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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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14 juin 2016 2 14 /06 /juin /2016 00:03
“La Bataille de Zara”.  Peinture de 1584/87, de Jacopo Robusti, dit Tintoretto (1518–1594).

“La Bataille de Zara”. Peinture de 1584/87, de Jacopo Robusti, dit Tintoretto (1518–1594).

Qu'entendons-nous par le terme « a-croissance » ?

 

C'est une démarche qui s'appuie sur le principe suivant : il est hors de question de continuer sur la lancée actuelle, qui ne date pas hélas d'aujourd'hui, dont le moteur est le mécanisme propre de l'économie capitaliste/ordolibérale(*).

 

Pourquoi faut-il donc mettre un arrêt définitif à ce mécanisme ?

 

Pour au moins 3 raisons. Je les donne sans ordre de préférence, les 3 constituant un tout cohérent en lui-même mais manifestement nocif pour l'ensemble de la planète :

1°) Argument écologiste - la planète est un objet fini, c'est à dire limité.

2°) Argument social - la compétitivité (organe moteur) crée une disparité sociale dont l'intensité est moralement intolérable.

3°) Argument anthropologique - l'Humain se trouve réduit à une seule de ses fonctions, sa capacité à consommer, devenue « La consommation ».

 

Si nous reprenons ces aspects pour montrer comment ces éléments du mécanisme influent sur la société il nous faut commencer par revenir à une des clés du capitalisme, la notion de profit.

 

Les socialistes/anarchistes du 19ème siècle arboraient le principe suivant « la propriété c'est le vol ». Cette proposition peut choquer le petit épargnant qui a pu mettre quelques bribes de son travail « de côté » sous forme de maison ou de terrain. Ce n'est pas à celui-là que ce discours s'adresse. Ce discours fustige l'utilisation du capital comme un outil de pression.

 

Mais quelle utilisation ?

L'exploitation du travail.

Du travail de qui ?

 

De celles et ceux qui n'ont pas ce capital et qui pour subsister seront amenés à louer leur force de travail à ceux qui ont le capital.

 

Cela paraît tellement naturel que les « capitalistes » puissent tirer un profit de cette situation. Mais c'est bien sur ce point que nous rejoignons les anarchistes. Qu'y a-t-il de naturel dans ce mécanisme ?

 

Qu'est-ce qui légitime une telle organisation ?

 

Rien, sauf la force de l'habitude et le réel rapport de force entre ceux qui disposent du capital/ceux qui se proposent de le gérer et ceux qui louent leur travail et dont le but est simplement de survivre.

 

L'accumulation, sans cesse répétée de ce mécanisme conduit à une extrême verticalité de la réalité sociale entre ceux qui travaillent et ceux qui accumulent. Ce qui est immoral c'est le fait de voir cet écart s'agrandir sans cesse. En parlant de façon populaire, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.

 

Cependant ne nous contentons pas de simplement comparer les riches en occident et « leurs » pauvres, qui sont bien plus riches que les pauvres d'ailleurs, ceux qui ne sont pas sous les yeux de la société occidentale.

 

(*) J'utiliserai désormais ces deux termes indifféremment dans le sens où cela procède à la fois d'une même caractéristique (le fait d'avoir ce capital) et/ou d'une philosophie (la manière d'utiliser ce capital)

 

 

Qu'est-ce qui peut bien limiter cette accumulation grandissant à une vitesse de plus en plus accélérée ?

 

Le temps !

 

Effectivement le temps, 24 heures par jour, 3600 secondes par heure. Donc, pour pouvoir s'enrichir encore plus vite les détenteurs du capital ont cherché à s'affranchir du temps. On retrouve dans la pensée/organisation capitaliste un certain nombre de méthodes typiques :

a) La main mise sur la mécanisation/robotisation/utilisation de logiciels dans l'activité.

b) La mise en compétitivité de tous les « organes » de production dans un but tout à fait avoué, toujours aller plus vite, plus fort, plus loin.

c) L'invention de la financiarisation de l'économie : puisque le réel résiste à la volonté de sans cesse croître, les financiers passent dans le virtuel où tout est possible, où on peut s'affranchir, ou presque, de la contrainte du temps.

 

Cela suppose que l'on puisse s'affranchir aussi des limites de l'univers physique. On ne pourra jamais aller infiniment vite et toute cette « activité » se déploie dans un espace fini qui possède ses propres règles, mises en œuvre bien longtemps avant que le capitalisme ne s'invente.

 

Ce dernier ignore dans son fonctionnement les limites imposées par notre petit morceau d'univers, la « planète bleue ».

 

Car l'organisation spécifique de cet espace porte un nom, c'est l'écosystème terrestre, et sa structure est auto-régulatrice dans la mesure où ses ressources sont limitées ou renouvelables selon un cycle qui possède sa propre vitesse. Or sa vitesse est faible. L'écosystème terrestre a tout le temps devant lui en tout cas des milliards d'années, tout comme les milliards d'années pendant lesquelles il s'est constitué.

 

L'écosystème terrestre ne se prête pas au capitalisme.

 

 

Respecter les règles imposées par l'écosystème terrestre.

 

L'Humain est l'héritier, en fait un « produit » de l'écosystème terrestre dans son ensemble. Il a pu se développer dans sa propre niche, appelons-la, « écosystème humain ».

 

Nous ne pouvons pas nier que l'Humain possède une capacité à intervenir dans sa niche écologique et possède ce génie qui lui permet d'adapter les propriétés de son environnement propre et le rendre plus apte à s'adapter à ses besoins. Cet aptitude tend vers ce que Paul Ariès pousse en avant comme une devise, c'est le « Buen Vivir » des sud américains.

 

L'intervention de l'Humain sur l'écosystème terrestre devrait s'arrêter à ce point : modifier son propre éco-système sans modifier grandement les équilibres sur/sous-jacents au point de déplacer les équilibres.

 

Cela suppose une remise en cause de la façon dont le groupe humain interagit avec cet éco-système, son environnement.

 

En effet, la perturbation de l'écosystème terrestre se manifeste bien dans les dérèglements que nous constatons.

 

Il faut, bien évidemment, éviter d'affoler les populations mais le grand chambardement est commencé. Simplement pour m'intéresser aux manifestations de ce dérèglement qui se produisent en ce mois de Juin 2016, les orages d'une violence et d'une structure telle que leurs conséquences sont simplement incontrôlables : quand il tombe 50 à 60 mm de pluie par m² en l'espace de 2 heures et que les dispositifs d'écoulements s'engorgent, quand les crues des rivières et des fleuves atteignent des hauteurs « centennales » en plein mois de Juin il existe force raisons de s'inquiéter.

 

Les médias sont incapables d'aller plus loin que la simple relation aux faits. Mais combien de temps faudra-t-il encore pour qu'enfin, médias et « autorités » reconnaissent que l'écosystème terrestre est gravement perturbé ? La fonte des glaces polaires et des corps des glaciers de montagne, le dégel du permafrost en Sibérie et en Alaska, accompagnés de dégagement de méthane, 20 fois plus puissant en terme d'effet de serre que le dioxyde de carbone, produit par fonte des glaces des quantités de vapeur d'eau colossales qui se retrouvent en masse dans les nuages. Mais bien plus encore : les courants marins tel « El nino » ou le « Gulf-stream » sont gravement perturbés. En ce mois de Juin les glaces de la banquise arctique sont en partie disparues et en partie fragilisées au point de disparaître dans un délai très court. « El nino » ne se dégonfle pas, le « Gulf Stream » s'est scindé en deux, un tourbillon complexe qui s'entretient sur lui-même dans le golfe du Mexique, alors que le courant qui est censé constitué la dérive nord-atlantique ne fait qu'effleurer les côtes de Floride et du Yucatan. Tout cela modifie de façon radicale la météorologie. Une situation de mois Août !

 

Nous ne sommes pas dans le « Buen Vivir » !

 

Est-il possible de retrouver ces conditions d'interaction sans pour autant créer une nouvelle perturbation ?

 

 

Respecter les règles de l'écosystème humain

 

«Le travail c'est la santé, rien faire c'est la conserver » chantait un humoriste bien connu.

 

En effet, si l'Humain est capable d'agir sur son environnement, c'est bien pour améliorer ses conditions d'existence non pour les détériorer.

 

Comment expliquer alors la multiplication des stress et dépressions en tout genre, « burning-out » ou « boring-out » d'une partie des actifs, ainsi qu'une consommation accrue de psychotropes ?

 

La compétitivité sans cesse renouvelée en est la cause, n'allons pas chercher ailleurs ce qui n'est pas. L'Humain, s'il est modulable et adaptable ne l'est pas à l'infini, ce qui semble être nécessaire si nous nous en tenions aux critères de cette compétitivité voulue par le système néolibéral.

 

La société de consommation, voulue car intrinsèquement liée aux structures internes du système libéral (« l'offre crée la demande » !), a simplement perdu la quasi essentialité de l'Humain, en niant dans cette course au toujours plus ce qui constitue les valeurs anthropologiques.

 

Car si l'Humain s'adapte aux circonstances, l'Humain fonctionne aussi grâce aux valeurs de la solidarité, de la coopération, de la commisération et du respect des autres, pour tout dire au respect de la Personne Humaine.

 

La société de consommation a œuvré dans des directions totalement opposées en développant l'égoïsme et la volonté d'écraser le plus faible, compétitivité oblige(**).

 

Cette idéologie a même tenté d'effacer une des constantes de l'humanité, celle qui concerne la propre fin de chacun des humains. Chaque organisme conscient est aussi conscient de sa propre mort et cette certitude modèle son rapport avec ses semblables. En effaçant cette notion de finitude indispensable, sous des dehors liés à différents critères la possibilité de l'immortalité, ou en tout cas d'une prolongation quasi infinie de la vie, la société de consommation a produit des gens qui s'offusquent que l'on puisse mourir. Comme le pointait un autre humoriste : « mourir est un sigulier manque de savoir vivre ».

 

En rétablissant la présence quotidienne de la mort dans nos sociétés, comme le font les sociétés africaines et orientales, cela donnera beaucoup plus de poids et d'importance à la vie et le goût de ne pas gâcher le temps qui est offert à chacun dans sa vie en la rendant plus féconde.

 

Autrement dit ne pas perdre sa vie à tenter de la gagner.

 

Certes, cet aspect pourrait être lu par les tenants de la société de consommation, mais aussi par certains qui se prétendent de gauche (il faut s'adapter aux changements dans la société), comme un retour en arrière, quasi Moyen Ageux. Mais il n'en est rien, c'est un simple décalage, quelques pas de côté, le rétablissement de la nature Humaine dans sa réalité.

 

Cette présence assumée de notre propre finitude nous aide à bien percevoir la finitude de notre propre écosystème.

 

Et de fait nous conduit à ne plus supporter contraintes et tracas issus des diktats de la religion féroce(***) des consuméristes de tout horizon.

 

A ce stade de la réflexion certains de mes lecteurs doivent commencer à comprendre pourquoi nous parlons d'a-croissance plutôt que de décroissance.

 

(**) Remarquons au passage que cette constatation est aussi aussi une porte ouverte à une pensée réactionnaire en terme de « décroissance ».

(***) Je dis religion féroce car cette volonté de mettre en compétition les gens les uns avec les autres car c'est équivalent au progrès possède les même constituants qu'une religion révélée mais n'en a pas l'humanisme, d'où l'adjectif « féroce »

 

 

Les indispensables ruptures pour initier une a-croissance

 

Pesons nos mots.

