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La Politique N'est Pas Une Fin En Soi, Elle N'est Que L'outil Nécessaire À L'équilibre Du Monde.

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  • : Ici le politiquement correct et la langue de bois sont définitivement bannis, la droite et son extrême y sont honnies, la pseudo gôche de la rue de Solférino y est moquée, la vraie gauche y est chez elle, celle des citoyennes et citoyens du monde qui rêvent d'humanisme et de liberté. Nous ne pourrons connaître la paix et le bonheur tant que nous n’aurons pas éradiqué l'oligarchie financière et les prédateurs que sont les banques internationales.
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1 juin 2016 3 01 /06 /juin /2016 09:44
ESPAÑA / -26.

Nous voici donc à moins de quatre semaines des élections générales en Espagne, et le moins que l'on puisse dire est que chaque jour apporte son lot, non pas de surprises car la droite est si prévisible, mais de changements et de tempêtes parfois dans un verre d'eau.

 

LE JEU DES ALLIANCES

 

 

Dans les épisodes précédents de cette modeste chronique, vous avez pu suivre au gré des mois et des semaines les approches, les tentatives, les préaccords, les désaccords, bref, toutes les combinaisons.

Voici la situation présente, et définitive, à moins d'un coup de théâtre énorme.

 

A DROITE

 

 

Mariano Rajoy

Mariano Rajoy

En dépit des multiples affaires de corruption qui se révèlent jusqu'à ces derniers jours, le PP conserve, malgré une certaine évaporation de son électorat vers Ciudadanos, sa position de partido mas votado, qui a le plus grand nombre d'électeurs (subtile différence que Marino Rajoy manie fort bien : ça ne veut pas dire parti majoritaire en termes de représentation parlementaire). Les résultats des chiffres du chômage connaissent une embellie, mais n'est-ce pas vrai pour d'autres pays de l'UE? Et puis, les années d'austérité ont creusé un  tel fossé , que le solde des créations d'emploi est encore très déficitaire. Les prix ont baissé, oui, mais le prix du pétrole a agi de même pour la plupart des pays de l'UE, donc l'action du PP n'est pas spécialement évidente non plus sur ce plan. Le mal logement et la couverture sociale sont toujours un problème, la IBEX (Bourse espagnole) est plus fluctuante que jamais, et si l'économie espagnole a connu un mieux, elle le doit essentiellement au tourisme, qui depuis deux ans bénéficie, en quelque sorte, de la désaffection pour des destinations telles que l'Egypte et la Tunisie pour cause de menace terroriste. C'est une amélioration d'autant plus fragile, qu'il suffirait d'un attentat (et je rappelle que l'Espagne est sous le coup d'une alerte permanente, les islamistes ne rêvant que de la reconquête d'Al Andalus, les anciens territoires arabes en Espagne avant la Reconquista, (on n'en parle pas trop pour ne pas effrayer le touriste justement, mais la menace est bien réelle), il suffit d'un attentat assez grave, donc, pour réduire cette reprise à néant.

 

Alors, sur quoi table Rajoy?

Sur les chiffres, donc.

Et puis sur la "stabilité", le "sérieux", qu'il oppose volontiers aux allures cool des députés de Podemos, marque, pense-t-il, d'une coupable légèreté.

Et puis quoi? Ben comme d'habitude, la crainte de l'implosion de l'unité espagnole si les partis indépendantistes, alliés à Podemos, arrivent à obtenir un referendum sur leur indépendance. Quoi que... Ces attaques se font plus modérées ces derniers temps, sans doute parce qu'elles sont contre productives à ma longue, en exaspérant davantage le sentiment nationaliste catalan, basque et galicien.

Et puis encore quoi? Ah, oui. Les attaques récurrentes sur le financement des débuts de Podemos par Chavez, hautement improbable et d'ailleurs jamais prouvé, Pablo Iglesias ne se lamente pas contre la diffamation, mais au contraire soutient que, à de multiples reprises, le cas a été examiné et jugé, et que la financiation du parti s'est à chaque fois trouvée transparente et irréprochable (ce qui est loin d'être le cas pour le PP). Mais Errejon et Iglesias le répètent, ils sont prêts à livrer Podemos à toutes les investigations à nouveau, le parti n'en sortirait que blanchi et avec une publicité gratuite.

