moyen-Orient. Tout cela pour du pétrole, du gaz, des pipelines et rien, absolument rien d’autre, et surtout pas les vertueuses sottises invoquées devant l’ONU.
 

Daesh est ainsi né de la destruction de l’Irak, a grandi grâce à celle de la Libye, et la dévastation entretenue par ce même Bloc atlantiste aujourd’hui en Syrie ne fait que nourrir la spirale infernale. On notera à toutes fins utiles que la matrice idéologique de tous les extrémismes musulmans n'est autre que le wahhabisme rétrograde de l’Arabie Saoudite, principal allié du Bloc atlantiste dans la région bien évidemment.

 

En résumé, lorsqu’ils ne relèvent pas du «management de la terreur» à des fins politiques, les attentats ne sont que le résultat de la politique étrangère criminelle du Bloc atlantiste (6). Dans les deux cas, nos gouvernements sont donc pleinement responsables, coupables et comptables de chaque victime de ces atrocités.
Les attentats islamistes en Europe ont déjà tué 321 personnes depuis 2015 et fait des centaines de blessés (7).
Rendez-vous donc au prochain massacre, à l’issue duquel on s’affirmera fièrement «plus forts qu’avant» et désireux de «continuer comme avant».
Dont acte.

 

Humour bédouin
 

Enfin, le dernier buzz-Système en date est le soi-disant «séisme» provoqué par la mise au ban du Qatar par l’Arabie Séoudite et une poignée de partenaires plus ou moins enthousiastes.
 

La chose est survenue au lendemain d’une visite très enjouée de Trump à Riyad, où avec la finesse d’analyse qu’on lui connaît le POTUS a appelé les pays de la région à «isoler» l’Iran accusée de soutenir le terrorisme (8) (alors même qu’il n’y a aucun exemple de groupe terroriste chiite). D’où peut-être cette fumeuse idée saoudienne de s’en prendre à Doha, dont les bonnes relations avec Téhéran agacent volontiers le Royaume. Il faut dire que le Qatar et l’Iran partagent un fabuleux gisement gazier, ce qui favorise logiquement l’apaisement.
 

D’autres analystes affirment que c’est les ambitions démesurées du petit Qatar qui ont fini par irriter Riyad. Il est vrai que l’immense richesse de Doha lui a un peu fait enfler la tête. Sa chaîne TV Al-Jazeera est ainsi devenue la CNN arabe en quelque sorte, et on retrouve la patte du Qatar dans tous les coups fourrés survenus dans la région depuis dix ans. Mais pas plus que celle de l’Arabie Saoudite.
 

Pour Thierry Meyssan en revanche, qui semble toujours particulièrement bien informé sur ce dossier, l'affaire confirme une fracture anglo-saxonne sur la manière de maintenir le Moyen-Orient sous tutelle (9). Qui sait ?

 

Nous ne retiendrons quant à nous de cette affaire que l'aspect cocasse de la chose, qui sied si bien au Système qui la porte, et qui voit donc un sponsor du terrorisme accusant un autre sponsor du terrorisme... de sponsoriser le terrorisme. Chacun des deux sponsors en litige étant sponsorisé à son tour par le vertueux Bloc atlantiste.
Ambiance.

 

Conclusions
 

On le voit, notre joyeux Système patauge dans un désordre sans cesse renouvelé, où l’absurde le dispute à l’horrible, où la guerre et la violence qu'il produit en permanence sont devenus la trame de fond imposée de notre temps.
Dans ce gigantesque et sanglant désordre, les crises s'additionnent, grandissent les unes à côté des autres, sans qu'aucune ne soit jamais résolue, avec au milieu un capitalisme terminal qui cherche à prospérer comme la gangrène sur un champ de bataille.
Et cette fois, c'est le Bloc atlantiste lui-même qui se lézarde, contaminé par sa propre folie.
Au fil des décennies, le Système atlantiste s'est ainsi révélé n'être qu'une gigantesque bombe à fragmentation.
Une bombe qui explose aujourd'hui sous nos yeux.
Sortez le pop-corn!

 

Publié par entrefilets.com le 7 juin 2017

 

1 Angela Merkel tire l'amère leçon du G7

2 Le ton monte d'un cran entre Angela Merkel et Donald Trump

3 L’Amérique de Trump est une menace pour l’UE selon Donald Tusk

4 Stratégie de tension

5 Le management de la terreur : Un business compliqué

6 Toutes ces dévastations ont aussi provoqué ce que l’on appelle aujourd’hui la «crise migratoire», un déplacement massif de populations en réalité voulu par l’oligarchie apatride du Système qui y voit d’abord un main d’œuvre à bas coût corvéable à merci, et ensuite le moyen de tuer définitivement toute idée d’appartenance nationale par un brassage forcé de population. Pour éviter qu’un tel déplacement de population soit compromis par l’hostilité des peuples européens, on lance alors systématiquement l’opération Charlie après chaque attentat, avec la ritournelle «padamalgame», «vous n’aurez pas notre haine», «on sera plus fort qu’avant» , «vous ne nous vaincrez pas», les médias flattant les bons sentiments nécessaires au «on continuera comme avant».

7 Liste des attentats terroristes dans l'Union européenne

8 A Riyad, Trump appelle à «isoler» l’Iran

9 Affrontement au Bilderberg 2017

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 16:43
Le général Henri Roure entre en résistance.

Le général Henri Roure entre en résistance.

Le général Henri Roure a été officier issu des troupes de la Marine française, Saint-Cyrien et breveté de l’École supérieure de guerre. Homme de droite il a néanmoins une lecture indépendante de la situation politique de la France, je lui laisse la parole.

 

 

 

Le général Henri Roure entre en résistance.

 

 

L’élection présidentielle, qui a amené M. Macron à la présidence, est le fruit vénéneux d’un déni de démocratie. Il s’agit d’une spoliation, résultat d’un rejet masqué de l’idéal démocratique. La manipulation vient de loin. Elle est probablement la forme la plus élaborée du coup d’État car elle ne refuse pas le principe des élections sur lequel repose l’expression de la volonté populaire, mais, sciemment – j’allais écrire scientifiquement – elle pervertit, oriente, sculpte l’opinion publique. Elle repose sur l’énorme puissance d’un système qui a l’ambition de s’imposer au monde, à commencer par ce que nous appelons, aujourd’hui, improprement, l’Occident. Ses moyens sont, à l’évidence, considérables.

 

Nous sommes confrontés à un monstre que certains ont baptisé l’internationalisme financier, ou l’ultra libéralisme, mais qui, en tout état de cause, est intimement lié à la puissance étatsunienne. Il s’agit de l’avatar le plus ingénieux de l’impérialisme étatsunien relayé par son allié fidèle l’Union Européenne.
 

La vraie démocratie est trop dangereuse pour la finance internationale, car elle peut amener au pouvoir des personnes véritablement choisies par le peuple avec des idées aussi saugrenues que la défense des intérêts nationaux, la patrie, la protection sociale, la morale, l’éducation et la culture, le service public ou encore l’État de droit. Ce risque ne peut être accepté quand il s’agit de globaliser ou plus exactement d’américaniser et de subordonner les peuples au puissant réseau politico-bancaire piloté par Washington. Il est donc nécessaire de tendre vers une pensée unique.

 

Difficile cependant de s’affranchir des élections… Dès lors il faut les truquer à l’aide de la désinformation aboutissant à la manipulation de l’opinion publique ; c’est tellement plus simple et moins risqué puisque le système est propriétaire des médias et des instituts de sondage et peut s’appuyer sur quelques dirigeants, intellectuels ou bobos, bien placés et convaincus. Il ne faut pas s’étonner, ainsi, de l’assassinat politique de François Fillon, dont le programme trop judicieux et national pouvait éloigner la France de cette subordination. L’astuce fut de l’accuser de ce que l’immense majorité des parlementaires fait, en toute légalité, mais qui, pour lui, fut présenté, dans un acharnement médiatique sans limite, comme de la corruption. Aucun journaliste ne s’éleva pour regarder les faits avec objectivité. Et pour cause, tous dépendent du système…

 

Aude Lancelin (1), ancienne rédactrice en chef adjointe de l’Obs le dit clairement: « l’ensemble des médias est sous la coupe du CAC 40 ». En association avec eux quelques juges haineux trop liés à un pouvoir désireux de se survivre à lui même et intimement impliqué dans le réseau. La suite se présentait d’évidence. Face à un éclatement consommé des partis traditionnels, résultat de primaires inspirées de la vision étatsunienne de la sélection des candidats et inadaptées à la culture politique française, un inconnu, issu directement du milieu bancaire, et présentant l’image de la nouveauté, pu être propulsé dans le pseudo débat. Le système, alors, n’a même pas cherché à se dissimuler sous les atours d’une apparente objectivité. Les médias aux ordres n’eurent qu’à relayer l’habituelle hystérie anti Front National en utilisant tous les vieux procédés passant de l’association d’images aux citations hors contexte et à l’insinuation. Il fallait faire « barrage » sans que quiconque sache vraiment pourquoi, ou, plus justement, de crainte que le constat devienne trop clair que ce parti avait récupéré les idées gaullistes, imprudemment abandonnées par la droite classique.

 

Le matraquage, cette fois, fit l’éloge du néophyte et, toute honte bue, ceux qui auraient dû rester neutres ou au moins discrets, affirmèrent péremptoirement qu’il fallait voter pour lui. Preuve suprême de cet internationalisme bien loin d’être prolétarien, l’étatsunien Obama apporta bruyamment son soutien, Merkel de même et l’inénarrable Junker donna sa contribution. Des étrangers intervenaient dans une élection française! Personne n’y vit un scandale… Dans un panorama politique trafiqué et disloqué, le banquier fut élu. Il le fut avec les voix d’électeurs qui, par opposition, viscérale et entretenue, à l’autre candidat, celui de la négation absolue de ce système, se sont piégés. Comment faire désormais pour se séparer de celui qu’ils ont, de fait, contribué fortement à porter à la magistrature suprême?

 

Ajoutons que l’opération était tellement bien montée que le nouveau président a été élu alors que l’immense majorité du corps électoral lui était, sinon hostile, du moins opposée. Qui le dit ? Regardons les chiffres sous un angle particulier. La participation a été de 74,56% soit 25% d’abstentions. Il y a eu 66% de suffrages exprimés, c’est à dire 34% de nuls ou blancs. Si, à ce chiffre, nous ajoutons les 34% qui ont voté Le Pen, nous constatons que 68% des personnes qui se sont déplacées jusqu’aux urnes n’ont pas voté pour Macron. Dans cette élection nombreux sont ceux qui se sont abstenus par hostilité aux finalistes. En minorant leur nombre parmi les non-votants, nous pouvons les estimer à 6 ou 7%. Ce qui fait un total intermédiaire voisin de 75% qui ont refusé Macron. Si nous ajoutons à ce dernier chiffre ceux qui ont voté Macron par opposition à le Pen, mais pas par adhésion à ses idées, nous aboutissons, probablement, à 85% du corps électoral qui ne soutient pas le nouvel « élu »…

 

Le nouveau président est peut être légal aux termes de la Constitution, mais illégitime au regard de la morale politique. Au bilan, Macron est un usurpateur. En réalité, la démocratie française d’aujourd’hui n’est qu’une dictature qui se déguise. Elle est devenue le pire des régimes comme tous les autres. J’ose espérer que personne parmi ces profiteurs, qui vont suivre Macron, ne proférera la moindre critique sur la façon dont nos amis africains voient la démocratie…
Je ne suis donc pas en opposition mais en résistance, tout en sachant que le combat sera long et difficile. Je débute ma marche…

 

Général Henri Roure
Secrétaire national pour les questions de défense au CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans)

 

source : http://arretsurinfo.ch/un-putsch-sans-soldats-par-le-general-henri-roure/

(1)à lire ou relire : http://cronos.lomosapien.over-blog.com/2017/04/l-opa-sur-le-peuple-francais-va-t-elle-fonctionner.html

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22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 10:46
Est ce cela que le peuple souhaite ? (Cronos)

Est ce cela que le peuple souhaite ? (Cronos)

Voici un texte très bien documenté écrit par Aude Lancelin sur l'OPA que le CAC40 s'apprête à faire sur le peuple français dés demain, pour ma part je ne crois pas un seul instant qu'elle puisse réussir, mais voyons comment le candidat d’« En marche ! » a été entièrement fabriqué par des médias entre les mains du capital, et pourquoi il est encore temps de résister à ce coup de force.