Il ne s'agit pas de réforme mais bien de destruction du système actuel qui ne respecte rien de ce qui est l'Humain, dans toutes ses dimensions : sociale, écologique, économique, morale, spirituelle.

 

Il n'est plus nécessaire d'insister sur le fait que le système capitaliste n'est pas réformable. Par contre insistons que le but de notre démarche est de rendre la Terre dans un état où toutes les espèces encore existantes pourrons coexister mais il ne faut pas penser en terme de retour en arrière. Revenir à ce qui existait avant est une régression et c'est une des raisons que nous préférons le terme d'a-croissance, dont il résultera une société où la croissance aura été bannie mais que ce n'est pas non plus vers un « passé merveilleux » que nous voulons retourner.

 

Pour être clair : dans les années 1950 il existait un espoir vers une société meilleure, le plein emploi était quasi réalisé mais demandez aux gens qui on vécu cette époque. Le travail était dur, éreintant, les tickets de rationnements encore utilisés (1948), la dénutrition patente (distribution de lait dans les écoles quelques années plus tard), etc. Nous ne voulons pas revenir aux années 1950 !

 

Nous ne sommes pas contre le progrès technologique, bien au contraire. J'irai même jusqu'à écrire que cela ne va pas assez vite.

 

MAIS nous nous opposons à la captation à des fins capitalistes des bienfaits de ce progrès. Les petits malins oseront toujours dire : « c'est l'entreprise individuelle qui fait le progrès » . Faux, archi faux. L'invention est typique de l'Humain et c'est un domaine où l'Humain excelle. Son but a toujours été de minimiser les efforts qu'il exerce pour produire sa propre subsistance et son confort. C'est dans cette manière de penser qu'il faut chercher : demandons aux gens ce dont ils ont besoin pour améliorer leur quotidien et essayons de répondre au mieux à ce besoin. C'est la politique de la demande.

 

Répétons l'évidence : l'Humain est par nature créatif ; issu de l'évolution de la vie sur Terre l'Humain s'est vu doté de capacités qui le rendent inventif et créateur. Laissons ces qualités s'exprimer et organisons la société autour.

 

Le détournement par les capitalistes de toute la mécanisation/robotisation est un des postes que nous voulons récupérer pour améliorer la vie des gens, pour créer du « Buen Vivir ».

 

Pour ce faire il faut couper les possibilités à quiconque de relancer la machine capitaliste : il faudra donc, dans un premier temps interdire la propriété lucrative, et en accompagnant cette interdiction, car tous les « financiers » n'auront pas disparus comme par enchantement, interdire la spéculation. Cela amène à recomposer totalement « l'outil de production » dont la configuration doit être de nature non productiviste – Le stakanovisme n'est pas notre tasse de thé - . Ainsi, les grands ensembles industriels n'ont plus lieu de se multiplier à l'infini.

 

Les centrales nucléaires (dont EDF a tant de mal à nous débarrasser) sont à la fois des produits de la mise en rentabilisation de l'effort militaire destiné à la « bombe H » et l'aberrante pensée de certains ingénieurs d'installer quasiment partout des chauffages électriques dans des maisons à peine configurées pour éviter les pertes de chaleur. Un gaspillage à grande échelle qui a provoqué l'installation d'engins monstrueux et quasiment non-recyclables.

 

Un effort aussi gigantesque en terme d'isolation et de production d'énergie électrique/thermique d'origine solaire nous aurait évité le retard pris dans ces mêmes domaines.

 

Alliez à cette catastrophe énergétique majeure le gaspillage incessant lié à l'automobile et au transport routier centrés sur des consommations de produits carbonés : une politique réfléchie écologiquement nous aurait aussi évité le dérèglement climatique auquel nous sommes contraints ou en tout cas l'aurait diminué grandement.

 

 

Les solutions à envisager et leur cadre.

 

Mais par quoi va-ton remplacer ?

En fait, pas question de remplacer ! Il s'agit de faire autrement !

Alors c'est le retour à la bougie !

Pas à la bougie, malheureux, elle utilise des produits carbonés ! ( sourire ! )

 

La bonne question à poser est la suivante : « Qui a besoin d'une quantité d'énergie aussi colossale ? »

 

Des ensembles industriels colossaux…

 

Certes les transports par train/tramways, les usines de raffinage de l'aluminium (pour ne citer que ces secteurs) sont gourmands en énergie mais qui d'autre ? Avec par exemple les dispositifs d'éclairage à LED, durables et efficaces, la consommation d'électricité pour l'éclairage est réduite de façon drastique.

 

Le chauffage électrique ? A proscrire, bien évidemment, au regard de son efficacité thermique.

 

Il existe des mesures indispensables à prendre pour limiter la consommation d'énergie. Nous en connaissons déjà : le recyclage des matériaux et le recyclage des outils/matériels.

 

Attention ! Pas n'importe comment, pas n'importe quoi !

 

Placer des bouteilles en verre dans un container où elles vont être cassées pour être ensuite fondues pour ensuite faire d'autres bouteilles est une imposture. Il existait, il n'y a pas encore si longtemps un dispositif appelé « consigne ». Il suffisait de rapporter au commerçant l'emballage. Évidemment certains emballages se cassaient. Ceux-là il faudra les recycler, raisonnablement.

 

Recycler les objets en métal pose aussi problème : il faut tenir compte de l'apport énergétique pour les reconstituer ainsi que de la perte de matière incontournable. Mais c'est un poste où il peut être fait des économies substantielles.

 

On n'évitera pas les objets en matière plastique : il faudra les concevoir comme systématiquement recyclables donc éviter certaines synthèses difficiles ou onéreuses à réutiliser.

 

Ajoutons, car indispensable, une reconfiguration des matériels vendus qui devraient être systématiquement réparables, avec un suivi des pièces de rechanges : cela oblige à modérer l'évolution des objets et ne plus sacrifier ni à la mode et à ne pas injecter de force certaines « évolutions » technologiques afin de compenser le coût de la recherche.

 

Mais tout cela reste presque de l'enfantillage d'intellectuel même si c'est indispensable.

 

La solution est une question de posture intellectuelle : Nous avons le tort principal de regarder la réalité avec des yeux d'occidentaux.

 

Les principaux arguments de nos adversaires reposent sur la peur suscitée que cela entraînerait d'une régression de notre confort. Les « décroissantistes sévères » se recrutent soit dans les idées d'une extrême droite rétrograde au plus haut point dont le but est de revenir, par la force si nécessaire, en arrière. Et comme je le disais plus haut ce n'est assurément pas une bonne méthode car le passé n'était pas si merveilleux que cela. Mais ils se recrutent aussi dans un mouvement « à gauche », parmi les écologistes, qui par leur discours semblent plus intéressés par une punition infligée aux occidentaux gaspilleurs qu'en une juste répartition des biens qui pourraient être produits.

 

 

Nous, nous sommes opposés à une décroissance dans l'austérité.

 

Non, nous les «objecteurs de croissance» avons une devise : «moins de biens mais plus de lien». Moins de biens – et là on touche au superflu – mais notre but n'est pas la privation du nécessaire, du confort, hors de question de nous « serrer la ceinture ». Nous sommes pour le développement du lien social car nous n'oublions qu'une des caractéristiques de l'Humain c'est d'être social.

 

C'est donc pour cela que nous ne parlons pas de décroissance qui apparaît avoir un caractère punitif mais parlons « d' a-croissance » , comme je l'indiquais plus haut : une volonté de sortir du système, d'ignorer ce que sont les dogmes des « croissantistes ». Non pas nous opposer frontalement ce qui ne servirait à rien mais dans une volonté de déconstruire le discours afin de l'enterrer définitivement.

 

C'est la raison pour laquelle, bien que conscients des effets de l'entropie et de la limitation de notre « univers », nous n'insisterons pas sur un discours catastrophiste, qui, à terme peut s'avérer répulsif et contre-productif à l'idée d' a-croissance, mais sur le côté humain, le « Buen Vivir » .

 

Nous parcourons la pensée « a-croissantiste » dans le sens contraire de celui de l'occidental pour qui la décroissance est en quelque sorte une régression à pratiquer sur notre confort matériel. Mais n'oublions jamais que les plus gourmands en énergie ce sont bien les occidentaux, décroissantistes ou pas. Nous sommes persuadés qu'il n'est pas nécessaire d'avoir un certain confort matériel pour pouvoir envisager de se mêler de décroissance.

 

Les pauvres, et en cela je pointe les pauvres au niveau mondial, n'ont pas cette culture du manque mais une culture du peu. (voir les travaux de Joan Martinez Alier). C'est chez les peuples qui sont restés proches de la « Terre Mère » qu'il faut aller chercher les modèles.

 

Paul Ariès précise très bien le point de vue des « a-croissantistes » quand il dit : la « société capitaliste » est une association de termes déplorables car le capitalisme ne fait pas « société ». Le capitalisme casse le lien social à travers son idéologie libérale qui place l'individu dans un isolement criant, typique de nos sociétés occidentales.

 

 

Nous désirons recréer du lien.

 

Un outil essentiel pour créer du lien est la monnaie et nous entrevoyons l'utilisation de monnaies locales, fondantes de préférence. Il faut redonner à la monnaie la place juste qu'elle doit avoir. Paul Ariès aime à jouer avec les sigles MAM et AMA+.

 

Voici sa pensée : « les échanges économiques entre gens s'exercent dans le sens raisonnable suivant : Marchandise(M) que je troque contre une somme d'argent(A) qui va me permettre d'acheter une autre Marchandise(M). La monnaie étant dans ce processus que le vecteur d'échange.

 

Mais le système capitaliste fait assumer à la monnaie une position de Marchandise manipulable. Au départ j'ai de l'argent(A) je vais donc acheter une marchandise(M) que je vais revendre en faisant un « bénéfice »(A+). C'est la logique de l'accumulation.

 

Une monnaie, locale en particulier, va conserver de fait son caractère de vecteur d'échange et créer de fait du lien entre ses utilisateurs. J'y reviendrai plus bas.

 

Un second outil est une répartition égale des richesses

 

Cet outil se concrétise par de nombreuses « applications » à commencer par l'agriculture. L'agriculture a-croissantiste se singularise comme une agriculture sans pétrole, sans pétrole pour les engins mais aussi sans les dérivés de synthèse du pétrole. En fait si une mécanisation s'avère nécessaire elle devra l'être dans une conception novatrice de motorisation. Ce qui limitera de fait les engins gigantesques destinés à une exploitation extensive du sol.

 

Aussitôt se pose la question de nourrir 10 milliards d'êtres humains : les modèles tels que ceux mis en place par le Club de Rome ou pilotés par la NASA(HANDY) mettent en évidence le risque de collapsus de la société lié à une population pléthorique. Il est clair pour nous, objecteurs de croissance, que si l'autonomie agricole des pays pauvres doit être promue, il est indispensable de contrôler les naissances et non de manière autoritaire mais en favorisant la libération de la femme. Partant de cette position il est possible de réorganiser une répartition égale des richesses. Il ne suffira pas d'un claquement de doigts il faudra y mettre le temps.