Alors qu'est-ce qu'il fait, Rajoy? Eh bien il convoque la peur du type au couteau entre les dents, en invitant comme thème de campagne la situation au Venezuela, s'inquiétant pour les ressortissants espagnols expatriés, en faisant des tonnes, au point de provoquer, la semaine dernière, la colère de Nicolas Maduro et un quasi incident diplomatique: Maduro a accusé Rajoy de se servir de la situation au Venezuela pour sa propagande électotale, et l'a prié de venir au Venezuela voir de quoi il retourne, lors d'un meeting fortement médiatisé. Depuis, Rajoy semble avoir abandonné ce cheval de bataille, ou alors on l'aura prié en haut lieu de mettre un frein à ses diatribes.

Ceci dit, on peut expliquer le maintien relatif du PP par le fait qu'il n'y a pas d'alternative à droite, contrairement à la France. A droite, il y a le PP... Et le PP. Peu à peu érodé par un centre droit (qui se droitise de plus en plus) nettement plus "sexy" pour les jeunes, j'ai nommé Ciudadanos .
 

Et puis, tellement sûr de lui qu'il a tour à tour refusé les débats télévisés à quatre partis (il a envoyé à sa place une porte-parole, disant qu'il était président du Congrès des deputés  en fonction et donc qu'il ne déplaçait pas pour si peu son auguste personne), et refusant un face à face télévisé avec Sanchez, il sait qu'il ne pourrait rien gagner à une confrontation et campe sur son capital de voix.

 

AU CENTRE DROIT

 

 

Alberto Rivera

Alberto Rivera

Ciudadanos, Ciu's ou C's pour  les gens pressés

 

Serpent réchauffé dans le sein du PP, car au début de la recherche d'une majorité parlementaire lui permettant de rester chef du gouvernement, Rajoy avait pensé conclure une alliance avec Albert Rivera, le photogénique leader de Cidadanos, tout jeune parti mais qui a quand même réalisé 14% lors des dernières élections. Photogénique, oui, il a même posé nu comme un ver sur une affiche électorale de 2006, les mains pudiquement croisées sur son chasselas en guise de feuille de vigne, si, si...Centre droit, propre sur lui, tête de gendre idéal, sauf que ce centriste de plus en plus de droite s'est aperçu que la dénonciation de la corruption de la droite et son désir affiché de renouvellement lui assuraient une certaine aura, et le voici donc volant pour son compte, délaissant, ô perfidie, Rajoy, son pourtant proche politiquement, mais empuanti par les fumets putrides des affaires. Le voici donc se rapprochant du PSOE, jusqu'à élaborer un programme commun lors du dernier vote pour la présidence du Congrès des députés.Penseriez-vous que Ciudadanos se gauchise? Point du tout. Juste le PSOE qui se droitise, et s'affirmant bien fort parti réformiste, comme Ciu's.Et  voila Sanchez et Rivera, qui se ressemblent d'ailleurs physiquement, bien d'accord pour éjecter Rajoy et le Parti Populaire du pouvoir, et bien d'accord aussi pour taper ensemble sur Podemos, qui représente une menace pour leurs ambitions.

Car Rivera est ambitieux, un vrai petit Macron, si vous voyez ce que je veux dire, "ni de droite ni de gauche mais pour les citoyens", tout pareil. Nourri au lait de la pensée capitaliste de droite et broutant l'herbe tendre des pâturages socialistes, nos deux petits veaux de la politique, et prêts à bouffer à tous les râteliers pourvu qu'ils arrivent à leurs fins.

Rivera, à la tête d'un jeune parti, et qui n'a réellement connu d'audience qu'il y a deux ans, en même temps que Podemos, sait parfaitement qu'il ne pourra pas accéder aux plus hautes fonctions pendant au moins deux gouvernements, trop petit par rapport aux caciques du PSOE, mais pesant d'un bon poids dans la balance électorale pour se mettre sur les rangs, surtout en cas d'échec du PSOE dans un futur gouvernement. Comme une mante religieuse avant les amours, quoi, après il vivra sur la bête.