 

C’était à la fin de l’été dernier, je venais de rendre le manuscrit du « Monde libre ». Mon regard errait devant les images de BFM TV, dans les vestiges d’une canicule parisienne achevée il y a peu. C’est alors que je compris brutalement que l’année 2017 serait terrible, et que la présidentielle à venir ne ressemblerait à rien de ce que ce pays avait connu jusqu’ici. La première chaîne d’informations en continu du pays, fleuron du groupe Altice-SFR détenu par Patrick Drahi, n’avait pas lésiné sur les moyens en ce 30 août 2016. Le tout pour couvrir un événement considérable, imaginez du peu : la démission du ministère de l’économie d’un jeune baron du hollandisme encore quasi inconnu du public deux ans auparavant. Un scoop d’importance planétaire, on voit ça, qui valait bien la mobilisation générale de toute les équipes de la chaîne détenue par ce milliardaire français issu des télécoms. L’étrange spectacle qui s’étalait sur les écrans du pays ce jour-là, c’était un chérubin en costume-cravate s’échappant du ministère de Bercy en navette fluviale pour remettre sa démission à l’Elysée, poursuivi par les caméras de BFM TV, le tout dans le style flouté et distant caractéristique de la paparazzade, de l’image arrachée à l’intimité d’une personnalité livrée bien malgré elle à la convoitise des foules. Comme l’Hyppolite de Racine, le futur ex-ministre en question, qui n’était autre qu’Emmanuel Macron, semblait ainsi être saisi par surprise en train de « traîner tous les cœurs après lui » sur la Seine, dans une étrange séance de ski nautique géant national. Ce que le téléspectateur ignorait à ce stade, c’est que ce sont les cœurs des patrons du CAC 40 qui battait la chamade pour lui depuis déjà un petit moment, et que tous avaient un plan pour la France : porter à la Présidence de la République le chérubin si compréhensif aux doléances du capital. A ce stade il n’était rien, mais ça n’était pas un problème. Ses Geppetto, les poches pleines de billets et les rédactions pleines de journalistes, étaient prêts à en faire tout.

 

La scène, totalement surréaliste, m’est toujours restée en mémoire. De même que la surexcitation des commentateurs en plateau, chargés de faire mousser le non-événement, et de faire passer la dérisoire péripétie pour en faire un événement susceptible de casser l’histoire du monde en deux. Ce jour-là, oui, j’eus le pressentiment que nous nous apprêtions à vivre une opération de propagande d’une dimension et d’une nature tout à fait inhabituelles. Une blitzkrieg médiatique à côté de laquelle les éditoriaux érotiques du « Monde » en faveur d’Edouard Balladur en 1995, ou les tribunes culpabilisatrices de « l’Obs » ou de « Libération » pour faire gagner le « Oui » en 2005, ne furent que de dérisoires et fort rudimentaires précurseurs. L’équivalent d’une longue-vue d’amiral de l’armée des Indes par rapport à un satellite d’observation de l’actuelle US army, pour prendre une comparaison d’ordre militaire.

 

 

Il est certain en effet que la situation dans les médias s’est spectaculairement dégradée depuis ces années là, jusqu’à faire chuter la France au 45ème rang du classement 2016 de la liberté de la presse établi par « Reporters sans Frontières », quelque part entre le Botswana et la Roumanie. Le tout à cause, contentons-nous de citer l’organisme international sur ce point, « d’une poignée d’hommes d’affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias qui ont fini par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale. » Jamais une situation pareille de mainmise quasi totale sur la presse ne s’était vue en France depuis 1945. De sinistre mémoire, le quinquennat Hollande restera du reste comme celui de la victoire par KO du capital sur l’indépendance des rédactions. Le candidat PS s’était fait élire aussi sur la promesse de relever les seuils anti-concentration dans ce domaine. La loi naine dont son règne accouchera fin 2016, dite « Loi Bloche », s’empressera d’enterrer la chose au profit de la mise en place de dérisoires « chartes éthiques » censées garantir la liberté des journalistes. Autant fournir de simples casques de chantier pour protéger des salariés travaillant en zone irradiée. A rebours de ses engagements, François Hollande favorisera en 2015 le rachat de titres historiques comme « Libération » et « l’Express » par Patrick Drahi, géant des télécoms, connu pour ses emplettes par effets de levier hautement destructrices d’emplois, et son contorsionnisme invétéré en matière fiscale. C’est également sous ce quinquennat qu’aura lieu la prise de contrôle du groupe « Canal+ » par Vincent Bolloré avec les conséquences sinistres que l’on sait. Ou encore le rachat en 2015 du « Parisien » par Bernard Arnault, déjà propriétaire des « Echos » et premier annonceur publicitaire de la presse, bien connu également pour son progressisme social, sans parler de sa sympathie pour le populo. Mais aussi, après l’absorption en 2010 du quotidien « le Monde » par un trio d’investisseurs emmené par Xavier Niel, ogre concurrent des télécoms, l’avalement par ce même groupe de la quasi totalité de la presse social-démocrate mainstream, avec le rachat en 2014 de « L’Obs », là encore surveillé comme le lait sur le feu par le président de la République.

 

Ainsi ce dernier pensait-il encore, début 2016, en dépit de sa popularité exécrable, avoir mis autant d’atouts que possible de son côté pour la reconquête de son fauteuil présidentiel. Las, c’était sans compter sur Emmanuel Macron, le polichinelle que lui avaient mis dans le tiroir ses nouveaux amis du CAC 40. Avec son consentement, c’est là toute la perfection de la farce. Il y a quelque chose de biblique dans le châtiment d’un Président qui, après avoir renoncé à faire de la finance son ennemi, confia à celle-ci sa politique économique, et se vit poignardé dans le dos par elle, jusqu’à devoir désormais escorter  publiquement ses ambitions élyséennes. Plus précoce que sa dupe élyséenne, il y a des années que Macron plaçait ses pions auprès des géants des médias. Déjà lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild, le protégé d’Alain Minc avait conseillé le groupe Lagardère pour la vente de ses journaux à l’international. Excellentes aussi, les relations entretenues par Macron avec le sulfureux patron de Canal+, Vincent Bolloré, dont on connaît la passion pour les démocrates africains et l’indépendance des rédactions. L’ambitieux ne s’en était nullement caché auprès du journaliste Marc Endeweld, auteur de « L’Ambigu monsieur Macron » (Flammarion). Très étroites également, celles qu’il a avec le fils de ce dernier, Yannick Bolloré, PDG d’Havas, géant de la communication mondiale. Avec le groupe de Patrick Drahi, c’est carrément la love story à ciel ouvert, même si en période électorale les pudeurs de carmélite s’imposent. Ainsi le Directeur général de BFM TV est-il régulièrement obligé de se défendre de faire une « Télé Macron », sans convaincre grand monde, tant les affinités électives sont en effet avérées entre le candidat à la présidence et l’entité Altice-SFR Presse. Lorsque Martin Bouygues et Patrick Drahi s’affronteront pour le rachat du groupe SFR, c’est Macron lui-même, alors secrétaire général de l’Elysée, qui jouera un rôle décisif en faveur de ce dernier. Et en retour, lorsque celui-ci décidera de se lancer dans la course à la présidentielle fin 2016, on ne tardera pas à voir rejoindre son équipe l’ancien banquier Bernard Mourad, hier encore directeur d’Altice Media Group, à savoir SFR Presse. C’est du reste « Challenges » qui sortira cette dernière information, le magazine aujourd’hui encore dirigé par Claude Perdriel, autre organe fervent de la macronôlatrie. Un agenouillement public à la fois si étouffant et si peu contestable que même ses rédacteurs, peu soupçonnables de déviances gauchistes, s’en plaindront sous la forme d’un communiqué de leur Société des Journalistes.

 

C’est toutefois avec Xavier Niel, à qui le même Perdriel revendit l’Obs en 2014, que les relations avec le candidat Macron sont devenues au fil du temps carrément torrides. Entre capitalistes qui s’assument, désirant pour la France un destin de « start up nation », peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires, c’est peu de dire que le courant passe. Alors même qu’un reportage diffusé au 20 heures de France 2 annonçait début 2016 que le patron de Free s’apprêtait à financer les ambitions de l’autre, Niel est devenu plus taiseux sur la question. Difficile en effet d’admettre publiquement pour l’homme fort du groupe « Le Monde » son degré de proximité avec le candidat d’En Marche!, alors même que beaucoup accusent déjà le quotidien du soir d’être devenu le bulletin paroissial du macronisme. Interrogé sur LCP le 16 mars dernier, à peine Niel consentira-t-il à admettre que deux candidats pourraient convenir à ses convictions libérales, à savoir Emmanuel Macron et François Fillon. Un second choix qui ne surprendra que ceux qui ignorent que le candidat LR est l’homme qui lui accorda en 2009 la quatrième licence de téléphonie mobile, dans des conditions toujours restées opaques.

 

Etrangement, le programme de Jean-Luc Mélenchon semble aujourd’hui résonner beaucoup moins favorablement aux oreille de Xavier Niel, qui le comparait même dans une récente interview accordée au « Temps » à celui de Marine Le Pen. Exactement ce que font les éditorialistes du « Monde » à longueur de semaines – simple communion de vues, vous expliqueront les journalistes du quotidien, dont la perspicacité semble hélas souvent peu en rapport avec la fonction revendiquée de vigie démocratique. Une sorte d’« harmonie préétablie » qui arrange décidément tout le monde. Pour le dire avec les mots de Leibniz : la « substance » actionnariale n’affecte qu’elle-même – c’est-à-dire qu’elle ne passe, par exemple, jamais de coups de fils. Et cependant, toutes les « substances » journalistiques qui oeuvrent sous ses ordres semblent interagir causalement avec elle – c’est-à-dire par se mettre comme par enchantement à son exact diapason. N’y a t-il pas là une merveille tout à fait étonnante à étudier pour l’esprit ?

 

Lui aussi actionnaire du groupe « Le Monde », le milliardaire du luxe Pierre Bergé, n’aura pas réussi à s’abstenir de tweeter sa fougue macronienne pendant la campagne. « J’apporte mon soutien sans la moindre restriction à Emmanuel Macron pour être le président qui nous conduira vers une sociale-démocratie », lira-t-on ainsi le 30 janvier. Là encore, les journalistes du quotidien se sont contentés de détourner le regard. Trop occupés pour certains à scruter les atteintes oligarchiques à la liberté d’expression chez nos voisins. Une imprudence due au grand âge, entend-on mezza voce au « Monde », sans que rien permette de dire hélas que ce jugement soit un simple effet de la terreur subie. La facilité, et en réalité aussi le bon sens, pousserait à penser que les journalistes, sous le joug de leurs bailleurs de fonds n’osent plus bouger une oreille. La réalité est hélas plus complexe. Certains d’entre eux crèvent de peur, c’est un fait. Beaucoup d’autres en revanche ne sentent même pas le poids de leurs chaînes. Ils pensent réellement qu’entre la finance à face de chérubin et le lepénisme à visage féminin, il n’y a plus rien à choisir, à penser, à tenter. Ils ont du reste souvent été sélectionnés pour cette aptitude-là, cette étonnante faculté à faire sien ce qu’on vous commande de penser, cette soumission anticipée aux desideratas actionnariaux qu’il serait en effet malséant d’avoir ne serait-ce qu’à énoncer.

 

La presse n’ayant quoiqu’il en soit pas été très empressée à fournir la Carte du Tendre permettant de s’orienter dans les relations entre Macron et les tycoons français, les lecteurs vraiment obstinés auront dû se contenter durant toute cette campagne de rabouter des petits cailloux épars. Une enquête particulièrement bien informée de « Vanity Fair » sur la reine de la presse people, Michèle Marchand dite « Mimi », levait début avril un coin du voile sur les dîners privés organisés entre Xavier Niel et le couple Macron un an avant la présidentielle. « Quand lors d’un dîner avec les Macron, j’ai entendu Brigitte se plaindre des paparazzis, explique ainsi tranquillement Niel à « Vanity Fair », je lui ai naturellement conseillé Mimi. » Et la journaliste Sophie des Déserts de préciser que c’est le patron du groupe « Le Monde » qui organisa la rencontre à son domicile. Un hôtel particulier du Ranelagh, où il réside avec la fille de Bernard Arnault, patron de LVMH et autre grand fan du petit prince Macron, dont le CAC 40 voulait faire son loyal gérant élyséen.