 

Il n'est pas nécessaire d'injecter des sommes folles dans l'économie, encore moins dans une économie apaisée, pour éradiquer la faim et établir un quasi plein emploi sur l'ensemble de la planète. Moins de 100 Milliards de dollars à estimé l'UNESCO.

 

Certes ces dispositions ne rendront pas égalitaire la distribution des richesses mais permettront d'engager un processus actif vers cette nécessaire réalisation.

 

Un troisième outil pour créer du lien est l'instauration d'un minimum individuel d'autonomie.

 

Cet aspect peut être mal compris lorsqu'il s'agit de le lire dans un contexte capitaliste. Aussi, affranchissons-nous de cette pesanteur. Ce minimum individuel d'autonomie pourrait en partie être constitué par la gratuité d'accès aux indispensables ressources du quotidien : eau/gaz/électicité à une hauteur plafonnée en fonction d'une monnaie nationale. Ensuite constitué d'une petite somme, en monnaie nationale et d'un autre somme en monnaie locale, permettant à l'accédant d'acheter « local » et de plus qui serait fondante. On pourra toujours m'opposer qu'avant que l'ensemble « local » ait les capacités de gérer cette monnaie cela prendra du temps. Évidemment, et c'est bien pour cette raison qu'il faut le penser en avant. En supposant que les prix restent ce qu'ils sont 1500 € semblerait(?) une somme globale correcte. Ajoutez à cela la gratuité des transports en commun ainsi que celles des frais funéraires.

 

Bien sûr, où prendre « l'argent » ?

 

Il n'y a qu'une solution : plafonner les revenus maximum. Et de façon légale. Quand la majorité des gens estiment que ce plafonnement est nécessaire, personne ne pourra objecter que c'est une mesure autoritaire. La loi reste la loi, et elle possède d'autant plus de poids qu'elle est voulue par le plus grand nombre.

 

 

L' a-croissance ne peut passer que par plus de démocratie.

 

Une société a-croissante ne passera pas par une quelconque forme de dictature d'élites autoproclamées pas plus que par une planification autoritaire du fonctionnement de la société. Car si « plan » il y a, l'a-croissance se calera sur les besoins en lien social mais non vers un développement extravagant en confort matériel des populations. Paul Ariès parle de l'"ubris" du système capitaliste, c'est-à-dire sa folie sans limite.

 

Et contrairement à l'opinion généralement répandue en occident nous osons penser que les pauvres n'ont globalement pas envie de ressembler aux riches que nous sommes. A l'attention de ceux qui n'en sont pas convaincus je conseillerais de lire la littérature africaine afin d'appréhender le point de vue des africains.

 

Nous ne sommes pas des partisans de la verticalité. Nous ne pensons pas détenir toutes les solutions. Nous ne sommes ni des porteurs de la vérité intrinsèque, ni des maîtres à penser. Au contraire, nous ne voulons être que des révélateurs, car nous pensons que les gens ont déjà en eux les solutions aux problèmes, car ce sont eux qui vivent le problème qui se présente. En terme d'éducation populaire nous ne voulons aucunement apporter la vérité mais plutôt aider à ce que des solutions naissent de la pensée et de l'action des masses populaires.

 

 

Conclusion

 

Notre volonté est de croire qu'il est encore possible de faire quelque chose pour redevenir humains et sociaux au sens positif de ces termes, d'oser croire qu'il n'est pas trop tard et que notre option est une vie raisonnable, ralentie et pleine des plaisirs qui font une « existence ». Nous osons croire que l'Homme n'est pas apparu pour travailler, autrement dit que si le travail, en tant que moyen d'améliorer ses conditions d'existence s'avère indispensable, ne saurait être le but de l'existence.

 

Nous exigeons un droit à la paresse...

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 21:49
Nous ne voulons plus de leur dictature !…

Nous ne voulons plus de leur dictature !…

État des lieux...

 

Inutile de reprendre le contenu de la loi El Khomri, cela a déjà été fait et nous avons tous bien compris que c'est un emballage commode pour vider le mieux possible les avancées dues au plan «les jours heureux» du CNR de leur substance.

 

Nous serions des irresponsables d'oublier qu'en 2007, l’ancien numéro 2 du MEDEF, Kessler, assureur richissime, l’a écrit noir sur blanc dans un édito du magazine Challenges : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du CNR ».

 

Traduit en plus court disons : fin des acquis sociaux pour lesquels les générations qui nous ont précédés ont sué sang et eau !

 

 

Que de manipulations de l'opinion !

 

La réalité du travail est autre que celle que les médias, chiens de garde du système, présentent. Il ne faut pas non-plus confondre ce qu'une petite entreprise possède comme latitude pour fonctionner et les incroyables possibilités qu'une transnationale possède. Toujours est-il que l'employé est un subordonné. Il n'y a qu'à allez voir les témoignages sur « on vaut mieux que ça » pour se rendre compte que chacun n'est pas un cas unique.

 

 

D'où vient leur force ?

 

Mais comment l'oligarchie a-t-elle pu reprendre la main ? Parce qu'elle possède l'outil de travail, les moyens de faire pression sur le travailleur à travers la relation de subordination qu'elle peut exercer, les acteurs de la propagation de son message, lobbies et médias. Mais surtout parce que le fond sociologique de la population n'a pas eu le temps de digérer certains concepts indispensables pour empêcher de subir la pression de l'idéologie de ces oligarques.

 

C'est pourtant assez simple mais efficace : la liberté, notion écrite aux frontons de nos mairies et sur les monuments aux morts. Qu'il y a-t-il de plus simple que de faire croire que les gens sont libres, qu'il y a-t-il de plus traître que de faire oublier les deux autres termes : égalité et fraternité, auquel on ajoutera laïcité qui en fait englobe les trois autres ?

 

 

Il n'y a pas que la France...

 

Bien sûr il leur a fallu des complicités, l'aide sournoise du monde anglo-saxon, piloté par les tout puissants USA. Les oligarques US n'avaient pas été touchés par l'esprit du CNR : "Les collabos vos gueules, aujourd'hui c'est nous qui commandons", c'est ce que nos salopards français avaient entendu. Mais les moyens de cette oligarchie revancharde sont considérables et le modèle consumériste US s'est imposé en Europe et d'ailleurs dans le monde entier. C'est à travers la fausse idée du citoyen libre et consommateur qu'il sont arriver à faire basculer en sens inverse les acquis sociaux au point qu'aujourd'hui, aidés par des gouvernements fantoches et asservis à leur bon vouloir, ils essaient de finir d'arracher le peu qui nous reste.

 

 

Leurs méthodes actuelles :

 

Il nous ont ôté la capacité de refuser leur diktat sur l'emploi en précarisant l'emploi, ôté la capacité de revendiquer notre droit à l'emploi en encadrant la liberté d'expression : en la déformant par le filtre des médias à leurs ordres (… pensons aux grands patrons de presse ! …) et en restreignant la capacité de l'exprimer par le contrôle des moyens de communication (- la loi sur les écoutes -) et par l'établissement de l'état d'urgence, profitant de la peur suscitée par les attentats.

 

La peur de l'autre, la résurgence d'une capacité à mettre sur la sellette une partie de la société à travers sa religion sans en subir les conséquences à travers une laïcité impuissante, au nom du droit à s'exprimer en toute liberté ! Tout cet ensemble est constitué d'autant de moyens de contrôle que l'oligarchie utilise contre les citoyens. En dévoyant le sens des mots (la novlangue), en vidant de leurs substances certains principes et en forgeant des concepts à double sens, l'oligarchie et ses subsides ont transformé la capacité du citoyen à s'assumer en tant que tel.

 

Le citoyen est devenu un consommateur avant d'être un citoyen.

 

 

Les dérives incontrôlables….

 

Le consommateur est devenu un précaire de la consommation, axe essentiel de la société libérale, en précarisant l'emploi.

 

Le travailleur est en passe de devenir un esclave à travers des lois iniques comme la loi E-K sur l'emploi.

 

 

Les conséquences de leur action :

 

Mais en précarisant l'ensemble de la société à travers la mise en cause même de l'existence future de l'Humanité, cela en provoquant le dérèglement climatique, les pollutions de l'air, de l'eau et des sols dans une surexploitation de la planète ; les oligarques ont créé les conditions pour que les citoyens, le laïos, comprennent qu'ils deviennent des esclaves et que les maîtres ne sont plus seulement exigeants, ils sont devenus tortionnaires.

 

Tout le discours public qui tourne autour du travail et de l'emploi est biaisé, car l'oligarchie sait parfaitement que les progrès réalisés par la robotisation, l'informatisation des moyens de production ne peuvent pas fournir une amplitude d'emploi à la hauteur des besoins, et selon les règles existantes encadrant cet emploi. Il leur faut donc éviter de remettre en cause l'illusion du plein emploi et son besoin, tout en précarisant un maximum les employables.

 

En effet, laisser apparaître que la « machine » non seulement a réduit de façon drastique l'employabilité mais leur a donné des capacités de profit décuplés, voire plus, serait un suicide du système oligarchique, d'autant qu'il faut des consommateurs pour acheter ce qui est produit.

 

La consommation ayant beaucoup diminuée à cause des réduction du pouvoir d'achat, l'oligarchie s'est lancée dans une nouvelle intoxication : celle de la croissance à tout prix, de la compétitivité, et de la création d'entreprises, voire d'auto entreprises.

 

 

Analysons leur discours :

 

a) La croissance

 

La croissance, elle a bon dos, surtout quand on la conçoit comme propulseur de produits à consommer au moyen d'une publicité, qui d'ailleurs a, du point de vue comptable, un traitement particulier (mais n'entrons pas dans le détail). C'est le fameux modèle de l'offre qui, comme nous l'avons vu, ne marche pas pour la bonne raison que pour acheter au-delà du nécessaire il faut avoir un peu de gras, de réserve, ce qui n'est pas le cas pour bien des gens.

 

b) Notre réponse :

 

La croissance, il faut la définir comme une reconfiguration totale du modèle de production actuel dont le but doit être, comme il est entendu par bien des gens, comme une amélioration à leur propre sort, en terme de confort, santé, loisirs, enfin tout ce qui constitue le «buen vivir» des copains sud américains. La croissance ne saurait être le facteur de création d'emploi : il n'existe pas de couplage entre croissance et emploi, en tout cas de façon directe.

 

On peut imaginer la croissance dans le cadre d'une politique «écosocialiste» comme une dynamique de recréation des postes de production dans le but du «buen vivir», mais aussi dans le cadre du respect pour la planète, non pas en tant que telle – car la planète se passera sans problème de l'espèce humaine -, mais afin de protéger au mieux l'espace écologique dans lequel l'espèce humaine peut vivre, le biotope humain.

 

 

La compétitivité

 

a) Leur pratique :

 

Le manque de compétitivité est l'expression à la mode pour expliquer la stagnation de la croissance, croissance plombée par le fait incontournable que les carnets de commandes sont vides. Être le meilleur, coûte que coûte, plombe surtout les travailleurs dont le salaire qui est péniblement gagné, se voit réduire de façon continuelle, alors que les dividendes, eux, s'accroissent !… Comment se peut-il q'une transnationale comme Peugeot, s'enorgueillisse d'avoir fait des bénéfices, et puisse en même temps lancer un plan de réduction des emplois ?

 

b) La réponse est simple :

 

La robotisation/informatisation rend inutiles un certain nombre de tâches encore faites à la main.