Il n'a pas de bilan à présenter, trop neuf en politique. Alors, outre son physique agréable, il a quoi, comme arguments?

D'abord, le renouvellement et l'anticorruption.

Ensuite, son apolitisme de bon ton.

Après... La terreur de tout ce qui est indépendantisme en général, et catalan en particulier. C'est lui qui a fait échouer, avec constance et une certaine hargne, tout rapprochement ou toute coalition de gauche incluant Podemos, au motif que Podemos est favorable à la tenue du référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Né à Barcelone, il est forcément catalanophone et ne se prive pas de s'exprimer, de temps à autre dans cette langue, parce que les voix des catalanistes de droite (il y en a) sont bonnes à prendre. Quoique... Les catalanistes de droite sont Catalans avant d'être de droite et resteront chez eux plutôt que de voter pour quelqu'un qui leur refuse le referendum tant revendiqué.

Et puis, jamais en panne d'une bonne idée, il y est allé, lui, au Venezuela, montrant qu'il était plus courageux que Rajoy. En campagne électorale, il ne néglige rien, il ira loin, ce petit...

 

A GAUCHE, ENFIN...SI ON VEUT/ LE PSOE

 

 

Pedro Sanchez

Pedro Sanchez

Embêté qu'il a été, Sanchez, ces derniers temps. Il a conclu, lors des élections au Congrès des députés,  un accord et un programme commun avec Rivera, a refusé la main tendue de Podemos, et résultat, aujourd'hui, quoi? Une partie de son électorat est allé vers Ciu's, normal, les plus radicaux chez Podemos, et bien d'autres manifestent l'intention de rester chez eux le jour du vote. Embêté par des "affaires" en Andalousie, fief du parti. Embêté parce que les derniers sondages donnent le PSOE en perte de vitesse et passant derrière l'alliance Podemos + Izquierda Unida, et ce, dans tous les cas de figure. Embêté parce que l'ensemble des partis de la Confluencia (partis alliés à Podemos dans différentes listes de coalition) lui refusent leur soutien. Embêté parce que Podemos a, pas plus tard qu'il y a quinze jours, posé un sacré problème interne: en effet, des instances régionales du PSOE, un peu plus à gauche, ont demandé à Sanchez d'examiner quand même la proposition de Podemos pour les listes sénatoriales, afin d'assurer à la gauche la majorité dans les deux chambres,c'est à dire une coalition à gauche, puisque cela fonctionne très bien, par exemple, dans la communauté de Valencia, et que, si c'est le moyen de chasser la droite, il ne faut pas le négliger. Colère des "barons", entêtemnt des trublions, embrouilles dans le parti à quatre semaines des élections, ça fait désordre.

 

ET PODEMOS, COMO SIEMPRE

 

 

Iglesias et GarzonIglesias et Garzon

Iglesias et Garzon

Ne vous étonnez pas si je consacre le plus bref paragraphe à Podemos. Tout simplement parce que... Podemos ne change rien, ne lâche rien, ne retire rien, reste fidèle à sa ligne. Oui, il y a eu des désaccords, oui, il y a eu des départs, oui, certains se sont tournés vers le PSOE, et alors? Que ceux qui se sentent des penchants pour le socialisme réformiste y aillent, et que ceux qui sont pour le changement progressiste restent, car ils ont raison d'avoir raison.

Seule nouvelle notable : l'alliance avec Izquierda Unida d'A. Garzon, validée par la consultation de l'un et l'autre parti à 88% le 5 mai, alliance qui assure à Podemos et Izquierda Unida (qui conservent chacun son programme et son identité mais s'assurent d'un nombre accru de sièges) la deuxième position dans les sondages, devant le PSOE.

 

Sanchez doit regretter d'avoir refusé, en mars, la coalition Podemos+Confluencia+Izquierda Unida qui lui était proposée et lui assurait, avec la présidence du Congrès des députés, une confortable majorité. D'autant que Ciu's ne fait pas liste commune et fait tranquillement sa pelote dans son coin, lui grignotant des voix au passage.