 

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Pourquoi aucun grand titre de la presse n’a-t-il trouvé utile d’enquêter sur ce genre de connivences menaçantes ? Pourquoi a-t-on eu au contraire l’impression étrange d’assister pendant toute cette campagne à un putsch démocratique au ralenti, avec un terrible sentiment d’impuissance ? Davantage qu’une intuition, c’est une certitude : si Emmanuel Macron devait être élu à la Présidence de la République, on se réveillerait en mai avec une nouvelle nuit du Fouquet’s, des révélations feuilletonnées sur toutes sortes de grands donateurs, des histoires de premier cercle rappelant les pires heures du sarkozysme, de collusions d’une ampleur inédite entre très gros intérêts industriels, médiatiques et financiers. Partout l’argent rode autour de cette candidature, tout le monde le sait. Lorsque les conditions concrètes qui ont présidé à cette mise sur orbite sortiront enfin dans la presse, post festum, car elles finiront par sortir, ces choses là finissent toujours par sortir, les Français n’auront alors plus que leurs yeux pour pleurer. Entre temps, l’ISF sur les grands patrimoines financiers aura été supprimé, le code du travail ravagé à coups d’ordonnances, les services publics sévèrement amputés, les dividendes toujours mieux reversés. Un véritable continent oligarchique est là encore à demi-englouti, prêt à surgir sous nos yeux le 8 mai prochain, et personne n’a jugé bon jusqu’ici de le dévoiler aux citoyens. Surtout pas ceux dont c’est en théorie le métier, à savoir les journalistes. Au moment où ces lignes s’écrivent j’aperçois la pétition d’absurdité que celles-ci recèlent : comment la presse entre les mains de ces messieurs pourrait-elle enquêter sur sa propre nocivité et a fortiori sur la leur ?

 

Un tableau complet de l’ahurissante endogamie macronienne des médias français exige bien sûr pour finir de mentionner la dizaine de couvertures sur Macron réalisées en deux ans et demi par mon ancien journal, « l’Obs », titre historique de la deuxième gauche également tombé dans les mains de Niel et ses associés à la faveur de l’effondrement de la valeur des médias depuis la fin des années 2000. Pendant ce temps, une seule « Une » consacrée à Mélenchon, candidat pourtant surreprésenté chez les jeunes et les intellectuels, dont ce journal aurait eu terriblement besoin pour survivre en cette période, et retrouver un peu de son lustre passé. Une autre à Hamon, candidat pourtant officiel du PS. Un éditorial sidérant publié à quatre jours du scrutin appellera carrément les lecteurs à voter Macron, en contravention flagrante avec le pluralisme de gauche revendiqué depuis toujours par la direction du journal. On ne pourra décidément pas dire que le job n’aura pas été fait manu militari pour dégager la route à celui-ci. On ne pourra pas dire que tous les helpers milliardaires de la place ne se seront pas mis en marche, et même en déambulateurs, pour le gandin aux envolées oratoires poussives. On ne pourra pas dire que tous les moguls des télécoms qui entravent désormais la libre circulation des opinions n’auront pas tout tenté pour gonfler la baudruche à grand renfort de panégyriques dans leur presse, et d’enquêtes jamais faites.

 

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Comment se fait-il que dans de grandes rédactions comme « l’Obs » ou « Le Monde », on ne puisse identifier aucun titulaire de carte de presse se réclamant à visage découvert des idées de la « France Insoumise », quand tant de leurs confrères brament sans vergogne leur macronisme sur les réseaux sociaux ? N’est-il pas prodigieux que, dans des journaux se réclamant encore de la gauche, on ne puisse trouver nulle expression, sorti de l’espace dédié aux tribunes extérieures, en faveur d’un ex-sénateur mitterrandiste ne faisant somme toute rien d’autre que de se réclamer des fondamentaux historiques du socialisme ? Hélas j’en connais les raisons. Ce sont déjà celles que je donnais dans le « Monde libre ». Toutes les idées sont tolérées dans ces rédactions-là où, non sans stupéfaction, j’ai par exemple pu entendre un chef de service défendre le programme économique de François Fillon comme étant le meilleur d’entre tous début 2016. Toutes les idées, oui, sauf celles de la gauche debout contre le néolibéralisme. Toutes les idées, sauf celles aujourd’hui portées par un social-démocrate conséquent comme Jean-Luc Mélenchon, repeint par le Président de la République actuel en dictateur et en ennemi de l’Occident. Il est tout de même ironique que de telles paroles viennent justement de François Hollande, ami autoproclamé du « Monde libre » comme on appelait il y a peu ledit Occident, qui aura passé tant de temps sous son quinquennat à fréquenter les oligarques de la presse nationale pour tenter d’acheter par avance une élection, à laquelle il n’aura finalement même pas pu prétendre.

 

Entièrement revenus dans le poing du capital, situation inédite depuis les lendemains de la Libération, les médias auront en moins de deux ans réussi à transformer en possible présidentiable un ex-banquier d’affaires à peine sorti de l’œuf, n’ayant jamais décroché le moindre mandat électif. C’est peu de dire que chez le chérubin de ses messieurs, comme dans la philosophie sartrienne, le passage à l’existence médiatique aura de loin précédé l’essence politique. En faut-il d’ailleurs du mépris pour le peuple français, pour tenter un coup de force pareil. Macron, ce n’est pas seulement la continuation de politiques usées, celles qui ont lepénisé les classes populaires depuis trois décennies et rétabli un quasi esclavage pour certains peuples européens. Macron, c’est le retour du tâcheronnage sous couvert de modernité. Macron, c’est le 19ème siècle à travers les âges et son indifférence complète à la souffrance populaire, à peine barbouillé de couleurs acidulées et de Silicon Valley. Macron, c’est en réalité ni plus ni moins que le retour du Comité des Forges, et de sa fameuse presse, entièrement asservie par l’argent de la haute finance et celui de la grande industrie, dont les anciens résistants formèrent le rêve de débarrasser le pays à jamais, une fois les « Jours heureux » venus.

 

Mais me direz-vous, nombre d’« opérations » médiatiques destinées par le passé à peser sur la présidentielle échouèrent finalement. Une percée spectaculaire de Jacques Chirac, au printemps 1995, eut ainsi raison du sacre attendu d’Edouard Balladur, le candidat que la caste s’était choisi. Et il en alla de même en 2005, alors qu’une campagne d’intimidation littéralement terroriste menée par le « cercle de la raison », s’était pourtant abattu sur les partisans du « Non ». Tout ceci est absolument vrai. Au jeu de la pédagogie à coup de matraque, les médias peuvent parfois rater leur coup, même si pour une opération loupée de temps à autres , on pourrait dénombrer tant de leurs réussites passées inaperçues. C’est la raison pour laquelle l’écriture de ce texte ne m’a pas semblé entièrement vaine, à quelques jours du premier tour d’une présidentielle à nulle autre pareille. Tant que le mal n’est pas fait, tout peut encore être défait. Français, ne vous laissez pas voler cette élection.

 

Aude Lancelin

 

source : https://audelancelin.com/2017/04/20/emmanuel-macron-un-putsch-du-cac-40/

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 18:43
Des posters déchirés de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle de 2012. PATRICK HERTZOG / AFP.

Des posters déchirés de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle de 2012. PATRICK HERTZOG / AFP.

La percée du candidat de la «France insoumise» semble accréditer l’idée selon laquelle, désormais, dans une crise de régime devenue paroxystique, seul un populisme progressiste pourrait battre le national-populisme du FN.

 

«Entre les communistes et nous, il n’y a rien», déclarait André Malraux, responsable de la propagande gaulliste à la fin des années 1940, lorsque, face au «séparatisme» communiste qui regardait vers Moscou, seul le RPF gaulliste semblait s’imposer. Et si, face aux lepénistes qui regardent encore vers Moscou, il n’y avait que Jean-Luc Mélenchon?

 

À dix jour d’un scrutin aussi incertain qu’historique, dans lequel son accession au second tour ne relève plus de la science-fiction mais devient une hypothèse sérieuse, deux France sont prêtes à se défier et s’affronter.

 

Celle de Mélenchon, qui construit son peuple.

 

Celle de Marine Le Pen, qui prétend incarner «le» peuple, c’est-à-dire un peuple essentialisé, donnant libre cours à son discours autoritaire et identitaire.

 

Une France qui se construit au quotidien contre une France uchronique. La réalité de 2017 contre le songe de 1960.

 

L’élection la plus imprévisible du genre

 

L’érosion des identités politiques traditionnelles de la Ve République est manifeste. Si l’on s’attarde sur les enquêtes d’opinion, il apparaît que jamais, dans l’histoire du régime, pareille incertitude n’a régné à si peu de jours du scrutin quant à son issue finale. Lequel des quatre candidats en tête des enquêtes d’opinion s’installera à l’Élysée après le 7 mai? Nul ne peut le prédire véritablement.

 

Il est cependant certain que les candidats en lice se trouvent tous dans une position inédite sous la Ve République.

 

Le candidat de droite enregistre des scores historiquement bas pour un camp politique qui a dominé la vie politique une bonne moitié du temps depuis 1958. Rien ne semble, pour l’heure, permettre à la droite de remontrer une pente rendue plus forte par l’effet des successives révélations sur l’usage par le couple Fillon des fonds publics que le Parlement octroie à ses membres en vue de l’exercice de leur mandat.

 

Le candidat du PS, malgré une campagne innovante sur le plan programmatique, semble disparaître dans les sables mouvants d’une campagne marquée par la fin d’un régime auquel le PS a été totalement associé à chaque étape décisive de choix historiques. «Ce que vos aînés sont pèse plus lourd que ce que vous dites», semblent répliquer les Français à Benoît Hamon.

 

Emmanuel Macron apparaît de plus en plus comme le candidat de la perpétuation du régime, à la fois talentueux contestataire de ses imperfections et conservateur en chef des fondamentaux issus de 1958, causes du malaise démocratique actuel. Endossant les choix historiques de la Ve République et de ses élites, il rassemble autour d’un groupe social diplômé et relativement riche les Français venus d’autres groupes, tous acquis à une vision optimiste et positive de l’avenir de notre pays. La Californie pour tous! C’est un candidat transformiste au sens gramscien, qui transforme des groupes sociaux qui n’y ont pas un intérêt direct manifeste en soutiens du récit qu’il dispense de l’avenir du pays.

 

«Populisme des élites» ou négation du «populisme», la candidature Macron enregistre de nombreux soutiens mais peut peiner face au populisme transclassiste lepéniste. Une part de la puissance macronienne tient pourtant à sa supposée capacité à battre Marine Le Pen au second tour. Mais est-il le meilleur candidat dans cette perspective? Éric Dupin, dans un récent article, mettait en doute cette hypothèse…

 

Face au national-populisme, l’urgence d’un populisme progressiste?

 

Marine Le Pen, malgré un perceptible essoufflement de sa campagne, s’installe toujours en tête des intentions de vote tout en étant défaite au second tour quel que soit le candidat désigné face à elle, y compris Jean-Luc Mélenchon, donc.

 

Un second tour opposant ces deux candidats opposerait en vérité l’hypothèse de la réalisation de l’idée de Chantal Mouffe et Ernesto Laclau selon laquelle, en Europe demain, comme en Amérique latine hier, ne s’opposeraient plus que deux versions du populisme. L’un progressiste, «de gauche», incarné ici par Jean-Luc Mélenchon. L’autre autoritaire et identitaire, qui finirait par passer un compris avec le néolibéralisme tendant à l’ethniciser (voir à ce propos les travaux de Nicolas Lebourg et Jean-Yves Camus)

 

Marine Le Pen incarne en effet la vague national-populiste qui frappe l’Europe. Autoritaire, identitaire, en apparence défenseur de l’État social des Trente Glorieuses, contestant au nom d’une démocratie directe tapageusement mise en avant les malfaçons de la Ve République, le populisme lepéniste ne rencontre face à lui qu’une faible résistance.

 

On n’avait, jusqu’ici, jamais testé l’hypothèse d’une Marine Le Pen opposée à un autre candidat «populiste», progressiste celui-là, «de gauche». Or, entre Mélenchon 2012 et Mélenchon 2017, le saut qualitatif est visible. Mélenchon n’est plus seulement le candidat d’une coalition d’organisations à la gauche du PS.

 

Son évolution correspond à l’avancée de la crise qui a fait muter les clivages au sein de la société française et confirme une défaillance grandissante d’un système partisan vieux de plusieurs décennies. Il ne s’agit plus d’être seulement le candidat de la gauche radicale et de son unité. Il s’agit, après cinq ans de déconvenues électorales pour toute la gauche, de s’adresser à «tous ceux qui ne sont pas là», c’est-à-dire aux abstentionnistes et à ce volant d’électeurs perdus dans le désordre idéologique d’une crise protéiforme. Alors que les forces rassemblées au sein du Front de gauche subissent des revers comparables, sinon pires que ceux enregistrés par le PS, Mélenchon amplifie sa stratégie «populiste». La gauche bat en retraite; il part à l’offensive.

 

La campagne de 2012 ressemblait à une tournée d’adieu de la gauche historique à son propre pays. Elle suscitait l’émotion et la nostalgie davantage qu’elle ne révélait le sursaut de la décision et les promesses de l’espoir. Cette fois, les choses sont différentes. En adoptant pour signifiant de sa campagne «La France insoumise», Mélenchon s’est donné les moyens d’actionner d’autres clivages que le clivage gauche-droite.

 

Le changement de régime mobilise 30% des Français quand le statu quo en rassemble seulement 12%, selon l'Ifop, confirmant que la question démocratique est présente dans la société et qu’il s’agit de l’articuler avec d’autres clivages.