 

Non, diront-ils, nous ne supprimons pas des emplois, nous n'ajouterons pas au chômage, nous nous contenterons de ne pas remplacer certains postes. Comprenez bien, cela ne fera pas de licenciements.

 

Soyons réalistes, les postes non remplacés c'est simplement autant d'embauches en moins !

 

Hélas !… Leur compétitivité passe par là.

 

La compétitivité est une extension de la notion d'homo oeconomicus des libéraux. C'est une notion bien ancrée désormais dans la tête des travailleurs, cette notion est liée à celle de liberté individuelle, ce qui fait de chacun un individu isolé, luttant pour son propre intérêt, instituant ainsi la lutte pour la survie individuelle comme une vertu du système.

 

Nous savons tous que c'est un faux nez, car ce modèle est un modèle théorique qui ne résiste pas à l'analyse. Car en poussant l'idée de compétition et de gestion d'une personne par soi-même, en prétendant que c'est par ce biais là que l'individu vivra le mieux, la théorie apparaît comme étant monstrueuse !

 

c) Le groupe social face à l'égoïsme provoqué :

 

Nous voyons bien que ce modèle, pour en revenir à des faits incontournables, ne tient pas compte du fait qu'une société est avant tout un groupe social et qu'un réseau serré d'interactions entre les individus maintient le « réseau social » en place. Et qui dit « réseau social » implique nécessairement solidarité et compréhension du réel de ces relations, de cette solidarité.

 

Nous en arrivons au fait que chacun devrait être entrepreneur : ceci est la "grande idée" du ministre actuel de l'économie cet «apparatchik» du Medef. Entrepreneur pour quoi faire ?… Pour courir après une croissance… Faire jouer la compétitivité… Passer sa vie à travailler et la perdre en essayant de la gagner !… Nous voyons bien que cette idée est une idée théorique, propulsée par un type qui n'a jamais mis les pieds dans un atelier, une boutique, une cuisine, en tant que salarié !

 

C'est faire fi du rapport de force en terme de subordination qui existe entre le patron et ses employés (ce n'est pas toujours le cas mais le contraire est rarissime), à part l'auto entrepreneur, qui est son propre exploiteur, ici, nous n'entrerons pas dans les détails (et « l'uberisation » qui en est un développement nuisible, mais sociologiquement intéressant) ; car, qui dit entreprise, dit rapport de subordination, et, à un patron on trouve en face des employés. Les auto entrepreneurs étant leur propre employeur, ils s'appliquent à eux-mêmes la logique du système. L'auto exploitation, est de fait, le summum de l'erreur d'analyse de la réalité économique !

 

 

Qu'en est-il de leurs allégations ?

 

En fait le modèle capitaliste/libéral est en bout de course, ruiné par le fait de la compétitivité, de la dérégulation des échanges économiques, et de l'inexistence d'un capital supplémentaire à une ré-industrialisation positive de l'économie. La machine s'est bloquée, car l'informatisation aidant, la virtualisation des échanges s'est transformée en un gigantesque casino, où les prises d'intérêts et les paris sur tout ce qui peut exister, prennent le pas sur l'économie réelle qui a besoin du temps long pour pouvoir se développer.

 

Paris ne s'est pas fait en un jour, mais les financiers peuvent gagner en une heure ce que d'autres, par un dur labeur, ne gagneront pas en toute une vie.

 

Ces gens-là sont des gens pressés, et, cherchent à tout accélérer car ils ont perdu le sens du temps. Il avait été évoqué précédemment, dans un autre billet*, que le temps était ce qui constituait le fond de la conscience, le temps de contre-réaction des neurones permettant d'assurer une consistance au présent d'un être humain et ainsi d'effacer la prédominance d'un égo susceptible de valider la notion perverse de « libre arbitre ».

 

Ces gens-là, dévorés par un égo surdimensionné, ne peuvent trouver un assouvissement à ce sur dimensionnement que dans la précipitation continuelle de leur activité, et dans des résultats obtenus dans l'urgence et dans l'excès. Cela relève de la maladie !

 

Ce sont des grands malades, et les êtres humains ordinaires n'ont pas à en faire les frais.

 

 

Conséquences dans le monde du travail :

 

A ce point de notre réflexion nous arrivons à ce qui constitue une maladie professionnelle de notre époque. Nous évoquerons les processus de «burning out» ou de «boring out», que l'on peut respectivement décrire par usure prématurée par « crâmage » des circuits neuronaux, et l'usure prématurée par le gel, l'inutilisation de ces mêmes circuits.

 

Le «burning out» c'est ce que l'individu s'oblige à subir pour remplir sa tâche au mieux, le plus rapidement possible, en abandonnant tout ce qui constitue son univers relationnel normal. L'individu qui subit un «burning out» est dans le droit fil de la surexploitation de ses capacités, dans la logique extrême de l'homo oeconomicus : il ne peut que par lui-même arriver à se dépasser, continuellement, toujours plus. L'isolement que cet individu s'impose à lui-même l'isole du reste de la société, et alors, sa nature profonde d'être social cède : c'est la dépression, plus ou moins grave qui le prive à partir d'un certain moment de réactions normales, un peu comme un moteur automobile privé de l'huile nécessaire à son fonctionnement. A partir d'un certain moment ça casse !

 

Le «boring out» est différent, mais le résultat est le même. Certains individus, après de brillantes études, après avoir imaginé une réalisation sociale et économique de leurs efforts, se retrouvent à un poste où ils développent que très peu de leurs capacités ou moyens. Cette situation arrive assez souvent quand leur entreprise est amenée à réduire son activité. Ce n'est pas un placard, mais tout comme : l'individu placé dans cette situation va dans un premier temps s'adapter… Mais l'ennui va progressivement le gagner… la honte d'être rémunéré pour une activité quasi inexistante va s'insinuer… Son égo va en prendre un sérieux coup !…

 

Le temps qui s'écoule joue un rôle incontournable pour la formation de l'égo, mais quand on est obligé de subir le temps et qu'on n'est pas préparé à voir son égo se diluer, s'altérer, alors qu'on n'y est pas prêt, c'est la dépression, la rupture de la confiance en soi, la remise en cause de son existence. Le suicide est une fin possible à la souffrance quotidienne.

 

 

Et alors ?

 

Nous comprendrons facilement que dans le premier cas, il aurait été plus sain pour l'individu qui souffre de trop de pression qu'on lui allège une partie de son travail, et, qu'à celui qui souffre d'insuffisamment de pression on lui donne un peu plus d'activité. Mais la pression économique extérieure fait que dans le premier cas il faut faire le maximum, quel qu'en soit le prix à payer, et, dans le second cas on ne veut pas se passer d'un «collaborateur» qui pourrait s'avérer utile. Évidemment, le travail de l'un ne peut pas être obligatoirement fait pas l'autre, les compétences n'étant pas à priori les mêmes.

 

C'est ici que va prendre tout le sens d'un revenu minimum de base ainsi que la nécessité d'une meilleure répartition du travail.

 

Nous voyons que cette nouvelle organisation du travail dans une société moderne ne saurait reposer sous une pseudo «auto-organisation». D'une part parce que : une auto-organisation n'est qu'un leurre, qui ne saurait exister dans la mesure où des contraintes extérieures – la compétitivité par exemple – définissent le cadre.

 

Détruisons-donc d'autorité ce qui ne saurait exister pour le remplacer par une organisation planifiée et dépendante des intérêts, non pas d'une petite caste de profiteurs/rentiers, mais de l'ensemble de la société.

 

Un état moderne devra tendre à rechercher l'étendue des besoins de la population tout en étant guidé par une rationalisation des moyens à mettre en œuvre dans un cadre respectueux de l'écosystème humain. Ce sera l'occasion pour pointer vers des technologies innovantes et de donner aux acteurs de l'économie les moyens de créer des structures, de l'enseignement et de la formation, et des financements.

 

Pour connaître ces besoins, qu'avons nous à mettre en oeuvre ? Rien qu'on ne connaisse pas : sonder la population – pour de vrai – faire apparaître les tendances, les faire approuver et donner aux gens la possibilité de vérifier ce qui est fait, et comment cela est fait.

 

A ce carrefour-là nous voyons que la recherche fondamentale est le cœur de la démarche : c'est tout le contraire de ce qui se passe aujourd'hui, compte tenue du rang de misère auquel la recherche fondamentale se voit confrontée.

 

 

Conclusion :

 

Il est incontournable qu'une activité humaine débouche sur une économie rationnelle (une mise en normalisation de la maison : οίκος - νομος / la maison – la loi), économie toute différente de l'économie capitaliste, une véritable économie organisée vers l'intérêt du plus grand nombre. 

 

L'économie capitaliste/libérale étant à cette économie responsable ce que le «monopoly» est à l'économie réelle !

 

 

 

*voir le billet du 23/01/2016 de puég-pichot : L'ÉTHIQUE DE SPINOZA - Le conatus et l'action politique.

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Published by puég-pichot - dans philosophie politique
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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 23:18

Revenons sur les différents mouvements, différentes initiatives qui sont apparues sur la scène politique à l'occasion de différentes actions politiques ou législatives. Pour tout dire, et dans l'ordre de leur apparition, le sommet du Plan B, la « candidature » de J.L Mélenchon, le jlm2017.fr, et le DiEM25 tout cela avec un fond de bricolages politiques en Espagne pour empêcher Podémos de venir au manettes et même « QE 4 the people » de J. Corbin au Royaume Uni.

 

Je me permets de donner mon avis, suite au billet écrit par F. Lordon (1)

 

Encore faudrait-il savoir ce qui unit ces différents projets. A l'instar du mouvement d'espoir créé par SYRIZA et qui s'est fait laminé par manque de réalisme, nous devons reconnaître que tous ces mouvements/propositions/organisations repose sur la même question : « comment sortir de la panade où les « politiques traditionnelles » nous ont collés ? »

 

Pour répondre à la question il ne s'agit pas de reprendre l'ensemble des réponses, un seul acteur est suffisant, je l'appellerai capitalisme/néolibéralisme, avec tout ce que cela implique de manipulation des chiffres et des esprits.

 

Il n'est pas nécessaire sur ce blog de répéter des exemple de sa malfaisance, tous nous avons participé à poser notre pierre, notre exemple, notre réflexion. La démonstration n'est plus à faire : nous avons identifié l'ennemi.

 

Ce sur quoi je voudrais revenir c'est plutôt sur une attitude, configuration mentale, dynamique d'affects, pour reprendre l'éthique de Spinoza, qui nous fait, peut-être pas tous, encore que tous, gens de la gauche de combat nous sommes passés, dynamique d'affects qui nous fait réagir de façon négative aux termes souveraineté/souverainisme en opposition à l'internationalisme.

 

Il est vrai que ce dernier concept est presque inscrit dans nos gènes, en tout cas inscrit dans les gènes de la gauche de la libération. Ce concept nous le portons comme une antithèse au souverainisme de la droite extrême(ou pas?) qui elle porte cet autre concept comme un élément fondateur et indissociable de sa pensée politique. Aussi, opposons nous diamétralement les deux termes, en quelque sorte comme une marque de fabrique, l'un étant l'exacte antithèse de l'autre.

 

 

Qu'en est-il en réalité ?