 

 

 

Pour le reste:

la lassitude des Espagnols se fait sentir dans les sondages, l'abstention sera en hausse. Est-ce à dire que la flamme des Indignados et de Podemos est éteinte? Non. Barcelone a connu quatre nuits de manifestations violentes, à la suite du délogement de plusieurs personnes d'un squatt dans lequel elles étaient intallées, et ces mal-logés avaient un abri emblématique: l'ancien siège d'une banque. Ces émeutes, car le mot n'est pas exagéré, prouvent une chose: les Espagnols savent toujours se mobiliser.

 

Que se passera-t-il après ces élections? Il faudra constituer un gouvernement... C'est ainsi qu'est faite la constitutionn espagnole, ça peut durer longtemps encore. Mais imaginez... Les consultations et tout le toutim, et les consultations des militants en plein mois de juillet et d'août, et en Espagne, j'ai chaud rien que d'y penser !

 

Voici les estimations de résultats électoraux d'après le quotidien el Pais (à différencier d'un sondage, en fait ceci est la moyenne des différents sondages  avec projection et autres données corrigées). mais ceci est intéressant, car les sondages offrent pas mal de différences entre eux, ça peut aller presque jusqu'à 2%, ce qui est beaucoup quand même.

 

PP: de 28,7% en décembre 2015, passe à 29,9%

 

PSOE: de 24,4%, passe à 20,2%. La différence? Passée chez Ciu's, le PP, parfois Podemos.

 

Podemos+Izquierda Unida+les partis de la Confluencia (En comu podem, Podemos-Compromis, En Marea) passe de 23,2% (rappelons qu'en décembre Izquierda unida se présentait à part) à 24,4%. ce qui place Podemos en seconde position, devant le PSOE, et en fait le premier parti d'opposition de gauche.

 

Ciudadanos: de 13,9%, arrive à 14,4%. A piqué des voix partout et surtout au PSOE.

 

L'abstention sera en forte hausse (32%, c'est un record dans ce peys à la démocratie neuve pour qui les élections libres font partie de l'histoire récente depuis Franco, et c'est dommage).

Ce ne sera pas plus simple de former un gouvernement.

On attend 128 sièges pour le PP, 84 pour Podemos et I'Unida, 73 pour le PSOE, 40 pour Ciu's. Rappelons que la majorité absolue est de 176 sièges.

Dans ce cas, PP+Ciu's, ça ne fait pas le compte. Et puis, pour le "monsieur Propre" que veut être Rivera, c'est une tache sur son image de futur président du Congrès. Impensable. Et jamais les Catalans n'apporteront leurs voix à quelqu'un qui refuse le referendum sur l'indépendance.

 

PSOE+Ciu's, ça fait loin du compte aussi. Et comme ciu's est hystérique contre le referendum catalan, là non plus, qu'on ne compte pas sur les voix catalanistes, et ça fait du monde.

 

Une alliance PP+PSOE, c'est ce que susurre Rajoy. Mais même si les socialistes espagnols sont descendus bien bas, vont-ils conserver Rajoy au pouvoir, alors que le but premier est de l'en chasser? Impensable aussi.

 

PSOE+Podemos+Izquierda Unida, c'est la majorité assurée, présidence offerte à Sanchez, vice-présidence à Iglesias, et toujours quatre ministères clés, dont celui des Finances. Les "barons" du PSOE s'en étranglent, mais nul n'est assez fou pour provoquer la colère des Espagnols (pas de nouveau gouvernement depuis 6 mois et des élections qui coûtent cher), colère qui se traduit au mieux par l'abstention? Bien qu'on puisse s'attendre à entendre crier au chantage d'Iglesias, il faudra bien en passer par là.

 

Et c'est pour cela que Podemos ne lâche rien. Il n'a jamais été question de ne pas s'acquiter de la dette, mais il est toujours revendiqué de la faire supporter par ceux qui ont en premier profité de la crise et de la bulle immobilière, c'est à dire, entre autres, les banques.

 

Nous devrions avoir les yeux braqués sur l'Espagne, pour savoir comment porter la vraie gauche au pouvoir.

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Published by Mireille - dans politique espagnole
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