 

Comment engager le rolling back face au FN?

 

En s’émancipant du cadre pesant de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon a accompli la même mue que le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen. Ce dernier, économiste issu des très radicaux et efficaces Grünen autrichiens, avait pris ses distances avec eux pour adopter une stratégie lui permettant de construire une stratégie discursive radicalement alternative à celle martelée par les populistes identitaires du FPÖ. Par deux fois, d'abord d'un souffle (50,3%) puis plus nettement après une invalidation du premier scrutin (53,8%), il l’emporta face à Norbert Hofer. Écologiste mettant en avant une vision de l’Autriche en parfait négatif de la campagne völkisch du FPÖ, il noua une alliance sociologique majoritaire dans un pays sous pression constante du FPÖ, de Haider hier à Strache aujourd’hui. Un cas d’école.

 

Et si Mélenchon était le Van der Bellen français? Cette hypothèse mérite d’être envisagée.

 

L’actuelle assise sociologique du vote en faveur du candidat de la «France insoumise» laisse entrevoir quelques marges de progression possible dans la France qui porte actuellement électoralement Marine Le Pen. La France de Jean-Luc Mélenchon est en certains aspects le négatif de la sociologie lepéniste. Candidat des jeunes urbains et des étudiants, des employés et des ouvriers franciliens, Jean-Luc Mélenchon accuse un retard chez les ouvriers dans leur ensemble, marque le pas chez les électeurs les plus âgés, pâtit encore de la concurrence d’Emmanuel Macron chez les diplômés du supérieur. Cependant son discours séduit un nombre non négligeable d’électeurs centristes (UDI, MoDem), validant en cela une option «transversaliste» visant à déborder les frontières de la gauche pour «construire» son peuple, l’alliance sociologique pouvant le porter.

 

La «transversalité», celle que défend, en Espagne par exemple, le dirigeant de Podemos Inigo Errejon peut s’expliquer simplement: il s’agit de faire voter un électeur de «la droite Sardou» pour un candidat de la «gauche Monde Diplo». Il faut convenir que Jean-Luc Mélenchon progresse grandement sur cette voie.

 

Ce qui compte face à Marine Le Pen tient en la capacité à ne pas se laisser enfermer dans une France sociologiquement minoritaire qui ne bénéficierait que des forces supplétives d’électeurs animés par un anti-lepénisme de routine, quasi-pavlovien mais surtout fragile et incertain. Jean-Luc Mélenchon a quelques atouts, si l’on s’y attarde, parmi les trois candidats susceptibles d’affronter Marine Le Pen, pour transcender les clivages sociaux et spatiaux qui installent Marine Le Pen dans une position tribunicienne de la «France périphérique», cette France que tous les candidats inspirés par l’astucieuse et contestée mise en perspective géographique de Christophe Guilluy, rêvent de séduire.

 

Il dispose de clés pour pénétrer les mondes ouvriers abstentionnistes, celui des actifs (35-49 ans) chez lesquels les lepénistes excellent. Seul candidat capable de réactiver le front économique et social dans une France victime de la désindustrialisation, du déclassement, du chômage et de la précarité, il bénéficierait parmi les actifs d’atouts considérablement plus forts que les candidats Macron et Fillon. En outre, si «l’anti-système» est devenu un thème central de la campagne présidentielle, la présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour ôterait à Marine Le Pen le monopole de la contestation des malfaçons du régime politique en place, ce qui n’est pas le moindre des atouts. Marine Le Pen ne pourrait prétendre incarner un «peuple» trahi par ses «élites».

 

Plus concurrentiel sur le plan économique et social que tout autre candidat chez les actifs, plus concurrentiel aussi sur le plan de la contestation démocratique, le candidat Mélenchon n’est-il pas en train de se muer, les jours passant, en meilleur candidat anti-Le Pen?

 

Gaël Brustier — Chercheur en science politique

 

source : http://www.slate.fr/story/143618/et-si-jean-luc-melenchon-etait-le-seul-pouvoir-battre-marine-le-pen

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 11:52
Pour qui sont ces faisceaux qui sifflent sur vos têtes ?

Pour qui sont ces faisceaux qui sifflent sur vos têtes ?

" Voici une livraison d’Antipresse, que je vous invite à suivre et à soutenir, la presse de courant dominant (“mainstream” en globish) ne remplissant plus son rôle, même quand c’est à la portée d’un enfant de huit ans.

Je complèterai juste cet article par une petite réserve : contrairement à Slobodan Despot, je n’écrirais pas que le Système “s’allie naturellement avec l’Islam”, mais au contraire qu’il tente de le détruire de l’intérieur par la création de toutes pièces d’hérésies totalitaires et sanguinaires. Et ceci particulièrement depuis une mise en scène spectaculaire à laquelle Slobodan Despot fait naturellement référence, puisqu’elle est la mère de toutes les manipulations du vingt-et-unième siècle jusqu’à aujourd’hui : le 11-Septembre, celui qui tend à faire oublier l’autre. "

 

François Roby

 

 


 

«La propagande sert davantage à nous justifier nous-mêmes qu’à convaincre les autres; plus nous avons de raisons de nous sentir coupables, et plus fervente sera notre propagande.»

(Eric Hoffer, The True Believer: Thoughts on the Nature of Mass Movements)

 

Dans Le Maître et Marguerite, le chef-d’œuvre de Mikhaïl Boulgakov, le Diable apparaît en personne sous la cape du magicien Woland. Le Diable est joueur: il s’amuse à tester la vanité et la crédulité des hommes. Et il sait qu’il n’est d’humains plus crédules que les incrédules de métier. C’est ainsi que son premier interlocuteur, Berlioz, vedette littéraire du Moscou soviétique et athée militant, finira décapité par un tramway, exactement comme le magicien le lui a prédit. Ah! S’il avait un seul instant pris au sérieux l’existence du Tentateur qui venait, justement, de lui offrir une cigarette…

 

Des blagues à ne pas faire en société

 

«Qu’est-ce que le Système?» me demandent sans cesse les idiots utiles du Système.

(Tweet, 5.2.2017)

 

Nous sommes témoins d’une plaisanterie semblable lorsque nous parlons du «Système». Il m’arrive ainsi de lancer des aphorismes à ce sujet dont les échos sont connus d’avance: «Complotiste!», me répliquent aussitôt des sceptiques venus de divers horizons culturels et politiques, mais qui ont généralement en commun un binôme de caractéristiques paradoxal: d’un côté, la foi dans le rationalisme et le «fact-checking», et de l’autre des convictions morales et politiques d’une naïveté extrême. Ils s’attribuent à la fois une haute capacité de discernement, une mission de «vigilance citoyenne» et une position critique vis-à-vis du pouvoir. Dans le langage ras-du-sol des services, ce sont de parfaits idiots utiles.

 

L’idiot utile est celui qui croit qu’il ne croit pas ce qu’il croit, mais qu’il le sait. Que sa subjectivité n’y est pour rien. Que sa connaissance ne lui vient pas par un quelconque canal d’influence ou d’endoctrinement, mais de la vérité des choses elle-même. Sans filtre. Sans intermédiaire. Sans diable ni système.

 

Le Système, selon eux, n’existe pas. Ou, s’il existe, il n’a ni malice ni intention particulière. Il fait partie du paysage comme le climat ou la course des astres et obéit aux décrets des institutions comme la charrue au laboureur. Ce qui existe, pour cette catégorie d’esprits, c’est l’«Antisystème», à savoir tous ces milieux étranges et «sulfureux» qui, sous couvert de «résistance» contre un spectre de leur invention, complotent pour renverser la démocratie. Quelquefois, souvent même, ces innocents décrètent que le Système, c’est justement ça: l’Antisystème. Tout comme les étiquettes, les causes et les effets s’intervertissent facilement. Pour que l’«Antisystème» soit moralement condamnable, pour qu’on puisse le censurer et le liquider sans états d’âme, il est nécessaire que sa cause soit une illusion. Mais entre ces deux termes, lequel découle de l’autre? La nécessité de bâillonner l’opposition à cause de ses mensonges, ou la nécessité de prouver que ses vues sont des mensonges afin de la bâillonner?

 

C’est celui qui dit qui est!

 

Les comploteurs dénoncent les complotistes. Quoi de plus normal?

(Tweet, 31.1.2017)

 

Et de même: où se situe le crime de complot, si complot il y a? La divulgation massive, par WikiLeaks, des e-mails de Mme Clinton et de son entourage montre que la direction du parti Démocrate avait été accaparée par des gens qui, littéralement, passaient leur temps à comploter en coulisses: contre la Libye, pour la destruction de l’enseignement et de la conscience civique, pour les intérêts du complexe militaro-industriel, et j’en passe. Le déchaînement même du milieu médiatico-politique face à cette divulgation montre que les tractations secrètes avec des agents d’influence sans investiture démocratique sont un mode de gouvernement admis et protégé. Ainsi le complot a-t-il été attesté comme une réalité indiscutable et omniprésente par ses protagonistes et défenseurs mêmes! Mais par un extraordinaire renversement rhétorique, le crime de complot a été rejeté sur ceux qui, justement, le dévoilaient au grand jour — ainsi que sur leurs hypothétiques alliés russes (car le mot «russe» est un utile déclencheur réflexe qui associe immédiatement à l’espionnage, à la propagande et à la désinformation). En effet, le seul moyen de berner le public et de détourner son attention du complot indiscutable qu’il avait sous les yeux était de pointer du doigt un complot bien plus menaçant, d’autant plus menaçant qu’on ne pouvait en montrer qu’une ombre: celui liant Poutine à Trump via Julian Assange!

 

Et voici donc les comploteurs devenus complotistes à leur tour en dénonçant le complot des complotistes visant à faire éclater leur propre complot!

 

On pourrait étendre ce jeu de miroirs à l’infini. Ce qu’il reflète fondamentalement est très simple et vieux comme le monde: les rapports de force entre l’ordre établi et l’opposition, entre le discours du pouvoir et sa contestation. Selon que vous serez puissant ou misérable,/Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir, résumait sobrement La Fontaine dans «Les Animaux malades de la peste». OU Blaise Pascal, dans ses Provinciales, s’adressant à ses adversaires jésuites d’une mauvaise foi criante: «Vous êtes quatre-vingt docteurs, mes bons Pères, et je suis seul. Vous avez forcément raison!» (Je cite de mémoire.)

 

Voilà donc le billard à mille bandes réduit à un vulgaire jeu de quilles: celui qui tient en main la grosse boule est en position de faucher les autres, un point c’est tout. Or, quoi qu’il arrive, la main qui tient la boule est celle du Système. Les quilles peuvent être blanches, jaunes, vertes ou rouges, elles peuvent être «de gauche» ou «de droite», mais le choix à l’échelon des existences se ramène à cela: il y a ceux qui lancent la boule et ceux qui attendent d’être fauchés ou épargnés par le projectile.

 

Pourquoi tous ces faisceaux?

 

«Une intelligentsia dominante, que ce soit en Europe, en Asie ou en Afrique, traite les masses comme une matière première qu’on peut soumettre à expérimentation, manipuler et gaspiller à volonté.»

(Eric Hoffer, The Temper of Our Time, 1967)

 

Le mot système vient du verbe grec systeô, qui signifie attacher ensemble, entrelacer. En politique, le système est souvent représenté par des faisceaux: les convergences d’énergies tenues ensemble par le pouvoir central. On pense machinalement à Rome ou au fascisme italien. On oublie que ces mêmes faisceaux sont aussi sur les armoiries de la présidence française (voir l'illustration de ce billet -logo de la présidence-). Le Système, c’est le fascisme absolu, l’ordre en soi, tel qu’il se maintient et se perpétue, abstraction faite de l’idéologie et des justifications qu’il se donne. Il prend de plus en plus d’autonomie à mesure que la société humaine se technicise et se complexifie, en cela même qu’il exclut les impondérables du facteur humain tels que le libre arbitre, le bon vouloir, la vindicte ou la clémence.

 

La meilleure définition du mot tel qu’il nous intéresse ici a été donnée par Pontus de Thyard au XVIe siècle: «Ensemble dont les parties sont coordonnées par une loi». La loi est au centre. Le Système règne quand aucune volonté humaine, aucune loi morale ne peut se hisser publiquement au-dessus de la loi écrite. Sur le plan officieux, il en va tout autrement: plus la loi publique est rigoureuse, et plus les dérogations octroyées aux satrapes sont généreuses. Plus le commun est jugulé, et plus la nomenklatura s’auto-absout. Il suffit d’observer la classe politique pour s’en convaincre.