 

En fait le souverainisme, élément constitutif de la pensée réactionnaire est à une nation ce qu'est la liberté individuelle pour l'individu, c'est-à-dire un concept isolant qui extrait l'individu de son environnement, tourne toutes ses actions vers l'intérieur, forme une carapace infranchissable, une muraille qui, telle à la muraille d'un château fort, est censée protéger l'individu du monde extérieur qui est nécessairement agressif et destructeur de son individualité. C'est une histoire « d'égo » et, à terme, d'égoïsme qui peut à l'occasion devenir forcené.

 

Cela repose sur l'impression qu'on a d'être seul à être concerné par tout ce qui peut nous arriver. C'est le renfermement de la solitude de l'individu face à la mort qui, malgré les philosophies chrétiennes qui laissent espérer une vie après la vie terrestre, ne résout pas cette angoisse existentielle : celle de la destruction inévitable de « l'égo ». Cela représente pour quiconque met cet « égo » en avant une perte...irréparable.

 

La philosophie bouddhiste met ce comportement d'extrémisation de « l'égo » comme étant la source de tous les maux de l'être humain. Je ne vais pas faire un cours de philosophie orientale, simplement préciser que la démarche de cette philosophie place « l'égo » dans le domaine de l'illusion. L'égo est relié directement à la conscience, à la pensée. Tout le monde connaît la sentence : « Je pense, donc je suis ». C'est à partir des « je » que la pensée de nombre de philosophies occidentales est constituée.

 

J'y opposerai deux contre-arguments que sont l'éthique de Spinoza qui conteste la notion même d'égo dans le sens où la pensée rationnelle repose sur des affects, c'est-à-dire des points de repères liés aux expériences que l'on a vécu, et donc n'aboutit que grâce à une combinaison de ces affects gouvernés hiérarchiquement eux-mêmes par des affects « supérieurs » qui proviennent de l'ensemble des pressions « officielles », ou qu'on veut se donner comme officielles mais que chacun reconnaît comme telles, comme l'Etat, la morale, etc. La pression que chacun subit étant générée d'en bas par le groupe lui-même, donc tributaire des affects globalisés des gens appartenant à une même un même groupe, une même tribu, une même société. Ce sont les tabous qui gouvernent le comportement social des individus.

 

Cette remarque n'est pas innocente mais je la développe pour m'en servir plus bas.

 

Mon second contre-argument est de nature scientifique : tributaire de deux domaines ayant a priori que peu de liens entre eux, la neurologie et l'informatique des réseaux. En effet des travaux récents en neurologie ont établi que le processus mental reposait sur des zones de stabilité qui, liées entre elles à travers la complexité neuronale, permettait de suivre un chemin bien précis et prévisible. Ce que la neurologie ne met pas en premier plan c'est l'informatique des réseaux de neurones qui l'a mis en évidence.

 

On a découvert qu'il existait bien, dans un réseau informatisé des zones de potentiel plus pas, conduisant à une meilleur stabilité de l'information véhiculée et qu'il fallait un certain temps de calcul, contrôlé par une boucle de rétroaction pour que « l'influx nerveux » piloté puisse être véhiculé d'une zone de stabilité vers une autre zone de stabilité. Le temps de ce calcul est tout naturellement associé à la conscience et représente en quelque sorte le présent pour le réseau. On constate que le processus de pensée repose sur le même schéma.

 

La pensée de l'individu est tributaire de ce déplacement de potentiel en potentiel sous l'effet d'une contre réaction de contrôle qui permet à la pensée de trouver en quelque sorte le meilleur gradient pour aboutir à une action spécifique ou à une « pensée » définie, indépendante du temps. Le temps « présent » n'étant que l'effet de contre réaction opérée pour trouver ce gradient optimal.

 

Non, « je » ne délire pas puisque « je » n'existe pas vraiment, étant une configuration stable d'un certain nombre d'affects qui constituent une « personnalité » qui n'est en fait qu'une complexion stabilisée par l'expérience vécue.

 

Notons au passage la remarquable interdépendance entre l'individu et son environnement, interdépendance qui est le propre des êtres vivants tous reliés dans écosystème spécifique dont chacun est dépendant. On peut constater que cette façon d'envisager la réalité est autocohérente, encore fallait-il trouver la bonne porte d'entrée, la bonne lecture pour que la cohérence apparaisse.

 

Il est donc évident que la société libérale, reposant sur une lecture de l'économie où le maillon de départ est un « homo oeconomicus » parfaitement identifié et « libre » est l'exact antithèse de l'individu réel qui lui est lié à son physique et aux relations que son corps et son esprit entretient avec le milieu dans lequel il évolue.

 

 

Mais quel rapport dira-t-on avec les notion de souveraineté et d'internationalisme ?

 

Je pense que pour le second concept il n'y a pas de souci : la liaison est transparente. En effet, chaque individu étant tributaire de et lié à son environnement écologique, il est de même pour tous. Ainsi tous les individus sont interdépendants et structurellement liés entre eux à travers l'écosystème qui les lie chacun. L'internationalisme est donc indissociable de la nature humaine des individus. Si on pousse le raisonnement pour l'étendre à tous les êtres « sensibles » nos voyons que l'écosystème terrestre forme une seule et unique entité interagissant de réflexivement entre eux.

 

On trouve bien évidemment une grande différence de mœurs entre le dromadaire dans le Sahara et la couturière d'une entreprise de confection mais l'un et l'autre sont liés par une entité supérieure qui est l'écosystème terrestre.

 

Il est donc « naturel » de penser internationalisme puisque c'est une communauté de fait, relative celle-ci à l'être humain, que l'on nommera par écosystème humain qui s'inscrit dans l'écosystème général.

 

C'est à partir de ce point-là que nous pouvons revenir vers les concepts de souveraineté/souverainisme. Comme il a été dit plus haut le souverainisme est un concept illusoire qui tendrait à faire croire qu'une nation peut s'isoler totalement des autres nations et que cette isolation de fait, consentie et organisée, rendrait la nation plus à même de parer aux différentes « agressions » qu'elle subirait de l'extérieur : quittons la zone euro, dressons des barrières aux importations venues de Chine, interdisons aux plombiers polonais de venir travailler en France et renvoyons « chez eux » tous les émigrés qui viennent pervertir ce bel équilibre national, d'une Nation composée d'individus parfaitement libres et indépendants. Je force le trait mais on n'est pas loin de ça quand on entend le discours du FN. Ils sont bien obligés de ne pas aller jusqu'à l'extrémité de leur raisonnement car ils se rendent bien compte que cette vision extrême ne tient pas debout.

 

C'est la raison pour laquelle dans leur discours il faut introduire un élément fédérateur qu'il ne nous ont pas piqué mais qui est indispensable pour leurs visées politiques : « Ce sont les méchants capitalistes qui exploitent les pauvres citoyens ». Vision infantilisante et racoleuse qui ne se définit pas dans ces termes mais qui constitue un point d'impact relativement à une population opprimée, brimée, déboussolée et désespérée. Le souverainisme de la Nation va s'opposer en tant que méthode pour faire obstacle à l'agression des agents extérieurs, sauf que cela ne règle pas l'action du capitalisme qui de toute façon se moque bien des frontières puisque international, globalisant par nature.

 

C'est donc le concept de « souveraineté populaire » que l'on va faire intervenir à ce point de notre réflexion : ce concept repose sur plusieurs éléments que sont :

a) l'intercommunication entre les individus d'un même groupe humain

b) la laïcité active en se libérant de tous les tabous imposés par le capitalisme

c) la capacité de décision du groupe humain à se rendre maître de ses décisions

On voit bien dans quelle mesure la souveraineté populaire est liée à l'internationalisme : en fait c'est la même chose, la différence c'est l'échelle de réalisation.

 

Aussi faut-il se donner les outils qui permettront de s'affranchir des tabous de la société actuelle, les actes de croyance à la religion féroce que les libéraux de tout poil cherchent à imposer comme une évidence naturelle mais qui n'a rien de naturel puisque tous nos affects ne dépendent que des expériences/forçages mentaux que la société nous impose.

 

Sauf que ces forçages mentaux ne sont qu'en fait une dynamique d'affects que l'on nous a entraînés à considérer comme infranchissables. Les exemples sont nombreux. Parmi les plus répandus citons l'acceptation du droit de propriété lucrative, le droit à la rémunération du capital contigu à la rente, l'absolue nécessité de la spéculation pour soi-disant « réguler les échanges ».

 

Une autre pseudo vérité, devenue croyance, la valeur de l'argent/de la monnaie. La notion même de valeur étant une notion vide intrinsèquement : on peut à la rigueur évoquer une « prétention à la valeur » de l'argent/monnaie alors que c'est tout plus un outil qu'il faut comme tout les outils adapter à l'usage qu'on en fait.

 

A ce point du développement évoquons l'Euro : cette monnaie est prétendu un objet de valeur qui selon les libéraux est le lien existant entre les différents pays de l'Eurozone gage de paix entre les nations qui appartienne à cette Eurozone. En fait c'est un outil qui sert à travers une multitude de règlements/cliquets à asservir les peuples/nations selon des règles qui n'ont rien de naturel, qui ont simplement été imposées de l'extérieur( l'avis démocratique du peuple on s'en moque ) afin d'améliorer le fonctionnement de la machine à concentrer la richesse produite par le travail des peuples, concentration dont une rare oligarchie peut profiter.

 

On voit bien la duplicité, typique des ordolibéraux, qui n'hésitent à brandir des notions alléchantes de liberté mais trompeuses puisque distillées dans leur « novlangue » pour asseoir leur pouvoir en utilisant la monnaie « Euro » non comme une valeur qu'elle n'a pas(nécessairement) mais bien comme un outil de domination.

 

Aussi, forts de cette analyse, aucune raison de tergiverser : on ne peut pas modifier l'UE de l'intérieur puisque sa structure de domination est faite de principes/idées faux par nature, conçus dans un but précis : conserver le pouvoir en utilisant des cliquets ne pouvant revenir en arrière.

 

Il faut donc casser la machine infernale en la privant des ses leviers de pouvoir que sont les principes soit disant intangibles mais purement fictifs que sont la propriété lucrative, le rendement du capital, et la spéculation.

 

Un gouvernement de gauche qui voudrait s'imposer doit prévoir dès son entrée en fonction de casser ces trois piliers du libéralisme et ne pas discuter avec ses représentants.

 

Ce n'est pas un histoire de principes politique c'est un ensemble de mesures qui relève du bon sens. Mais nombre de gens sérieux de la « gauche » sont incapables de se résoudre à cet indispensable chantier devant conduire à l'anéantissement du capitalisme.

 

Si vous avez suivi ce raisonnement vous pouvez constater que souveraineté et internationalisme sont compatibles mais seulement réalisables dans un cadre où les piliers du capitalisme auront été sciés de manière radicale.

 

Bien évidemment nous ne réussirons pas à créer immédiatement une société rêvée où « l'humain d'abord » aura été réalisé ex nihilo : c'est un but à atteindre mais pour l'atteindre il ne faut pas hésiter et imposer par la souveraineté du peuple les mesures qui permettront à cette souveraineté de s'exprimer totalement, réalisant en soi une union internationale des peuples dans un écosystème humain respectueux du reste de la planète.