 

Encore faut-il que ce que nos yeux voient puisse — ose — remonter jusqu’au cerveau et que celui-ci en tire des conclusions. C’est une étape que le Système s’emploie à désactiver en criblant de tabous le discours public avec l’aide cruciale du dispositif de l’instruction et des médias. Il aura fallu un dressage rigoureux pour enseigner aux consciences contemporaines à craindre l’invocation même du «Système» et à censurer ceux qui en parlent. La crédulité est l’un des éléments clefs de ce dressage. On apprend à admettre n’importe quelle affirmation, pourvu qu’elle vienne d’une source autorisée. Par exemple, qu’une simple grippe saisonnière est une menace pour l’humanité ou qu’un avion de ligne détourné par des pilotes amateurs peut faire crouler un gratte-ciel sans même le toucher. Cette crédulité implique à la fois de l’ignorance (en matière scientifique et logique) et de l’obéissance. Ce qui, à l’aube de la conscience éclairée, était considéré comme des tares à déraciner est devenu aujourd’hui des vertus «démocratiques» que les ingénieurs sociaux entretiennent.

 

«Nous avons tous été assez satisfaits de dégrader le gouvernement, de laisser tomber le civisme et en général de conspirer à produire des citoyens ignares et obéissants» écrivait ainsi en mars dernier Bill Ivey, le «monsieur Culture» de Bill Clinton, à John Podesta, le chef de campagne de Mme Clinton. Ces agents d’influence étaient encore, en mars 2016, ceux qui tenaient la boule du jeu de quilles. Ils étaient au cœur du système, si certains de leur domination qu’ils se permettaient des aveux écrits qu’une personne avisée hésiterait à livrer même à l’oreille d’un ami. Ils ne pouvaient imaginer que, huit mois plus tard, ils se retrouveraient à la place des quilles.

 

Ils n’y sont pas du reste, le Système ayant engagé une guerre totale contre ce président indésiré que les médias ne nomment jamais «l’homme le plus puissant du monde» ainsi qu’ils le faisaient avec tous ses prédécesseurs.

 

Le Système est impersonnel, même s’il a un ample personnel à son service et même s’il confère à l’élite de ce personnel des pouvoirs dont les rois et les tyrans de jadis ne disposaient pas. L’erreur de ceux qui le contestent (et la technique de ceux qui veulent en détourner l’attention) est de le personnaliser: de réduire des lois générales et des mécanismes à des individus et à des traits de personnalité. Les gouvernements combattus par le Système sont systématiquement réduits à des régimes, et les régimes eux-mêmes à la seule figure de leur chef (Kadhafi, Saddam, Assad, Poutine…); cependant que les «Antisystème» s’acharnent à identifier derrière le mécanisme des «tireurs de ficelles» dont l’existence ou non n’a aucune importance.

 

Lorsque l’action personnelle commence à compter réellement, c’est qu’on se trouve dans un système de pouvoir individualisé et donc, déjà, en marge du Système. La personnalité de l’ivrogne Juncker n’a pas plus de poids dans l’Union soviétique européenne que celle de l’ivrogne Eltsine n’en avait dans l’URSS finissante, deux systèmes inhumains en fin de course. L’opposition sourde et poltronne du pauvre Obama aux agissements de son propre appareil n’a en rien freiné l’emballement général. Mais le fait même que la personnalité de Vladimir Poutine infléchisse le cours de son histoire montre que la Russie est sortie, en partie, de l’orbite du Système.

 

Une autre erreur courante consiste à prêter au Système une idéologie. Le Système n’a pas d’idéologie: il se sert en opportuniste de celle qui, à un moment donné, le plus à même de consolider et d’étendre son empire. Il optera naturellement de préférence pour des idéologies collectivistes, globalistes et légiférantes. Le Système est en soi un appareil de soumission. Il exige de chaque individu, à tous les échelons, une soumission plus ou moins étendue et accorde en échange la protection, la sécurité et des privilèges. D’où son alliance naturelle avec l’Islam, qui est la Soumission, si l’on peut dire, à l’état natif. D’un côté comme de l’autre, la Loi balaie les particularités humaines, les raisons individuelles et surtout ces «lois non écrites» d’Antigone qui, à travers les siècles, ont toujours dissuadé notre propre civilisation de se transformer en un mécanisme totalitaire.

 

L’humain contre l’androïde

 

Ne jamais nommer le Système: c’est le meilleur service à lui rendre. Persée ne pouvait croiser le regard de Méduse.

(Tweet, 10.12.2015)

 

Or ce que nous observons aujourd’hui dans nos aires est un bouleversement tectonique. L’évolution tranquille du Système vers ce mécanisme parfait via le perfectionnement technique couplé à la régression de l’humain a été bouleversée par une série d’événements politiques, mais aussi de prises de conscience psychologiques. Aux États-Unis, pour parler schématiquement, un outsider a réussi à prendre à revers le Système. Certes, M. Trump était une «huile» de premier plan de l’oligarchie américaine, mais le Système n’est pas réductible à l’oligarchie. Dans le cadre du Système, un juge vénal ou un journaliste illettré a la faculté de faire trébucher l’oligarque le plus puissant pour peu que son action serve le Système. Et non seulement Trump a-t-il réussi à enlever la présidence des États-Unis, mais encore s’emploie-t-il, depuis le premier jour de son mandat, à faire passer en force toute une série de mesures aussi perpendiculaires à la marche du Système que les bâtons qu’on met dans une roue.

 

Pour le dire encore plus schématiquement: l’administration Trump, comme l’État de Poutine, comme nombre d’autres insurrections décriées comme «populistes», s’emploie à enrayer la stratégie du Système dans son cœur même, laquelle consiste à abattre toutes les frontières établies par des communautés humaines conscientes (et donc des souverainetés volontaires) pour les remplacer par de nouveaux cloisonnements hermétiques dont lui seul, le Système, aurait les clefs: systèmes de sécurité et de contrôle total, omnisurveillance, dématérialisation documentaire et monétaire, puçage et traçage. Ce n’est pas un hasard si les milliardaires de la Silicon Valley — qui sont pourtant de sa classe sociale — montent en première ligne contre le nouveau président américain, aux côtés des patrons des médias de masse et des vedettes du show-biz, principaux organisateurs du décervelage et de la régression de masse.

 

L’enjeu de la lutte qui se développe aujourd’hui sous nos yeux dépasse les visions et la mission de tous les gouvernants de ce siècle et du précédent. Cette lutte est l’aboutissement d’une longue évolution de la civilisation européenne, qui a mis entre les mains de l’humanité les outils de sa libération en même temps que ceux de son anéantissement. L’enjeu est le choix entre une société encore calquée sur des destinées humaines ou une «entité» gérée par un Système anonyme épaulé par la mince élite gérant l’ensemble des banques et des médias et les prêtres informatiques de la post-humanité.

 

Coda

 

En ouverture de son ouvrage posthume (inédit en français), La fourmilière globale, Alexandre Zinoviev proposait au tournant du XXIe siècle une «fiction» terrifiante, qui pourtant paraît presque banale aujourd’hui:

 

«Notre XXe siècle aura peut-être été le siècle le plus dramatique de toute l’histoire humaine du point de vue de la destinée des gens et des nations, des idées, des systèmes sociaux et des civilisations. Mais, toutes ces choses étant posées, ce fut aussi un siècle de passion et d’aventure: siècle d’espoirs et de désespoirs, d’illusions et de visions, d’avancées et de déceptions, de joies et de malheurs, d’amour et de haine… Ç’aura été, peut-être, le dernier siècle humain. A sa suite se profile une masse de siècles d’histoire suprahumaine ou posthumaine, une histoire sans espoirs ni désespoirs, sans illusions ni visions, sans avancées ni déceptions, sans joies ni chagrins, sans amour ni haine…»

 

Bref, nous voici aux portes d’une masse de siècles où le Système aura éradiqué l’Homme. Ou pas?

 

Slobodan Despot

 

Source : http://aitia.fr/erd/author/erdadmin/

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 13:05
L’imposture des élections dites démocratiques en France

Tabou énorme en France, la réalité des élections « démocratiques » n’est pas évoquée dans les médias français pour des raisons politiques évidentes qui mettraient en danger la légitimité du type de gouvernement que nous avons en France et de grands pans de la propagande d’état.

 

Malgré les renforts de campagnes « publicitaires » pour valoriser l’acte du vote et les élections en France, l’état réel de notre système fait peine à voir et explique bien les raisons d’une abstention galopante, faisant des abstentionnistes, le premier et le plus puissant parti de France.

 

Cette désaffection s’explique en partie par une grande lassitude mais aussi par la connaissance d’une part de nos compatriotes de ce que sont nos élections dans notre pays. Retour sur l’imposture électorale française.

 

Un pays, deux partis.

 

Pour des raisons de contrôle et de main mise sur le pouvoir, c’est sous le Président Mitterrand que la proportionnelle fut écartée en France (1988), ouvrant une longue période de domination politique des assemblées, pouvoir jalousement partagée jusqu’à présent par les deux partis que sont le Parti Socialiste et celui des Républicains.

 

Pesant avec parfois moins de 40 % de l’électorat, un poids supérieur à 80 %, à l’Assemblée et au Sénat, les élections législatives sont donc constamment biaisées et le système permet aussi de maintenir sous l’eau la plupart des formes d’opposition, malgré l’apparition d’une troisième force, en la personne du FN.

 

Cette proportionnelle a fait l’objet de nombreux commentaires notamment en arguant du fait dans les médias qu’elle serait favorable justement au Front National, en oubliant évidemment de parler de la censure factuelle finalement de tous les autres partis politiques (sous représentés ou même éliminés de la vie politique pour environ 40 % d’entre eux).

 

Ceux qui ne peuvent atteindre une force suffisante sont dès lors contraints à des alliances douteuses, ou des rassemblements éphémères et compliqués, comme ce fut souvent le cas à gauche avec les partis écologistes ou encore la naissance bancale d’un Front de Gauche, pot-pourri de la véritable gauche désormais contenue et réduite à la marginalité.

 

Par ce seul fait, notamment par la présence d’un second tour, les alliances de circonstances des deux partis dominants permettent également d’éliminer tous les candidats indésirables dans les assemblées, et bien sûr à la présidence (permettant également népotisme et favoritisme).

 

Cet état de fait, depuis le choc 2002 de la présence de Jean-Marie Le Pen, finalement bon allié du système, a permis de forcer la main à nombre d’électeurs en glissant le concept de « vote utile ». En Union Européenne, « le paradis de la démocratie », seuls huit pays pratiquent la proportionnelle sur 28 membres… (Pays-Bas, Danemark, Suède, Norvège, Italie et Pologne, Belgique et Luxembourg)

 

L’élection spectacle… de foire.

 

Le pouvoir ainsi dévolu à deux partis dont les idées et la politique sont à peu de choses près, la même, défend donc ardemment son monopole, notamment en ayant inventé l’élection spectacle, sorte de rite républicain désormais fixé par un rendez-vous majeur tous les cinq ans.

 

Depuis quelques tours d’élections, nous observons une montée en puissance du concept américain de l’élection, un spectacle rythmé par des standards faisant croire à la richesse d’une vie politique, qui de fait n’existe pas. Le gouvernement socialiste s’est attaqué lui-même à la réduction de cette vie, en réduisant le temps obligatoire de parité dans les médias publics, pour atténuer encore la visibilité des « petits candidats ».

 

Cette loi scandaleuse n’a pas fait couler beaucoup d’encre, en particulier celle comptée des journalistes. L’apparition des primaires, toujours à l’initiative des Socialistes, aux élections de 2012, reprises par les Républicains pour 2017, montre bien la dégradation et le glissement de la tradition électorale française vers un modèle américain. Dès lors, les partis en question contrôlent les débats, refusent souvent de participer à des passes d’armes avec « les petits candidats », réduits aux miettes du système.

 

Ce spectacle de cirque n’est pas gratuit, les primaires permettent d’une manière finalement illégale, un financement massif pour un unique parti de l’opposition, financement faisant appel à la bourse de quantités de citoyens pour verser une obole dans la caisse d’un seul parti, lui-même richement doté par les aides d’Etat.

 

Pourtant cette évolution est saluée partout comme « un progrès », qui n’amène en fait que des électeurs « moutons », à verser eux-mêmes de l’argent pour être au final tondus plus sûrement par ceux qu’ils auront ainsi généreusement aidés. Si la loi interdit le financement privé de partis à concurrence de 7 500 euros par personne, elle n’avait pas prévu ce drôle de contournement, permettant de faire un racolage à l’échelle nationale, pour des sommes atteignant quelques millions.

 

L’argent, nerf de la guerre… et du pouvoir

 

Pour contrôler mieux encore et condamner l’accès à la pluralité démocratique, la fin de la proportionnelle a permis aussi la main mise sur l’essentiel des aides de l’état prévues pour le financement des partis politiques. Le système est d’ailleurs quasi inconnu des Français, il fonctionne ainsi : deux fractions de financement à l’année, qui sont calculées pour la première sur les résultats aux élections législatives, la seconde sur la représentation des partis et groupes au Parlement français.

 

En 2015 (et chaque année depuis 2012), avec environ 15 millions d’électeurs (sur 43), Parti Socialiste et Républicains touchaient 16 millions d’euros par an, contre 11 millions distribués à six partis (FN, EELV, PC, Union des radicaux, Parti radical de gauche, Nouveau Centre), comptabilisant 7,8 millions d’électeurs, au titre de la première fraction d’aides.

 

Toujours en 2015, par le subterfuge de la proportionnelle, Parti Socialiste et Républicains touchaient 27 millions d’euros (pour 286 et 195 députés), contre 5,5 millions d’euros pour toutes les autres formations politiques présentes à l’Assemblée, pour un nombre ridicule de 70 députés pour six formations politiques (Union des radicaux, EELV, Parti radical de gauche, PC, Nouveau Centre, Debout la France).

 

Pour un total de 43 millions d’euros, via la galipette de la proportionnelle, les deux partis dominants avec des résultats électoraux réels ne dépassant pas les 34 % des électeurs, remportent 87 % des sièges de l’Assemblée nationale, et 72 % des aides financières de l’Etat pour remplir leur caisse.

 

Ce simple constant rend tout à fait ridicule le fait de dire que la France est un régime démocratique. Liberté Égalité Fraternité, cette devise de la République est ici foulée aux pieds à l’envie.

 

Si vous n’êtes pas d’accord… votez blanc !

 

C’est ici l’argument massue et totalitaire qui vous sera répondu en cas de « déviance politique », en oubliant de vous dire que la France ne comptabilise pas les votes blancs dans les résultats. Voter blanc revient donc selon l’expression populaire à « pisser dans un violon ».

 

La comptabilisation des votes blancs serait en effet une vraie révolution, permettant d’ajouter au système électoral français, enfin un peu de liberté. Elle permettrait en effet aux Français d’exprimer réellement leur désaccord et de poser les bases d’une invalidation d’élections qui conduirait immanquablement à la rédaction d’une nouvelle constitution pour la France.

 

À noter que seuls deux pays dans la terre de liberté de l’Union Européenne comptabilisent les votes blancs, l’Espagne et les Pays-Bas. Ce dernier pays, présent dans la liste de ceux pratiquant la proportionnelle, serait donc le seul vrai pays démocrate européen, selon les systèmes politiques que nous avons inventés jusqu’à présent dans l’histoire de l’Humanité (à noter que selon le classement de la liberté de la Presse dans le Monde, en 2016, les Pays-Bas sont 2e derrière la Finlande).

 

Un pays, 28 membres, et la France continue de donner des leçons internationales à chaque occasion. Vous vous trouvez Mesdames et Messieurs face à la dure et triste réalité des élections en France, le grand théâtre de Guignol.

 

Edouard D. pour l’agence DONi Press

 

source: https://dnipress.com/fr/posts/limposture-des-elections-dites-democratiques-en-france/

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 12:27

La Victoire de Donald Trump est la deuxième étape du mouvement irréversible du changement qui s'opère en occident, la première étape ayant été réalisée par le BREXIT, cela signifie clairement la prise de conscience des classes moyennes de leur appauvrissement, et l'échec de la mondialisation financiarisée, ainsi que la fin inéluctable de l'Union Européenne.

 

Sans réaction de la part de monsieur Jean-Luc Mélenchon la troisième étape risque fort d'être remportée par madame Marine Le Pen, car elle tient aujourd'hui la place de "tribun du peuple" qui la positionne dans le droit fil du mouvement actuel.

 

Cronos

 

 

 

Victoire de Trump : un échec de la mondialisation financiarisée par Romaric Godin

 

Le succès de Donald Trump est le reflet d'une crise de la mondialisation. (Crédits : CARLO ALLEGRI)

Le succès de Donald Trump est le reflet d'une crise de la mondialisation. (Crédits : CARLO ALLEGRI)

Comme dans le cas du Brexit, ce sont les populations des régions désindustrialisées qui ont fait basculer l'élection présidentielle étasunienne.

Quatre mois et demi après le vote en faveur du Brexit, ce que les observateurs jugeaient largement « improbable » s'est encore produit. Donald Trump, milliardaire fantasque, ouvertement xénophobe et isolationniste, sera le prochain président des Etats-Unis d'Amérique et, partant, « l'homme le plus puissant du monde ». Comment en est-on arrivé là ? La réponse à cette question que le monde entier va se poser est en grande partie économique. Les victoires du Brexit et de Trump sont le produit à la fois d'un lent phénomène à l'œuvre depuis trois décennies, la mondialisation financière, et de sa crise, débutée en 2007.

Le succès de Donald Trump s'est appuyé sur un double mouvement : il a convaincu une grande partie de la classe moyenne dans des Etats où elle domine comme la Floride, mais aussi les populations des régions désindustrialisées de la Rust Belt de Pennsylvanie, du Michigan, de l'Ohio et du Wisconsin. En gagnant ces Etats qui étaient tombés aux mains des Démocrates en 2012, le milliardaire a fait pencher la balance de son côté. Le phénomène est exactement le même que le 23 juin au Royaume-Uni où le vote avait basculé en raison du vote des régions désindustrialisées du nord de l'Angleterre et du Pays de Galles. Or, ce mouvement peut s'expliquer par un échec d'une mondialisation couplée à une financiarisation avancée.

La « mondialisation heureuse »...

La mondialisation qui a débuté au milieu des années 1990 est le fruit de la financiarisation entamée dans les années 1980. Lorsque les entreprises se sont retrouvées face à des actionnaires - souvent des fonds financiers - ayant des objectifs de rendements élevés, elles ont maximisé leurs bénéfices par une relocalisation de leur production dans les pays à bas coût, provoquant une désindustrialisation des pays développés. Ce phénomène a longtemps été compensé par une croissance des profits qui étaient alors réinvestis dans les marchés financiers. Ceci a permis de construire l'idée qu'il y avait une « mondialisation heureuse » pour les citoyens des pays développés qui gagnaient bien davantage d'un côté ce qu'ils perdaient de l'autre. Et, effectivement, dans les années 2000, le phénomène a bien fonctionné. Mais il a fonctionné sur du sable : le crédit et des bulles financières.

... et sa crise

En 2007, avec la crise des subprimes, ce mythe est tombé. Le monde de la finance a explosé, prouvant que l'un des éléments clés du nouveau système économique mondial ne pouvait plus fonctionner. Et dès lors, c'est tout le système qui s'est grippé, parce que les effets négatifs de la mondialisation n'ont progressivement plus pu être compensés et dissimulés. La crise des pays émergents à partir de 2012 a rendu le moteur de cette mondialisation inopérant. Certes, encore une fois, le crédit, par une politique ultra-expansionniste des banques centrales, a pu permettre le retour à la croissance, notamment aux Etats-Unis, mais cette croissance est désormais impuissante à réduire la colère, le mécontentement et la peur d'une grande partie de la population.

La mondialisation financière a en effet, en accroissant la division du travail au niveau mondial, désertifié des régions entières sans proposer d'alternatives. Lorsqu'une usine ferme dans le Michigan, rien ne la remplace réellement. L'argent gagné par cette délocalisation est réinvesti dans les centres financiers et profite à ces zones, mais nullement aux « victimes » de la désindustrialisation. Or, en traitant la crise de 2007-2008 comme une crise financière pure, en évitant de réfléchir à de nouveaux modèles économiques en cherchant avant tout à « revenir en arrière », les dirigeants étasuniens, comme européens, ont amplifié le phénomène. Le retour de la croissance n'a pas seulement été plus faible (la croissance potentielle des Etats-Unis a été divisée par deux), elle est aussi toujours aussi mal répartie, sur le plan social, mais aussi géographique.

Sentiment de déclassement

Les gains de la croissance - désormais plus faibles - continuent à irriguer un système financier qui ne voit guère de raison d'aller investir dans l'économie réelle, encore moins dans celles des régions les plus touchées par la désindustrialisation. A quoi bon chercher à améliorer la productivité lorsqu'il est possible de produire à bas coût en Asie et de disposer d'une main d'œuvre bon marché dans les pays développés ? La mondialisation financière a conduit à un recul général de l'investissement public et privé et c'est aussi une des clés du Brexit et de la victoire de Donald Trump. Les populations touchées par la désindustrialisation ont alors été contraintes soit de sortir du marché du travail, soit d'accepter des emplois dans les services, souvent précaires, mal rémunérés et à temps partiel. Le phénomène « d'ubérisation » a encore accéléré le phénomène en créant des emplois sans investissement dans le potentiel productif. Aux Etats-Unis, la participation au marché du travail est au niveau de 1977 et le nombre de travailleurs à temps partiel « subi » est de 5,5 millions de personnes. C'est le revers de la « destruction créatrice » schumpétérienne chère aux défenseurs de la mondialisation. Ces derniers ont oublié que ce que créait leur destruction était une immense insécurité et un immense sentiment de déclassement. Ce dernier sentiment s'est naturellement répandu dans une grande part de la classe moyenne pour qui la paupérisation est évidemment le cauchemar absolu. Le retour à la croissance aux Etats-Unis n'est alors pas seulement insuffisant, il est inopérant pour comprendre le comportement électoral des populations.

Effets de la crise de 2007

Rien d'étonnant alors à ce que les populations de la Rust Belt ou de la Floride aient cherché la rupture avec cette logique de « mondialisation heureuse ». Rien d'étonnant à ce que ces populations aient rejeté une Hillary Clinton beaucoup trop identifiée avec cette mondialisation financière. Rien d'étonnant non plus à ce que les discours d'un riche aventurier aient séduit des Etasuniens confrontés au risque de la paupérisation. En proclamant vouloir « rendre l'Amérique à nouveau grande », Donald Trump a fait écho à ce sentiment de déclassement des populations étasuniennes. Les victoires des discours nationalistes et protectionnistes sont avant tout le reflet de l'échec social de cette mondialisation qui a fragilisé des pans entiers de la population tout en minimisant en permanence la réalité de cette fragilisation. C'est le fruit d'une crise économique débuté en 2007 dont les dirigeants du monde entier n'ont pas encore réellement mesuré l'ampleur, ni la vraie nature. Les peuples se chargent de leur rappeler.

Ce qui se passe en 2016 nous rappelle que les effets des crises financières et économiques sont plus durables et plus profondes qu'on ne le croit habituellement. Celle qui a débuté à l'été 2007 a désormais des effets politiques concrets. Les deux pays qui, dans les années 1980, avaient mené la « révolution conservatrice » qui avait conduit à la mondialisation financière viennent de fermer cette page de leur histoire suite à la crise de ce même mouvement. Un nouveau système économique mondial est en construction et sa construction sera nécessairement pénible. On n'en est ici que dans la phase « négative » de destruction de l'ancien système. C'est évidemment la phase la plus risquée. En réalité, aucun pays du monde développé n'est à l'abri parce que ce phénomène est présent partout. Et l'Europe ne fait évidemment pas exception, loin de là.

En finir avec les mythes de la mondialisation

On peut se lamenter sans cesse de chaque « victoire du populisme ». Mais on peut aussi tenter de comprendre ces victoires et les logiques qui président aux choix d'électeurs qui sont souvent moins « irrationnels » qu'on veut bien le croire. La défaite des « élites » est aussi le signe que ces élites ne perçoivent pas les enjeux actuels. Continuer à présenter le libre-échangisme comme la solution miracle, défendre à tout prix la « destruction créatrice », refuser toute politique industrielle fondée sur un équilibre territorial, prôner des « réformes structurelles » qui accélèrent le phénomène de la baisse de la productivité, défendre un système financier qui est une des sources des maux de l'économie contemporaine : tout ceci ne peut conduire, au final, qu'à donner sa chance à des opportunistes qui, en plaçant le « bon » discours, parviennent à cristalliser à leur profit les mécontentements légitimes. La victoire de Donald Trump est un appel à en finir avec certains mythes. C'est un appel à revenir à des politiques plus proches des inquiétudes du monde. Si les politiques européens ne l'entendent pas, d'autres Brexit et d'autres Trump sont inévitables.

Source : La Tribune, Romaric Godin, 09/11/2016

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 18:14
Le secrétaire d'état à la défense des USA, Ashton Carter.

Le secrétaire d'état à la défense des USA, Ashton Carter.

Les Etats-Unis s’avèrent être un pays à têtes multiples, mais jamais encore ces têtes ne s’étaient montrées de manière aussi flagrante. Nous assistons dans l’instant à une véritable guerre intérieure entre le Pentagone et l'administration O'bama. Les militaires US viennent de faire un vrai bras d'honneur au gouvernement étasuniens en bombardant l'armée arabe syrienne dans le but d'aider leurs mercenaires que sont les terrosistes d'Al-Qaïda.

Jusqu'où cela ira-t-il ?