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Published by puég-pichot - dans philosophie politique
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 21:35

Souvent vous avez pu lire sous ma plume l'expression « la religion féroce » du néolibéralisme. Expression empruntée à P. Jorion mais qu'on retrouve aussi chez B. Friot sous une expression équivalente. Ce dernier a donné une série de conférences sur le sujet de la laïcité. Le modèle de la laïcité qu'il a développé est très intéressant. Il revient aux origines du terme « laïcité » et l'étend aux croyances religieuses que le libéralisme distille comme des évidences alors que ce ne sont que des articles de foi, une foi qui n'a rien de mystique mais purement une dogmatique tellement répandue que quasiment personne n'en remet en cause la réalité, pas même les syndicats, pas même la gauche, la vraie, pas celle des solfériniens et de leurs satellites mais bien celle que j'appelle « de combat ». Aussi, j'écris ce billet afin de remettre les « pendules » à l'heure de la réalité. Il apparaîtra peut-être à certains de mes lecteurs que j'enfonce des portes ouvertes mais certains autres découvriront peut-être une autre manière de penser la lutte et d'entraîner les gens dans cette lutte. C'est tout le mal que je leur souhaite.

Laïcité ?

Revenons à la définition première, celle qui s'appuie sur la définition que les pères de la démocratie ont donnée, celle des grecs anciens tels Solon : laïcité vient du mot grec, encore utilisé aujourd'hui, laïos(λαίος), le peuple, terme mis en opposition dans la pensée grecque avec archos(αρχός), le chef. C'est cette définition-là que j'utiliserai le terme « peuple », avec une sémantique cachée mais présente celle du « vulgus » latin, ou « prolétaire » de premiers socialistes, c'est à dire qui ne vit que de son salaire. Le mot salaire nous l'étendrons à toute forme de salaire, obtenu par le travail au sens large, c'est-à-dire l'activité aboutissant à la production d'un objet, d'un service,etc. J'opposerai le mot salaire au mot rente, signifiant alors « richesse obtenue par l'action du capital ».

Définition : la laïcité est l'expression dans son action de la souveraineté du peuple.

Je n'utilise volontairement pas « démocratie », qui signifie autorité du démos, c'est-à-dire, autorité de la cité dans son ensemble, laïos et archoi confondus, et cela change tout. Le « dérapage » sémantique du mot démocratie, qui a pris sa signification sous l'action de Siéyès, est bien illustrée dans l'intégralité de l'expression « démocratie représentative » sauf que les « archoi » sont prétendument les représentants du laïos mais techniquement ne représentent actuellement, dans nos démocraties occidentales, que le groupe social dont ils sont issus, ce que l'on appelle aussi « oligarques », c'est-à-dire le « groupe restreint des chefs ».

Nos « oligarques » actuels sont les prêtres de la religion féroce imposée par les quelques possesseurs du capital, ce que l'on appelle souvent le « 1% », qui, compte tenu du mode de fonctionnement du système capitaliste se réduit aussi à toute allure, puisque leur mode de fonctionnement est un dispositif « tueur » éliminant au cours du temps les plus faibles. Cela explique la raréfaction croissante des vrais « maîtres ».

C'est donc contre cette religion féroce que le laïos doit se défendre en effaçant de sa mémoire les préceptes/croyance de celle-ci que je vais démonter dans la suite de ce billet.

PREMIERE CROYANCE

Le PATRIMOINE est source de la production de VALEUR.

Cette croyance pourrait s'écrire de façon plus étendue en disant que lorsque quelqu'un possède de la terre, une usine, etc. il a de droit de le transformer en outil de travail et d'en tirer un bénéfice. Je pendrai le mot travail, non dans son sens « tripalium », c'est-à-dire « torture », mais dans l'acception marxiste de producteur de richesse. Encore que le mot « richesse » peut recouvrir plusieurs sens : non seulement « croissance de la valeur », mais aussi « création d'un service » , « génération d'une facilitation ». Enfin toute action tendant à rendre la vie ordinaire plus facile. Le paysan qui travaille la terre et en tire du blé qui servira à terme à faire du pain, fait croître la valeur du sol qu'il a travaillé. Le produit de son travail est donc bien une richesse supplémentaire en ce sens que sans son travail il n'y aurait pas eu de pain produit.

De même le fonctionnaire, agent de la Sécurité Sociale, qui va traiter votre dossier maladie pour que vous soyez remboursé de vos frais produit un service qui vous est bénéfique. Quant au chauffeur de l'ambulance qui vient chercher chez elle une personne à mobilité réduite il génère une facilitation qui sans son intervention n'aurait pu permettre à ce que la personne transportée puisse aller consulter.

Dans le même ordre d'idée, la grand-mère qui va chercher ses petits enfants à l'école, la ménagère qui prépare les repas et fait le ménage chez elle, le retraité qui fait son jardin, tous travaillent et produisent une « richesse » qui rend la vie plus facile.

Mais que fait le propriétaire qui « prête » « sa » terre au paysan, le propriétaire qui « prête » « son » usine aux ouvrier, le propriétaire qui « loue » sa maison à son locataire ? Est-ce qu'il travaille, lui ?

Bien sûr certains diront que sans le propriétaire le paysan ne pourrait pas travailler, pas plus que l'ouvrier et le locataire vivrait dehors. MAIS la terre pourrait aussi bien être travaillée si elle appartenait au paysan, l'usine à l'ensemble des ouvriers et si la maison appartenait au locataire, ou à toute collectivité qui en assurerait la fourniture.

Ce n'est pas la propriété qui est mise en cause : la propriété d'usage est indispensable, et gérer une propriété d'usage est aussi indispensable : le propriétaire d'usage de la terre s'intéresserait précisément à son bon usage, son entretien, le propriétaire de l'usine veillerait à ce que les bâtiments et les machines restent en bon état et soient changées après usure, le propriétaire du logement veillerait à son entretien. Que fait le paysan qui est propriétaire de « sa » terre ? Rien d'autre que de la maintenance, de même le patron de PME, ou le propriétaire de son logement.

Ce qui est mise en cause c'est la propriété lucrative celle qui apporte une rente par simple prélèvement autorisé par l'habitude d'une partie des richesses produites par un autre. Qu'est-ce qui autorise le « rentier » à faire ainsi ? Une croyance, un affect inscrit dans la tête des gens, que ce genre de prélèvement est « normal ». NON, ce n'est pas normal, puisque l'on peut faire autrement. C'est donc un privilège, assuré par une croyance, un article de foi en la religion capitaliste. Il n'y a pas de légitimité à procéder ainsi, tout au plus il existe une prétention à cette légitimité. Nous dirons donc, et nous en avons le droit, de poser une autre prétention, celle de la non légitimité, de cette pratique. Ce qui valide notre prétention c'est le seul fait que l'on peut se passer du rentier si c'est nécessaire et que les propriétaires de leurs outils de travail se débrouillent pour produire de la richesse sans en avoir à en référer à qui que ce soit d'autre. Leur propriété est leur outil de travail mais la richesse qu'il produisent est le fruit de leur travail.

Conclusion : la propriété d'usage, quelle que soit la forme qu'elle prenne, est normale, c'est-à-dire légitime. La propriété lucrative est illégitime. Un réelle laïcité devra s'affranchir de cette croyance pour pouvoir exercer la souveraineté que le peuple se doit de posséder. Sans chasser des mentalités de chacun cette notion perverse, instillée depuis des générations, il ne sera pas possible de casser l'emprise que le capitalisme exerce sur la société dans son ensemble.

DEUXIEME CROYANCE :

Le Marché du Travail, exactement et précisément : seuls celles et ceux qui se soumettent à la dictature du Marché du travail, travaillent !

En fait c'est sur la définition de la création de richesse que cette croyance repose, qui prétend que l'attribution d'un salaire relève de la domination de ceux qui « organisent » le marché du travail. Cette manière de faire relève de la notion de « poste de travail », ou simplement d'emploi. L'employé est celle ou celui qui se plie à ce rite de quémander un poste de travail, distribué selon le bon vouloir des employeurs.

Nous constatons que sous cet angle, on confère un levier de pression considérable aux employeurs qui peuvent à loisir organiser le marché de la manière qui les arrange.

Non, et comme il a été dit plus haut le travail est toute action tendant à rendre la vie ordinaire plus facile. Ainsi, l'antidote à cette croyance s'appelle salaire à vie non pas relevant du poste de travail mais bien de la personne elle-même qui aurait acquis un droit, qui reste à définir, en fonction de critères, restant à établir. En effet, le salaire passera par la monnaie afin de pouvoir échanger le travail effectué par quelqu'un, quelque part, avec le travail d'un autre fait ailleurs. Ce ne serait pas plus facile de faire du troc que d'utiliser de la monnaie. Mais tout cela relève de la notion de prix que je ne traiterai pas dans ce billet.

De 18 ans à la mort l'homme a droit à un salaire. Cette notion fait donc disparaître la notion de chômage qui est le « cousin », le complément indispensable du « marché du travail » car sans chômage pas de pression de ce dernier. L'antithèse intégrale du marché du travail est le salaire à vie qui est la matrice de la laïcité au travail.

Bien sûr une société qui aura fait disparaître cette notion punitive de « marché du travail » devra se réorganiser en conséquence. C'est une étude qui devra être faite ultérieurement. Mais il faut commencer par chasser la notion de marché du travail qui a la vie dure. Les syndicats et les partis politiques se sont totalement fourvoyés : pas un syndicat n'a contesté cette notion même de marché du travail. Quand un syndicat comme la CGT s'est lancé à tenter d'utiliser la notion de salaire socialisé il n'y avait pas en fond la contestation de l'existence du « marché du travail ». Il y a donc beaucoup de chemin à parcourir.

TROISIEME CROYANCE

La nécessité de l'existence d' INVESTISSEURS.

La menace habituelle à toute annonce/supposition de l'arrivée de la gauche antilibérale au pouvoir est celle qui consiste à dire que les investisseurs vont se retirer. Cela semble être une catastrophe, semblable à celle que le Front Populaire a subi et plus récemment le gouvernement Mitterrand en 1983. Ces attaques furent possible que dans mesure où le pays était resté sous la coupe des « investisseurs/financiers». Réglons une fois pour toute le sort de cette croyance : les investisseurs sont INUTILES, ce sont des parasites.

L'existence d'investisseurs est conditionné par une autre forme de la même croyance, que le capital donnait une légitimité à en retirer une bénéfice sous forme de « loyer », généralement appelé « intérêts ». Cette croyance est tout aussi peu fondée que les deux premières mais avant d'aller plus avant regardons ce qui se passe au niveau du PIB. Arrondissons les nombres et donnons le montant de 2000 milliards d'euros au PIB français – nous passerons sur d'autres façons de l'évaluer, là n'est pas le débat – . 1200 milliards d'euros de ce PIB passent dans les salaires et cotisations. 100 milliards correspondent à la part des travailleurs indépendants. Que reste-t-il ? 700 milliards d'euros. Qui sont produits par qui ? Les travailleurs, pas les rentiers comme cela a été dit plus haut. Comment sont ils répartis ? Les 700 milliards d'euros restant sont « raflés » par tout ce qui ressemble de près ou de loin à des dividendes grosso-modo, – nous n'entrons pas dans les détails – qui reviennent sous environ 400 milliards comme investissements, les 300 autres milliards disparaissent tout bonnement dans le casino mondial, ou planqué dans les fiscal havens. Il est quand même extraordinaire que les « investisseurs » comment d'abord par prélever une part de la richesse produite (400 M) et la retournent dans l'économie en demandant un loyer ! Disons-le crûment : les « investisseurs » piquent indûment 400 milliards pour ensuite faire des bénéfices avec !