 

***

 

Pendant que Washington et Moscou convenaient mercredi de prolonger un accord de cessez-le-feu durant encore 48 heures, les déclarations des huiles civiles et en uniforme du Pentagone ont soulevé des questions sérieuses quant à savoir si les haut-gradés de l’armée américaine sont prêts à se conformer à l’accord.

 

Derrière ces divisions il y a non seulement des préférences tactiques divergentes pour la poursuite des intérêts impérialistes américains en Syrie, mais aussi des questions beaucoup plus graves au sujet des tensions militaires croissantes entre les États-Unis et la Russie elle-même.

 

L’accord de trêve, qui est entré en vigueur lundi, fut négocié entre le ministre américain des affaires étrangères John Kerry et le russe Sergueï Lavrov lors de pourparlers prolongés à Genève à la fin de la semaine dernière. Il appelle à un cessez-le-feu de sept jours, à être renouvelé toutes les 48 heures dans la mesure où il y a une cessation des violences.

 

Après cela, les forces américaines et russes commenceraient à coordonner leurs opérations en Syrie, mettant en place un « centre conjoint de mise en œuvre » et le partage des renseignements de ciblage pour les frappes contre à la fois l’État islamique (ÉI) et le Front al-Nusra, affilié d’Al-Qaïda en Syrie, qui s’est récemment rebaptisé Jabhat Fatah al-Sham, ou Front pour la Conquête de la Syrie.

 

L’accord a ravivé les vives tensions au sein du gouvernement Obama au sujet de la guerre par procuration de l’impérialisme américain pour le changement de régime en Syrie. Ces divisions ont violemment fait surface précédemment sur le fait que le président Barack Obama n’a pas utilisé une plus grande puissance militaire pour faire respecter sa demande que le président Bachar al-Assad quitte le pouvoir et, en particulier, en septembre 2013, après que les États-Unis ont reculé après leur menace de mener un assaut « Shock-and-awe » (choc et effroi) sur Damas avec comme prétexte la fausse accusation selon laquelle le gouvernement Assad aurait utilisé des armes chimiques contre des civils. Washington préféra accepter un accord négocié par la Russie pour le désarmement chimique de la Syrie.

 

Plus récemment, quelques 50 fonctionnaires du ministère des affaires étrangères ont émis une note de dissidence interne en juin, demandant que les États-Unis lancent des frappes aériennes contre le gouvernement syrien, prétendument comme moyen de mettre un terme à l’effusion de sang des cinq ans de guerre que Washington lui-même a provoqués pour obtenir un changement de régime.

 

Les désaccords actuels sont beaucoup plus inquiétants, cependant, opposant les commandants militaires d’active américains à la politique du gouvernement, ce qui pose implicitement un défi au principe constitutionnel du contrôle civil de l’armée.

 

Selon un rapport publié mercredi dans le New York Times, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a été le premier à exprimer l’opposition de l’armée la semaine dernière lors d’une conférence téléphonique dans laquelle Kerry préconisait l’acceptation de l’accord avec la Russie. Kerry « est devenu de plus en plus frustré » au fur et mesure que le débat se prolongeait pendant des heures avant qu’Obama ait finalement approuvé l’accord, a rapporté le Times.

 

Même après que l’administration a décidé de cette politique, les commandants supérieurs en uniforme ont ouvertement exprimé des réserves, sinon une opposition catégorique.

 

Interrogé dans une téléconférence de presse si les militaires se conformeraient aux termes de l’accord et partageraient des renseignements avec les Russes après la fin de la trêve de sept jours, le lieutenant général Jeffrey Harrigian, le commandant du Commandement central des forces aériennes des États-Unis, qui dirige la campagne de bombardements en Irak et en Syrie, a répondu : « Je pense que… il serait prématuré de dire que nous allons sauter en plein dedans. Et je ne dis pas oui ou non. La décision de l’armée va dépendre de ce que le plan sera finalement », a-t-il indiqué.

 

Harrigian a dit des Russes, « Je ne vais pas dire que je leur fais confiance ».

 

Cette position a été soutenue par le général Philip Breedlove, qui a quitté le poste de Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en mars dernier seulement. « Je reste sceptique sur quoi que ce soit à voir avec les Russes », a-t-il déclaré au Times dans un entretien. « Il y a beaucoup de préoccupations au sujet de ce que nous ferons là où nos gens se trouvent ».

 

Par « nos gens », Breedlove faisait apparemment référence aux diverses milices islamistes que Washington, en collaboration avec ses alliés régionaux, l’Arabie Saoudite, la Turquie et le Qatar, a payées et armées. L’une des principales pierres d’achoppement de l’accord de cessez-le-feu est que les États-Unis sont censés faire en sorte que leurs forces par procuration se séparent des forces d’Al-Qaïda avec lesquelles elles sont alliées et desquelles, dans de nombreux cas, elles sont indiscernables.

 

Le ministère russe des Affaires étrangères a rapporté que dans une conversation téléphonique avec Kerry mercredi, Lavrov a souligné que : « Washington devrait tenir sa promesse d’écarter les groupes de ‘l’opposition modérée’ des groupes de l’ancien Front al Nosra et d’autres qui ont littéralement fusionné avec celui-ci. » Ces forces par procuration ont exprimé leur opposition à une telle séparation et il est loin d’être clair qu’ils puissent survivre sans être intégrés aux milices d’al-Qaïda, qui constituent l’épine dorsale des soi-disant « rebelles ».

 

Ces déclarations ont été suivies mercredi d’un discours prononcé à l’Institut pour l’étude de la guerre à Washington par un général de l’armée, Joseph Votel, le commandant du Commandement central des États-Unis, qui a exprimé des réserves similaires au sujet de l’accord de cessez-le-feu syrien.

 

« Nous devons voir comment cela va se présenter d’abord […] voir la direction que ça va prendre […] si oui ou non cela se matérialisera effectivement, je ne sais pas », a déclaré Votel. Il a ajouté : « Il y a un déficit de confiance avec les Russes. Leurs objectifs ne sont pas clairs pour nous. Ils disent une chose et puis ils ne s’y conforment pas forcement. »

 

Des sentiments similaires ont été exprimés la veille dans un discours prononcé devant le Conseil de l’Atlantique par le sous-secrétaire de la Défense pour le renseignement Marcel Lettre, qui a mutilé la traduction anglaise du proverbe russe répété sans cesse par Ronald Reagan au cours des négociations avec l’Union soviétique dans les années 1980 sur les traités d’armes nucléaires.

 

« Méfiance mais vérification », a déclaré Lettre. « Cela peut s’appliquer un petit peu dans ce cas ». Il a convenu que les « services de renseignement et le ministère de la Défense soutiennent fortement le nouvel accord, » tant que « les étapes se déroulent selon notre façon de voir les choses ».

 

En réponse à ce roulement des tambours d’opposition militaire, Kerry a prononcé une modeste défense de l’accord qu’il a négocié dans un entretien avec la National Public Radio mercredi insistant pour dire qu’Obama soutient l’accord et est prêt à le mettre en œuvre.

 

« Eh bien, le président des États-Unis est prêt et je pense que l’armée sera donc prête », a-t-il dit. « Personne ne demande aux gens d’abroger nos principes, mais il est important pour nous de respecter notre engagement dans l’accord ».

 

Le ministre américain de la défense « pense » que le Pentagone est prêt à se conformer à un accord approuvé par le président américain, tout en soulignant qu’il ne demande pas aux huiles militaires d’« abroger leurs principes. » Les remarques de Kerry expriment les relations réelles au sein de l’appareil d’État américain, l’influence prépondérante de l’immense appareil militaire et de renseignement et sa capacité à exercer de fait un droit de veto sur les responsables civils élus du pays.

 

Si Kerry et les militaires sont à couteaux tirés, c’est lié aux priorités contradictoires dans la poursuite par les États-Unis de leur politique impérialiste à l’échelle mondiale. Le soutien de Kerry et d’autres pour le cessez-le-feu n’est motivé par aucun souci humanitaire pour l’effusion de sang en Syrie, mais par leur désir d’utiliser la collaboration avec la Russie comme un moyen de sauver au moins une partie des forces par procuration qu’ils ont soutenues, lesquelles sont au bord d’une déroute complète aux mains des forces gouvernementales soutenues par la Russie. Ils espèrent pouvoir employer une combinaison de diplomatie et de menaces militaires pour faire pression sur Moscou de sorte qu’il se résigne à quelque chose qui ressemblerait au changement de régime que Washington a recherché avec son intervention sanglante en Syrie au cours des cinq dernières années.

 

Pour leur part, les couches décisives du commandement militaire américain se concentrent de plus en plus sur les préparatifs d’un conflit militaire direct avec la Russie. Des réserves concrètes ont été soulevées quant aux partage des informations permettant de viser des cibles de l’État islamique et du Front al Nosra – en dehors du fait que ce sont les principaux combattants soutenus par les États-Unis pour renverser le régime – car cela pourrait fournir à la Russie des renseignements sur les protocoles militaires des États-Unis que Moscou pourrait utiliser pour se défendre contre des frappes aériennes en Russie ou dans son voisinage proche.

 

Dans des conditions où les États-Unis renforcent leurs forces depuis l’Europe orientale et les anciens États baltes jusqu’à la mer Noire dans un encerclement de la Russie de plus en plus agressif, c’est devenu une préoccupation majeure.

 

L’hystérie anti-russe générée par les médias capitalistes américains – avec en tête le New York Times – au sujet d’une implication supposée du Kremlin dans le piratage du Parti démocrate et d’allégations que Donald Trump serait manipulé par Poutine est entièrement liée à ces préparatifs de guerre.

 

L’émergence de divisions entre l’armée et le gouvernement Obama sur l’accord convenu avec Moscou sur la Syrie constitue un avertissement urgent que le risque de guerres encore plus sanglantes, et même d’une conflagration nucléaire, ne cesse de croître.

 

Bill Van Auken

(Article paru en anglais le 15 septembre 2016)

 

source: http://www.wsws.org/fr/articles/2016/sep2016/pent-s16.shtml

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 17:32
"bisque bisque rage", vladimir est le meilleur !…

Pourquoi Poutine énerve les élites occidentales

 

 

Vladimir Poutine exaspère les élites de l’occident ; mais c’est quoi l’occident, sinon l’horreur économique (Rimbaud) tempérée par la barbarie humanitaire ?

 

L’occident est un terme inexact. On devrait parler d’atlantisme, mot qui évoque un océan incertain et l’Atlantide. En plus c’est un mot dangereux, qui rime avec oxyde, accident et déclenchement de guerres au nom de la morale humanitaire. Le grand auteur socialiste John Hobson, souvent cité par Vladimir Lénine pendant la Guerre impérialiste, avait expliqué, dès les années 1900, que tous les impérialismes coloniaux aimaient se justifier et se reposer sur la pleurnicherie (the sentiments) et le moralisme (the moral factors). On ne faisait pas la guerre pour le pétrole ou le nickel, pour conquérir des marchés (cf. le honteux Break up de la Chine), on faisait la guerre pour répandre des lumières ! Cette naïveté de criminel moraliste reposait non sur l’hypocrisie mais sur l’inconsistance, selon Hobson, qui rappelait prudemment quand même qui était aux commandes derrière ce fatras de violence et de choucroute humanitaire.

 

La prospère et humanitaire oligarchie occidentale se flatte d’être sans préjugés, mais le moins que l’on puisse dire est qu’elle a des œillères. Elle voit des tyrans partout, surtout dès que les chefs politiques ne sont plus tout à fait d’accord avec ses caprices. Erdogan est promu tyran le lendemain qu’il échappe à Washington ; le chef d’Etat philippin devient du jour au lendemain un ennemi de « l’humanité » (formule qui ne fait même pas rire après Hiroshima ou Nagasaki), Porochenko un gros démocrate, avec ses cinq mille morts civiles dans le Donbass, parce qu’il associe le fils Biden, rejeton de l’inexistant vice-président US, à son train de corruption. L’expression attribuée à tel président « c’est un salaud mais c’est notre salaud » s’applique ici parfaitement…

 

Quand on est soumis aux élites occidentales Bilderbergs-Goldman Sachs-Otan-etc… on est un démocrate. Sinon on est un tyran. Ce n’est pas plus difficile que ça !

 

Après on arme l’Allemagne et le Japon et on leur demande, toujours au nom de l’humanité, d’attaquer des pays comme la Chine et la Russie que le nazisme et le mikado ont déjà martyrisés vers 1940. Tout cela bien sûr au nom de l’humanité et des droits de l’homme.

 

Mais Jupiter ne veut-il pas rendre fous ceux qu’il veut perdre?

 

On aimerait qu’il les rende impuissants aussi.

 

Dans l’énervement occidental vis-à-vis de Poutine, il y a une incompréhension de base liée aux limites spirituelles de ces mêmes élites (limites que dénonçait déjà René Guénon).