Si l'Etat se servait directement sur les 400 milliards d'euros pillés par les financiers cette somme pourrait très bien retourner dans le système, et de façon continue, en tant que subventions à l'activité. La balance des capitaux serait remise à zéro.

Les libéraux nous assènent leur catéchisme libéral en pointant ce qu'il appellent le coût du travail : en réalité leurs ponctions représentent ce qu'il serait correct d'appeler le « coût du capital », qui est constitué des « loyers/intérêts » qu'ils imposent ainsi que le reste, les 300 milliards qui partent en fumée.

Cette pratique, jusque là parfaitement admise comme « naturelle » est une subversion des comptes de la nation par l'investissement et participe complètement à l'enrichissement continuel d'une poignée de malfrats que l'on appelle investisseurs.

L'antidote à cette notion d'investissement s'appelle la subvention tout comme la cotisation participe du salaire versé aux travailleurs qui ne constituent pas un coût mais un juste retour sur le travail produit.

QUATRIEME CROYANCE

La productivité qui a pour corollaire l'évaluation de la valeur d'un travail produit en terme de temps.

Cette productivité s'applique directement aux machines, robots et logiciels qui effectuent la même production en moins de temps qu'un travailleur avec moins d'erreurs. De même la taylorisation des chaînes de production où le geste de production était à la fois répétitif et rendu plus efficient est validée par la notion de poste de production. On verse donc un salaire non pas au travailleur mais au poste qu'il occupe. On va donc définir pour satisfaire à la productivité des protocoles correspondant à un poste. Un chirurgien doit faire telle opération en tant de temps, ce protocole opératoire sera encadré par des règles d'économe de temps afin que le poste opératoire soit occupé le plus possible , en quelque sorte qu'il soit « rentable » et cela en dehors de toute complication qui pourrait survenir. Cette pratique est détestable car elle fait coïncider un procès où intervient des aléatoires avec la notion de poste qui ne comporte aucunement cette notion.

L'antidote à cette notion de productivité est réglée par le fait que le salaire soit versé non au poste mais à la personne en fonction de ses qualifications et de son expérience.

Je sais bien que vous allez être nombreux à suggérer que l'opérateur peut très bien faire mal son travail et que cela peut aboutir à des catastrophes. Mais croyez-vous que le même chirurgien, à la « bourre », ne risque pas d'en faire ? Croyez-vous, dans une situation moins catastrophique, qu'un opérateur qui monte des pièces délicates en confection vestimentaire par exemple ne risque pas de faire des erreurs ? Demandez donc aux gens chargés du contrôle qualité, vous verrez que les ateliers où la « bourre » est continuelle sont tout de suite repérés par le taux des malfaçons ainsi produites.

Le salaire à la qualification serait bien évidemment défini par des conventions collectives définies selon un consensus. Ce n'est pas le lieu de détailler mais cela fait penser que le code du travail a toutes les chances de changer de forme et pas dans le sens que M. macron et ses copains du Medef voudraient imposer.

CINQUIEME CROYANCE

La notion de salaire social ou de salaire de solidarité. Il est coutumier de dire : « C'est bien qu'il y ait des jeunes, ils paieront nos retraites » ou « C'est normal que j'ai une retraite j'ai cotisé pour ça ».

Les jeunes assureraient donc par leur travail la nécessaire solidarité à l'égard des anciens qui n'ont plus de travail ?

C'est du libéralisme pur jus, coupable de tous les refus, de toutes les reculades, de toutes les attaques contre le contrat social. Faut-il encore le répéter ? Les retraités travaillent quand ils ne sont pas malades, travaillent comme les fonctionnaires travaillent, comme les mères au foyer travaillent ! Et puisqu'ils travaillent ils méritent un salaire en fonction de leur qualification. Ils sont des facilitateurs de la vie quotidienne et ils méritent pour cela le salaire qu'on leur verse.

Devant la mise à mort progressif des caisses sociales y a-t-il un syndicat qui aurait réclamé l'augmentation des cotisations, en particulier celles des employeurs ? La cotisation c'est la part du travail produit par les travailleurs qui constitue le montant du contrat social. C'est simplement une mise en potentialité du travail fourni par la collectivité pour fournir à ceux qui n'ont pas d'emploi, en fait de poste, un salaire qui correspond au travail qu'ils effectuent.

Et les chômeurs ? Dans un cadre où le marché de l'emploi serait annulé, le volant de chômage disparaîtrait, en tout cas le chômage ne constituerait pas le levier pour faire pression sur les autres travailleurs. En attendant, il est naturel qu'il continuent à obtenir un salaire tant qu'ils n'ont pas d'emploi. Il ne s'agit pas de solidarité mais de simple justice.

Institutionnaliser le salaire à vie après avoir interdit la spéculation, repris le contrôle de toutes les banques principales en les nationalisant, après avoir nationalisé toutes les industries indispensables au fonctionnement économique du pays et rendu à toutes les autres entreprises la capacité d'innover et d'avancer en leur fournissant des subventions ou des prêts à taux 0.

CONCLUSION

Avec la puissance actuelle de l'informatique il est possible de contrôler le fonctionnement de l'économie, après avoir fait un audit sur l'ensemble des possibilités de développement. Que ceux qui continuent à penser que seule la liberté de circulation des capitaux est capable de stimuler le progrès finissent par comprendre que le vrai progrès humain ne passe pas par toujours plus de consommation. La Terre est finie et ne peut pas fournir à l'infini des ressources pour satisfaire les délires d'accumulation de richesses quel qu'en soit le poids à supporter.

La véritable laïcité, l'expression de la souveraineté du peuple passe par le respect de l'humain et la juste rétribution de son travail. Juste rétribution signifie respect des gens, respect de l'environnement, respect au sens large de l'ecosystème terrestre. Il ne faut jamais perdre ce principe de vue !

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 22:01

Introduction :

L'action militante est faite à la fois d'action sur le terrain mais aussi de réflexions d'ordre général afin de défricher le terrain de l'action à venir. La connaissance d'une philosophie/éthique ne peut en elle-même définir les moyens d'action mais peut aider à les élaborer.

La philosophie de Spinoza prise selon les critères anciens feront toujours référence à une éthique en rapport étroit avec la théologie. Mais pour comprendre son travail il faut remonter à la base de la pensée de cet immense philosophe. Des travaux qui datent d'environ 45 ans ont mis en lumière un des aspects oubliés et pourtant fondateurs de sa pensée bien que lui-même ne l'ait pas exprimé en ces termes, mais l'habitude est venu d'évoquer le mot conatus, l'élan, pour établir une référence à la philosophie de cet auteur.

Définitions :

Pour être un peu plus disert nous dirons que c'est l'effort que chaque ensemble déploie pour persévérer dans son être. En terme de thermodynamique c'est la lutte de tout système agrégé pour contrer l'action naturelle de l'entropie, qui représente l'énergie du désordre. Cependant le philosophe qui a extrait de l'œuvre de Spinoza la notion de conatus est Alexandre Matheron : la force de son travail a été de définir le mot, lui donner une sémantique.

De quel contexte l'a-t-il extrait ?

Le « conatus » est un des outils qu'utilise Spinoza pour entériner la rupture avec le concept humaniste de la métaphysique du sujet qui peut se résumer en : « Nous sommes tous libres et déterminés, et notre esprit commande à nos corps ». Le cartésianisme, dont le domaine a été défini par Descartes lui-même, pourrait s'énoncer selon la question : « Comment s'organisent les rapports entre une âme et un corps ». Descartes y apporte une réponse : « l'homme dispose d'un libre arbitre »et Spinoza prend l'antithèse totale à cette réponse : « il n'y a pas de libre arbitre, le déterminisme règne partout ». Il s'agit donc bien d'une réponse dans le cadre du cartésianisme mais totalement opposée à la position de Descartes. Spinoza n'admet pas la position suivante : « Alors que tout l'univers est gouverné par des lois de cause à effet, l'espace humain peut en faire l'abstraction ». En effet, par quel « miracle » l'Homme serait-il capable de s'affranchir de la puissance de la causalité ?

Développement :

Cet aspect est sociologiquement et politiquement en rupture totale avec « l'air du temps » de notre XXIème siècle, qui prétend que chacun est responsable de ses actes et possède donc une liberté intrinsèque. La vision spinozienne de la société humaine n'exclut, de fait, pas que cette société possède ses propres spécificités qui la distingue de celle des gibbons, de baleines, etc. mais elle reste uniquement dans un cadre déterministe.

La philosophie de Spinoza est une antidote radicale à la pensée néolibérale mais on ne saurait se contenter de l'expliquer pour faire changer quoi que ce soit.

A ce point du discours il est inévitable de souligner qu'une telle façon d'envisager la sociologie du groupe humain conduit à penser que Marx avait tort de prétendre que l'on pouvait faire la révolution en faisant disparaître les aliénations des groupes sociaux en leur permettant ainsi de se libérer.

En effet dans les premiers travaux de Marx la notion d'aliénation est un pivot de construction de sa pensée(*). En fait il n'y a pas de contradiction simplement une révision de la méthode. En effet, Spinoza introduit une aliénation générale de tout le groupe social humain, aliénation à une causalité extérieure. Cependant sa vision de cette aliénation rejoint les travaux récents des neurologistes à propos de la notion d'affect(voir le texte : « Pourquoi les libéraux... sur ce blog »). Spinoza admet que notre différence individuelle s'explique par la multiplicité des affects qui nous concernent et que nous avons acquis de façon causale à travers notre expérience. Nous sommes « gouvernés » par nos propres affects.

Nous n'avons donc aucun libre-arbitre, chacune de nos décisions étant l'aboutissement d'une convergence d'affects qui nous sont personnels. Il n'existe donc pas de « liberté » intrinsèque et cette position explose complètement les théories sur l'individualisme chères aux libéraux.

Spinoza introduit la notion de « complexion passionnelle » pour expliquer les choix que nous faisons : cette notion recouvre l'ensemble des expériences que nous avons pu faire et qui ont façonné chacun de nos affects. Mais pour lui l'acquiescement ou le refus d'une chose est déterminé non pas par la liberté de le faire – ainsi que les subjectivistes le prétendent – mais bien par le résultat pondéré de l'ensemble de nos affects.

Conséquences :

Cette façon de voir ne réduit pas à néant les résultats des travaux des sociologues mais change simplement le point de vue : la complexion passionnelle des individus appartenant à la même nation ( sentiment national), au même groupe social a plus de chance d'être similaire dans la mesure où les expériences que chacun a vécu conditionnent cette complexion passionnelle. Les enfants d'agriculteurs ont plus de chances d'avoir fait les mêmes expériences alors que ceux qui appartiennent à un groupe social urbain auront eu d'autres expériences. La complexion passionnelle dépend aussi de l'individu qui de toute façon n'a pas fait non plus au même âge ou dans exactement les mêmes circonstances des expériences similaires. On constate ainsi une différence d'intensité dans la complexion passionnelle d'individus appartenant à la même famille, à la même région, au même groupe social et à la même nation.

Donc, et c'est fondamental chez Spinoza, chacun est tributaire, aliéné par la complexion passionnelle résultant de ses expériences passées mais il n'est pas libre intrinsèquement et donc éminemment prévisible pour quiconque connaîtrait en détail sa complexion passionnelle.