 

Car il y a une dimension orientale chez Poutine qui est d’ailleurs liée au caractère russe. Poutine a rappelé le neuf mai 2015 le caractère multi-ethnique de son pays (on laisse la bringue du multiculturel à l’occident) et il possède incontestablement des traits intellectuels asiatiques — que l’on ramène ici au jeu d’échecs.

 

Tout cela me rappelle mon Lao Tse :

« Or j’ai appris que celui qui sait gouverner sa vie ne craint sur sa route ni le rhinocéros ni le tigre. S’il entre dans une armée, il n’a besoin ni de cuirasse ni d’armes. Le rhinocéros ne saurait où le frapper de sa corne, le tigre où le déchirer de ses ongles, le soldat où le percer de son glaive  »

 

Poutine est aussi eurasien, et son héritage politique est européen, pas « occidental ». L’histoire de Vladimir Poutine est incompréhensible pour nos élites et leurs chaînes infos sorties du cauchemar de la caverne platonicienne. Voilà un homme politique qui aime et célèbre son pays (ô crime contre l’humanité!) ; voilà un homme politique qui reconnaît des racines chrétiennes (or quand on fait la promotion des Femen…) ; voilà un homme politique qui sait dire non, et qui sait protéger et défendre son pays. Imagine-t-on un Calais en Russie, ou une invasion lamentable et déshonorante comme celle de l’Allemagne ou de l’Italie?

 

Voilà un homme politique qui veut chercher une base de discussion. Or l’occident n’a plus de base. L’occident est numérisé, volatilisé, Bitcoin ! Il n’a plus de base spirituelle, chrétienne ou autre. Il n’a pas non plus de base matérielle ; son économie est fantôme, elle ne repose sur rien de concret, sauf en Allemagne. Cette économie est virtuelle, fictive, me disait une amie économiste en Argentine. On ne sait jusqu’où Wall Street montera, jusqu’à quand le dollar durera, la dette immonde, les conditions de vie toujours pires. Et la moitié des étasuniens n’ont pas 500 dollars en poche ; on les cache derrière les indices soutenus par les rachats de la Fed qui ne roule que pour les 300 milliardaires à la Soros ou à la Bezos qui veulent une guerre de snobs contre la Russie.

 

On se croirait dans un roman de Jack London. Voici ce qu’il écrit de l’oligarchie américaine:

« Ils étaient convaincus que leur classe était l’unique soutien de la civilisation, et persuadés que s’ils faiblissaient une minute, le monstre les engloutirait dans sa panse caverneuse et gluante avec tout ce qu’il y a de beauté et de bonté, de joies et de merveilles au monde. Sans eux, l’anarchie régnerait et l’humanité retomberait dans la nuit primordiale d’où elle eut tant de peine à émerger

 

C’est ce qui rend l’oligarchie occidentale, celle qui donne des Barroso, des Draghi, des Merkel, si périlleuse. Elle veut sa nursery sous contrôle. Et Poutine n’en veut pas.

 

Poutine évoque aussi le pragmatisme. Or quand on déclare pour rien, par sadisme pur, par bêtise crasse, par incompétence absolue, par méchanceté insurpassable, par débilité profonde, la guerre à l’Irak, à la Libye, au Yémen, à la Syrie en attendant la Chine et la Russie, on n’est pas pragmatique ; on est juste bon pour la camisole, à moins que l’on ne soit, comme le pense l’ami Paul Craig Roberts "the evil incarnated", le mal incarné.

 

On voit du coup que Poutine et la Russie sont populaires chez des gens de droite comme chez les gens de gauche. Poutine échappe aux classifications occidentales (« tu te soumets à ma monnaie-papier et à ma morale-bidon ou on t’explose ! ») ; il est populaire chez les bons chrétiens, chez les bons musulmans, et il est populaire en Asie, chez les Chinois et même en Amérique maintenant avec Trump — pour ne pas parler de Farage en Angleterre. Là aussi il échappe aux classifications : il est souverainiste, il croit au libre marché, aux bons échanges interculturels, tout ce qui échappe à la nécrose mondialiste euro-américaine de cette époque méprisable et schizophrène (on tuera quatre millions de musulmans en dix ans, mais on laisse les racailles faire régner la terreur) !

Quand on est à bout d’arguments, dit Schopenhauer dans son livre amusant sur l’art de convaincre, on insulte ; l’occident ne sait plus faire que cela, et en boucle encore…

 

Nicolas Bonnal

 

source: https://fr.sputniknews.com/blogs/201609161027730430-poutine-elites-occident/

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16 septembre 2016 5 16 /09 /septembre /2016 11:35
Donald Tusk le belliqueux homme de l'OTAN

Donald Tusk le belliqueux homme de l'OTAN

Mardi soir, le Président du Conseil l’Union Européenne (UE), Donald Tusk, a adressé une lettre aux chefs d’État de l’UE, pour les inviter au sommet vendredi à Bratislava. Citant des entretiens avec des responsables européens qui témoignent d’un désarroi politique généralisé, Tusk a déclaré que la sortie britannique de l’UE avait déclenché une crise historique de toute l’Union.

 

« Ce serait une erreur fatale de supposer que le résultat négatif du référendum au Royaume-Uni est un problème spécifiquement britannique, » a-t-il écrit. Il a ajouté : « Les Européens veulent savoir si l’élite politique peut rétablir son contrôle sur des événements et des processus qui les accablent, les désorientent, et parfois les terrifient. Aujourd’hui beaucoup de gens, et pas seulement au Royaume-Uni, pensent qu’appartenir à l’Union Européenne nuit à la stabilité et à la sécurité. »

 

La seule référence dans la lettre à la détresse et la colère sociales de la population européenne, lors de la plus profonde crise capitaliste depuis les années 1930, est la suivante : « Nos citoyens exigent également de l’UE qu’elle protège mieux leurs intérêts économiques et sociaux. »

 

Tusk a déclaré ensuite que la crise de l’UE est si profonde qu’elle menace la survie de la démocratie en Europe : « L’histoire nous a appris que cela peut produire un virage massif contre la liberté et d’autres valeurs fondamentales de l’Union Européenne. » Quinze ans après les attentats du 11 septembre, il a avoué que la « guerre contre le terrorisme » renforce le néo-fascisme. « La promesse d’une répression impitoyable contre le terrorisme », a-t-il écrit, « est devenu l’un des principaux slogans des extrémistes de droite. »

 

La réaction de Tusk à sa propre évaluation de la crise souligne la faillite historique de l’UE. Ayant avoué que l’hystérie sécuritaire et anti-immigré de la bourgeoisie européenne renforce les néo-fascistes et la montée de régimes autoritaires, il a appelé à continuer précisément dans cette voie, en renforçant les forces armées et la police et en intensifiant la répression des réfugiés.

 

« A présent, le contrôle de nos frontières prime sur tout, c’est à la fois pratique et symbolique, » a-t-il déclaré. Attaquant les défenseurs du droit d’asile, il a dénoncé les « déclarations politiquement correctes selon lesquelles l’Europe ne doit pas être une forteresse » et applaudi ceux qui veulent bloquer la fuite des réfugiés de Syrie et d’Irak vers l’Europe via les Balkans.

 

Tusk s’est aligné tacitement sur le consensus au sein de la classe dirigeante européenne en faveur des provocations belliqueuses de l’OTAN contre la Russie et de l’austérité sociale. Il n’a rien dit sur les dizaines de millions de chômeurs en Europe, et sur le danger d’un affrontement militaire entre l’OTAN et la Russie, soit sur les frontières de la Russie soit en Syrie, alors que l’OTAN intensifie ses interventions à la fois en Europe orientale et au Moyen-Orient.

 

Avec la lettre de Tusk, l’UE soutient les propositions de Berlin et Paris, qui veulent inverser l’éclatement de l’UE en la transformant en alliance militaire capable de mener de grandes guerres à l’étranger et des opérations de police à grande échelle à l’intérieur de l’Europe.

 

De même, le Président de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, Elmar Brok, a dit vouloir développer les capacités militaires et l’UE et intervenir en Syrie.

 

Il a attaqué l’UE, qu’il juge « trop faible » et sans « aucun pouvoir politique » : « Je souhaite que le discours demain de Jean-Claude Juncker au Parlement européen et tous les chefs d’État et de gouvernement réunis cette semaine à Bratislava mettent fin à cela, et construisent une politique de sécurité et de défense européenne, des structures communes, pour que nous jouions un rôle, aussi quand nos intérêts et nos valeurs sont en jeu … Je sais que l’opposition syrienne attend que les Européens apparaissent enfin et ne présentent plus ce terrible spectacle. »

 

De telles tentatives désespérées de transformer l’UE en régime militaro-policier témoignent d’un effondrement historique du capitalisme. Vingt-cinq ans après la dissolution de l’URSS par la bureaucratie stalinienne et la fondation de l’UE par le Traité de Maastricht en 1992, qui promettait de garantir la paix, la prospérité et la démocratie, la bourgeoisie européenne a renié ces promesses. Assaillie par une crise économique insoluble, par les retombées de ses propres guerres, et par la montée de la colère sociale dans la classe ouvrière, elle mise tout sur la répression et la guerre.

 

L’incapacité de l’UE à contenir des conflits historiques dans son sein domine les relations internationales européennes. Avant la fondation de l’UE, Londres et Paris étaient terrifiés par la réunification de l’Allemagne. Le président français François Mitterrand a menacé le vice-chancelier allemand, Hans-Dietrich Genscher, en disant que si Berlin refusait l’union monétaire voulue par Paris, l’Allemagne se retrouverait face à une alliance hostile de la France, la Grande-Bretagne, et la Russie contre elle, comme à la veille de la Première Guerre Mondiale.

 

De tels conflits économiques et géostratégiques émergent à nouveau. La Grande-Bretagne doit se préparer à d’âpres négociations sur les conditions de sa sortie de l’UE ; les conflits montent aussi entre l’Allemagne, la France et les États d’Europe méridionale et orientale.

 

Mardi, alors que la presse allemande mettait en garde contre la formation d’un bloc potentiellement hostile en Europe du sud qui comprendrait les 2e et 3eéconomies de la zone euro, la France et l’Italie, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a exigé une sortie hongroise de l’UE. Il a dit que les politiques anti-immigré réactionnaires du Premier ministre hongrois Victor Orbán mettaient les droits de l’homme en danger.

 

Dans Die Welt, Asselborn a déclaré qu’en Hongrie, « des gens qui fuient la guerre sont traités presque pire que les animaux sauvages. » Il a attaqué la barrière construite autour des frontières de la Hongrie, « toujours plus longue, plus haute et plus dangereuse. La Hongrie n’est pas loin de tirer sur les réfugiés. »

 

Se plaignant que l’UE prétend « défendre certaines valeurs en dehors de ses frontières, mais elle n’est plus capable de les faire valoir chez elle, » il a dit : « Ça serait bien si les règles étaient modifiées de sorte que la suspension de l’adhésion d’un État membre de l’UE ne soit plus nécessairement décidée à l’unanimité [parmi les autres États membres de l’UE] ».

 

Les propos d’Asselborn illustrent la propagande hypocrite des pays de l’UE, qui se bousculent pour défendre leurs intérêts géostratégiques. En attaquant les Hongrois, il n’a pas expliqué pourquoi l’UE n’expulserait pas, par exemple, la France – qui démantèle des camps de réfugiés à Calais, construit des barrières pour empêcher les réfugiés d’aller en Grande-Bretagne, et envoie la police les attaquer.

 

Der Spiegel a mis en garde contre le sommet d’Athènes le 9 septembre entre la France, l’Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, Chypre et Malte, dans un article intitulé « La nouvelle force du Club Med ». Le magazine a souligné la proposition du président français, François Hollande, de lancer un « programme de croissance économique » et du Premier ministre italien, Matteo Renzi, pour un fonds d’investissement de 50 milliards d’euros.

 

Berlin « a perdu un puissant allié, la Grande-Bretagne,lors du Brexit », écrivait Der Spiegel, ce qui renforce les appels en provenance d’Europe du Sud pour un assouplissement de l’austérité. « Nous sommes plus de la moitié de l’UE, » a dit Renzi, « ça nous donne du poids. »

 

En fait, Hollande, Renzi, et leur hôte, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, représentent tous des gouvernements impopulaires qui ont imposé l’austérité aux traveilleurs pour nourrir les profits des banques, dont ils représentent les intérêts. Alors que s’intensifie la bataille au sein des classes dirigeantes pour le partage des profits, leurs remarques ont attiré une réplique sèche du ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble : « Quand les dirigeants des partis sociaux-démocrates se rencontrent, on ne doit s’attendre à rien de terriblement intelligent. »

 

Alex Lantier

Article paru en anglais, WSWS

source:http://www.mondialisation.ca/le-president-du-conseil-lunion-europeenne-rejoint-la-campagne-pour-de-renforcer-les-forces-armees-de-lue/5545876

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