Abordons un point singulier dans notre action en tant que militants de la gauche de combat. L'individualiste de base nous dira : « mais comment peut-on dans un tel cadre envisager le combat politique puisque la notion même de valeur est mise en cause ? » En effet, en multipliant les complexions passionnelles on pourrait aboutir à un parfait capharnaüm, où chacun sera mené par sa propre expérience de la réalité.

De l'inexistence de la valeur :

D'abord reprenons la notion de valeur chez Spinoza. Dans la pensée des subjectivistes la valeur est une donnée objective sur laquelle personne ne peut diverger. Spinoza reprend la définition de la valeur en sens contraire : un « objet » n'a de valeur que par rapport à l'ensemble des affects qu'on lui porte. Autrement dit seul le poids des affects donne la valeur. Donc il n'y a plus de valeur commune possible.

Mais il ne faut pas oublier que dans une société il existe de puissants moteurs. En effet, et pour cet angle le structuralisme va servir, nous dirons que la société n'est pas une structure horizontale mais un ensemble coordonné des différents niveaux. Certaines structures comme par exemple la souveraineté de l'état, les valeurs morales, les lois, etc. Ces structures en fait sont complexes car si elles ont tendance à niveler chacun par une action de haut en bas. Mais l'origine des ces structures prend naissance « en bas » par coalescence globale d'une communauté de complexion passionnelles d'où ces structures tirent leur existence. C'est un effet de « transcendance immanente » : les règles qui s'imposent à nous en venant du haut ne sont acceptables, n'ont de valeur, que parce qu'elles proviennent d'un consensus qui a pris naissance en bas.

Résumons-nous car cette approche est féconde : en premier chef nous dirons qu'il n'existe aucune valeur absolue intrinsèque valide pour le groupe humain dans son ensemble pour Spinoza. Il n'existe que des prétentions à l'affirmation de diverses valeurs, portées chacune par des groupes qui les supportent. Ainsi on n'assiste pas à un conflit de valeurs mais un conflit de prétentions à la valeur.

On butte en ce point de la réflexion sur la notion de légitimité. Des milliers de pages ont été écrites autour de la légitimité mais Spinoza rejette la légitimité comme la valeur en assumant que les légitimités sont construites sur des « prétentions coalisées » à cette légitimité. Prenons un exemple historique : la légitimité du maréchal Pétain en tant que chef de l'État reposait sur le fait qu'il était le « vainqueur de Verdun ». Qu'est qui objectivement le rendait légitime à ce poste dans l'État ? Immédiatement sa légitimité a été contestée par les résistants qui ont fait de lui le responsable de la collaboration avec le régime nazi, ce qui le délégitimait au poste qu'il occupait en tant que représentant de la France, la France Libre bien sûr.

La valeur en économie...libérale :

Il est cependant étrange de constater que le mot valeur est utilisé dans de nombreux secteurs sociaux : les valeurs morales, les valeurs artistiques, les valeurs économiques. C'est précisément sur cette valeur économique qu'il faut pointer. En effet les « économistes » prétendent avoir accès à une valeur absolue en économie car ils prétendent mettre des nombres en face de la valeur économique. C'est une totale illusion. Il suffit de penser aux bulles financières qui éclatent les unes après les autres après être passées par un maximum. C'est P. Orléan(économiste atterré) qui en fait un démontage remarquable(++).

A ce point de l'explication il apparaît une tentation de relativiser totalement les différentes prétentions à la valeur, quel qu'en soit le champ, de les renvoyer toutes dos à dos : c'est une vision qu'on appellerait agoniste, c'est-à-dire en lutte constante( Voir le livre de Ch. Mouffe : « Agonistique. Penser politiquement le monde »).

L'éthique de Spinoza en elle-même :

Spinoza n'en reste donc pas là, sinon il n'aurait pas écrit « une éthique ».

En effet, Spinoza affirme l'existence d'au moins une valeur absolue : la connaissance, ou plutôt il définit trois genres/catégories de connaissance :

• Les connaissances du premier genre correspondent à la perception sensible (je vois, j’entends, je ressens), aux opinions courantes (connaissances acquises par « ouï-dire ») et à l’expérience. Ces connaissances sont partielles et douteuses car nos sens nous trompent parfois, les opinions sont diverses et contradictoires, et l’expérience de la vie est relative à chacun.

• La connaissance du deuxième genre nous est donnée par la raison. Elle s’exerce en mathématique, par exemple. Ce savoir est objectif, universel et affranchi des passions. Mais il ne nous donne qu’une connaissance abstraite et désincarnée du monde, telle qu’on la trouve dans la physique galiléenne de l’époque ou la théorie des cordes de la fin du 20ème siècle .(+)

• La connaissance du troisième genre est celle que peut acquérir le philosophe. C’est une sorte de perception globale et intuitive, obtenue au terme d’un long cheminement intellectuel. Elle permet de percevoir les choses dans leurs relations, leur développement, leur unité. Cette vision synthétique ou « holiste » du monde est censée procurer sérénité et béatitude. À ce moment, le philosophe vit une sorte de communion avec Dieu et la nature (pour Spinoza, « Deus, sive natura » : Dieu et la Nature sont une et même chose). Selon Spinoza, la connaissance du 3ème genre nous permet d'avoir une plus haute conscience de Dieu, de nous-même et des choses.

Action militante et conatus.

Si nous voulons imaginer une application militante de ce qui vient d'être expliqué nous pourrons dans un premier temps en conclure que selon Spinoza la vie n'est que conflit puisque le conatus poussant les différentes complexions passionnelles à s'exprimer, seul le conflit va pouvoir avoir une réalité. C'est sans compter sur le fait que la raison peut conduire à organiser les conflits et les transformer en une dynamique positive unissant dans différents groupes les complexions passionnelles que ces différents groupes possèdent en commun.

En disant cela, on comprend que l'action militante sera gouvernée par des ensembles synthétiques, pas nécessairement des partis, qui auront mis en synergie des affects pouvant être réunis et qui vont définir ainsi un affect supérieur gouvernant l'action du groupe.

Quel ensemble d'affects peut-être aujourd'hui mis en commun afin de créer une dynamique politique suffisante et capable d'assumer une action collective pouvant aboutir à un changement de société ? C'est le rôle des militants, de la discussion, de la comparaison, des occasions de luttes autour de problèmes relevant du quotidien . Une méthode expérimentale pour trier le bon grain de l'ivraie, de définir une ligne d'action efficace. Beaucoup de choses restent à faire.

(+) Même si les sciences ont beaucoup évolué depuis l'époque de Spinoza nous ne pouvons pas nous écarter grandement de cette vision : si nous nous en tenons aux contenus et à l'organisation des sciences dures( Pas l'économie « scientifique » s'entend !), ou des sciences naturelles. L'apport du deuxième genre reste la raison, et la capacité qui est donnée de suivre un raisonnement enchaîné. Toutefois les théories, et aussi bien « ficelées » qu'elles puissent être ne constituent pas une connaissance tant qu'elles ne sont pas confronté de façon harmonieuse et cohérente avec l'observation. C'est la raison pour laquelle nous sortirons « l'économie scientifique » de cet exemple car elle n'est presque jamais, ou si peu, vérifiée par l'expérience. Ce n'est donc pas une connaissance du deuxième genre. Une simple prétention à la légitimité mais qui a envahi l'espace au point de donner l'illusion d'une connaissance.

(*)
Dans la théorie marxiste, l'aliénation est la condition de l'individu qui ne possède ni son outil de travail, ni sa production. Le travail n'est alors plus qu'une simple marchandise vendue, qui détruit l'homme en détruisant son temps de vie :

"Un homme qui ne dispose d'aucun loisir, dont la vie toute entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une bête de somme. C'est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. Et pourtant, toute l'histoire moderne montre que le capital, si on n'y met pas obstacle, travaille sans égard ni pitié à abaisser toute la classe ouvrière à ce niveau d'extrême dégradation." (Karl Marx)

Pour Karl Marx, les causes de l'aliénation que sont le travail, l'argent, l'État (aliénation par le mythe des "citoyens" égaux), la religion (aliénation morale) doivent être détruites. Pour y parvenir, l'homme doit passer par une prise de conscience : ne plus croire en l'État, ne plus croire en la religion, refuser de se servir de l'argent comme moyen d'échange, arrêter de travailler en tant que simple marchandise. Cette prise de conscience doit s'accompagner d'un changement radical des institutions et de l'organisation de la société pour s'affranchir du capitalisme et fonder le communisme.


(++)https://www.youtube.com/watch?v=6RvCQH8ZQi0

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 18:50

Le Nord qui vote pour les fachos ! Qu'est-ce qu'il faut être en colère pour se résoudre à cela ! D'accord ce sont peut-être les plus jeunes qui votent ainsi. Mais des travailleurs qui votent FN ? Sont-ils à ce point aveuglés par la colère pour réagir ainsi ?

Ou ont-ils peur de l'autre colère, celle qui s'exprime les armes à la main ? Car il faut être fou de colère pour tuer à l'arme lourde des gens en terrasse. Il faut être fou de colère pour se faire sauter avec une ceinture de plastic ! Il ne faut plus avoir rien à perdre...

Les fanatiques sont des gens en colère : en colère contre tout, en colère contre eux-mêmes. Ils font le jeu des combinards de tout poil qui cherchent à tirer, osons le dire, les marrons du feu. Les manipulateurs qui se servent du Coran comme d'une vérité à justifier la colère des faibles et des opprimés en taillant dans le texte des morceaux hors du contexte pour valider la colère des malheureux, qu'ils soient français ou autres. Les manipulateurs manipulent la colère des soldats qui vont se sacrifier pour une cause qui valide leur colère.

Peut-être espèrent-ils le Paradis d'Allah qui leur a été promis : ainsi ils ne seront plus malheureux ni en colère.

Mais les travailleurs qui votent FN croient-ils au Paradis ? C'est possible, mais peu probable. Ils croient que le discours du FN sera suivi d'actions qui les sortiront comme par miracle de leur malheur et de leur colère.

Ils ne veulent pas comprendre ce qui se passe, ils veulent ne plus avoir mal, ne plus être en colère.

Mais qui va profiter de cette juste colère ? Qui profite de la colère de ceux qui explosent au milieu des foules ? Qui est derrière Al Baghdadi ? Lui-même n'est qu'un rouage dans une mécanique bien huilée.

Le FN va profiter de cette juste colère. Certes les leaders de ce parti félon vont se graisser la patte au passage - ils ont déjà commencé avec l'UE, il n'y a aucune raison que cela ne continue pas. Mais le FN, comme tous les partis d'extrême droite, n'est qu'un des rouages dans cette partie de poker menteur !

Qui tire les manettes derrière tout ça ? Les spéculateurs de tout poil qui protègent leur pré carré en détournant la juste colère de ceux qui souffrent à leur profit, comme une couverture de leurs méfaits.

Décidément, ils sont forts ! Avec la meilleure volonté du monde on n'arrive pas à mettre les gens en colère contre les vrais responsables, ou si peu. C'est à désespérer de la nature humaine.

Peut-être que finalement, l'Humanité taille à pleine colère sa disparition et que c'est un bien pour l'Univers ?

Allez savoir ce qui est utile à l'Univers ? Que l'Humanité disparaisse ? En tout cas elle en prend le chemin par les choix de sa colère !

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